Benoît Hamon ne tient pas à répondre en anglais sur France Info

Ce matin, en allant au travail, j’entends Benoît Hamon sur France Info avec Jean-Michel Apathie. Moment d’anthologie, apparemment, France Info rediffuse une minute avant la fin de l’émission un extrait d’un enfant qui avait interrogé Benoît Hamon en anglais dans une école :

L’enfant (Teddin ?) « Do you think that leaving the government hurt your image or made you look like someone disloyal ? »

Benoît Hamon : « Est-ce que j’ai été déloyal, est-ce que… »

L’enfant : « In English please »

Benoît Hamon : « Non, je vais répondre en français si tu veux bien parce que… à cette excellente question dans un excellent anglais. »

Dans la suite de l’entretien, les journalistes relancent donc cette question, avec l’un des deux qui ajoute successivement : « improve your English » (améliore ton anglais) et « just do it ». Passablement agacé, je me suis penché sur les raisons de cet énervement. Analysons.

Que dire ? Déjà, je trouve assez stupéfiant que l’on (un enfant) somme un homme politique français de parler anglais, dans une émission française qui s’adresse à un auditoire francophone. D’autant plus que c’est un enfant visiblement anglophone, et non pas un petit français qui bredouillerait en anglais « Do you speak English ? ».

Poussons plus loin l’analyse : si Benoît Hamon avait répondu en anglais à l’enfant, on aurait bien entendu qu’il était moins bon que cet enfant (puisque locuteur bilingue). A moins d’avoir des parents anglophones ou d’avoir vécu soi-même plusieurs années dans un pays anglophone (et encore, on voit bien des immigrés en France qui après 20 ans, ont toujours un accent). Autrement dit, cette situation aurait mis le candidat dans une position d’infériorité, ec qui paraît assez surréaliste. Je préfère que les candidats travaillent leurs dossiers et qu’ils soient évalués sur leurs compétences plutôt qu’ils passent leur temps à perfectionner leur anglais.

Ce qui m’amuse, c’est que Benoît Hamon avait pour premier réflexe de clouer le bec à l’enfant : « Non, je vais répondre en français si tu veux bien parce que… », avant de se reprendre. J’aurais bien aimé entendre la suite. En tous les cas, félicitations à Benoît Hamon de ne s’être pas laissé faire.

Retrouvez cet extrait à 1’15 de la fin de l’émission de ce 30 mars. En tous les cas, cela pose question, et il faudra bien que les candidats y apportent la réponse adéquate. Autrement dit, qu’ils indiquent que cette question n’a pas lieu d’être, en tous les cas dans cette formulation. Si on posait la question en français, elle me semblerait à peu près légitime. Mais la poser en anglais en exigeant une réponse en anglais, c’est mettre le candidat dans une situation d’évaluation, voire même d’infantilisation. Le message qui passe, c’est que l’évaluateur est anglophone et que l’évalué est jugé selon ce critère. Là où j’ai été surpris, c’est que cette question puisse être jugée comBenoît Hamonme légitime par les journalistes.

Dans un autre extrait, Manuel Valls et Benoît Hamon étaient interrogés sur leur capacité à parler anglais. Cet extrait est retranscrit par un journaliste d’Europe 1 avec les commentaires suivants :

Interrogés ce mercredi 25 janvier lors du débat d’entre-deux-tours de la primaire organisée par le PS sur le fait de savoir s’ils parlaient anglais, les deux finalistes du scrutin ont offert un véritable moment de gêne (je souligne). Manuel Valls reconnaissant au passage que son espagnol est bien meilleur que sa maîtrise de la langue de Shakespeare.

Puis après l’extrait :

Un échange surréaliste (je souligne) à revoir en vidéo

Si vous regardez la vidéo, le « véritable moment de gêne », et « l’échange surréaliste », ce n’est pas pour les candidats mais bien pour le journaliste qui ne comprend pas qu’on puisse être aussi mauvais en anglais quand on veut être président de la République française. Bon, le journaliste oublie de mettre les noms de langue (French, English) avec une majuscule, mais ça ne l’empêche de faire la leçon. Dans l’extrait, Manuel Valls a cependant la présence d’esprit d’ajouter qu’il n’y a pas que l’anglais, qu’il y a aussi l’espagnol et la francophonie ; la francophonie, que je n’ai jamais entendu évoquée par un journaliste politique lors des débats pour devenir président de la République française, alors qu’on n’hésite pas à sommer le candidat de parler anglais… cherchez l’erreur. Le temps me fait défaut, mais j’aurais bien envie d’envoyer un message à France Info. Si le cœur vous en dit, ne vous privez pas. Et n’hésitez pas à me laisser un commentaire et à mettre 5 étoiles si cet article vous a plu et / ou si vous êtes d’accord. Ca doit aider au référencement, mais vous savez déjà comment ça marche, et les sujets qui traitent de la francophonie en ont bien besoin…!

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