En Algérie, le ministre de l’Enseignement Supérieur estime que le français ne mène nulle part

En Algérie, le ministre de l’Enseignement Supérieur estime que le français ne mène nulle part

26 Juil, 2019

L’université d’Alger lors des manifestations contre le président Abdelaziz Bouteflika. (BILLAL BENSALEM / NURPHOTO) (vu sur FranceTV Info)

Le ministre de l’Édu-cation en Algérie n’y va pas avec le dos de la cuillère :

« Le français ne vous mène nulle part ! » (Source : Le Point Afrique)

« Si on met en ligne les modules enseignés en langue arabe il y a 200 ou 300 millions de personnes qui vont les lire. Si on les met en français, personne ne parle français. » (Source : FranceTV Info)

J’ai d’abord été surpris par ces affirmations un peu provocatrices, puis en creusant cela m’a rappelé quelque chose de familier. La problématique de la langue française en Algérie est très proche de celle du Maroc. Les enjeux sont les mêmes, mais avec une issue différente. Dans les deux cas, on a des factions laïques progressistes, et en face, des islamistes conservateurs. Il se trouve que parmi les personnes éduquées et souvent laïques, beaucoup maîtrisent le français. Les islamistes ont donc instrumentalisé depuis un moment les langues pour nuire aux laïcs et asseoir leur pouvoir. Le discours est toujours le même : on est des bons musulmans, et la langue des bons musulmans c’est l’arabe. Le français, c’est la langue des colonisateurs (dit pour disqualifier les laïcs progressistes).

Lorsqu’il y a de l’outrance, cela cache souvent des problèmes personnels qu’on essaie de régler. J’ai donc creusé. Je vous propose un détour par le Maroc pour mieux comprendre les enjeux, puis un argumentaire solide qui disqualifie la portée de ces propos.

EDUCATION FIRST, puissant lobby anglophile

 

                                   Tous les ans, un peu avant la rentrée scolaire de septembre, avez-vous remarqué comme les médias s’en donnent à cœur joie pour critiquer l’Ecole ? C’est l’occasion de mettre en valeur les évaluations PISA (Programme International pour le Suivi des Acquis), toujours plus déprimants à les lire. Bien sûr, on passera sous silence que la France reste dans la moyenne des pays évalués. Pourtant, contrairement à la plupart des autres pays de l’OCDE par exemple, même les plus touchés par la crise de 2008, les conditions de travail s’y sont dégradées et sont parmi les pires : salaires en baisse nette et relative, nombre plus élevé d’élèves par classe, formations continues inexistantes, etc.

                                                                 L’ enseignement des langues n’échappe pas à des comparaisons  forcément désobligeantes : les Français seraient parmi les mauvais élèves de l’Europe. Bien sûr, pas un mot sur le niveau des Anglais (ou des Anglo-saxons en général) en langues étrangères… Implicitement, on les exclut de toute comparaison puisqu’ils sont « en haut de l’échelle » grâce à la puissance de diffusion de leur langue…  Il faudrait un jour s’interroger sur les impacts psychologiques, individuels ou collectifs, qu’une telle hiérarchie implique sur les relations humaines ou inter-étatiques ; mais cela dépasse mon champ de compétences !

                                                                        Parmi toutes les critiques de notre système scolaire, l’une s’invite régulièrement depuis quelques années dans les journaux : les interventions d’une entreprise commerciale, Education First.

SYSTÈME DÉGAGE

                  

                                      

                      Depuis plusieurs semaines, les Algériens manifestent pour réclamer le départ de leur président, M. Boutéflika. Âgé de plus de 82 ans et très affaibli physiquement, ce dernier ose briguer un 5 ième mandat. C’en est évidemment trop pour un peuple et une jeunesse qui étouffent sous les difficultés économiques (même si la situation s’est nettement améliorée depuis 20 ans) et politiques (corruption soutenue dans l’administration, confiscation du pouvoir par une oligarchie étroitement liée aux intérêts de M. Boutéflika).                                   

                        Parmi les slogans que scande la foule des manifestants, l’un d’eux revient régulièrement : Boutéflika Dégage qui s’est transformé rapidement en Système Dégage. Sa notoriété en Algérie et hors de ses frontières sera l’occasion de s’interroger sur la place du français  et  sur ses éventuelles perspectives de développement dans ce pays maghrébin.

Les gilets jaunes au lycée, une occasion de parler francophonie

Les gilets jaunes au lycée, une occasion de parler francophonie

5 Déc, 2018

A première vue, il est difficile de voir ce qui peut relier le combats des gilets jaunes au thème de la francophonie. Et pourtant, c’est une occasion intéressante d’en parler. Explications.

Revendications des lycéens gilets jaunes

Le mouvement des « gilets jaunes » est un mouvement qui met en avant de nombreuses revendications, parfois contradictoires. Au lycée, l’inquiétude pour l’avenir est un des moteurs, si bien que des lycéens réclament la suppression de Parcoursup, la plateforme d’accès aux études supérieures, ainsi que la baisse des taxes, en tant que futurs conducteurs et l’abrogation de la réforme du lycée. Autre source de révolte qui m’a interpellé : de nombreux lycéens s’offusquent du projet du gouvernement de vouloir mettre en place des droits d’inscriptions à l’université autour de 3000 euros.

Saint-Martin, Saint-Barthélémy ou la francophonie molle

 

Saint- Martin, Saint- Barthélémy

L’actualité récente a fait découvrir à beaucoup de Français l’existence même de ces deux îles. En effet, le 6 septembre 2017, après le passage de l’ouragan Irma, Saint-Barthélémy et Saint-Martin étaient brutalement sortis de l’anonymat pour une majorité de nos concitoyens. Comme ces territoires sont des collectivités d’outre-mer françaises, l’Etat français est intervenu vigoureusement dans l’organisation des secours et les médias ont largement relayé pendant des semaines ces efforts. Des reportages nous montraient ainsi de « nouveaux » francophones, perdus dans la mer des Caraïbes.

Francophones vraiment ?

Guerre des langues en Suisse alémanique

Nous avons souvent évoqué sur ce blogue la guerre que se livrent les langues dans différentes parties du monde. Ainsi, les Anglo-saxons saxons tentent-ils de substituer l’anglais au français en Afrique, avec succès au Rwanda et de manière de plus en plus appuyée dans l’Est de la République Démocratique du Congo. Mais cette confrontation entre le français et l’anglais se joue aussi aux portes de la France, plus précisément en Suisse alémanique (germanophone). Cette situation de « tension linguistique » n’est pas nouvelle mais elle s’est réaffirmée dernièrement, dimanche 21 mai 2017, sur ce territoire helvétique à l’occasion d’un référendum organisé dans le canton de Zurich. La question posée était : faut-il continuer à enseigner deux langues autres que l’allemand dans le primaire ? Le vrai enjeu implicite était en fait : faut-il continuer à enseigner le français en primaire ou garder uniquement l’anglais ?

Pour comprendre les enjeux, un résumé de la situation de l’apprentissage des langues en Suisse s’impose.