Nos pires ennemis

Pour commencer, un petit quiz :

a) Quelle structure gouvernementale s’occupe de la francophonie en France ?

b) Quel journal télévisé a parlé du rapport de M Pouria Amirshahi ?

c) Quel homme connu des politiques a communiqué récemment au Président de la République un énième rapport sur la francophonie ?

Les réponses sont à la fin de cet article. Cependant, parions que peu de personnes pourront répondre à une de ces questions. Les Français ont été incapables de mener jusqu’à présent une politique francophone véritablement dynamique. Pourquoi une telle inertie en France, une telle incapacité à saisir les enjeux de la Francophonie ? Qu’est-ce qui « coince » chez nous ?

La réponse m’est clairement apparue cet été…

 

Les néologismes et les emprunts

 Lorsque l’on s’intéresse aux anglicismes, on s’intéresse forcément un jour où l’autre à la création de nouveaux mots (néologismes), car derrière les emprunts se cache une incapacité à créer ou imposer un mot français équivalent. Pourquoi les anglicismes arrivent-ils en français si facilement, pourquoi est-on (apparemment) incapable de faire prévaloir des équivalents français ?

Pour répondre à ces deux questions, il faut s’intéresser aux facteurs qui amènent à la création de mots.

1) Le besoin

Lorsque l’on crée un mot, c’est tout d’abord pour répondre à un besoin ; c’est le facteur le plus évident. Je vois un nouvel objet et je veux en parler. Ou j’ai élaboré une nouvelle recette et je veux en parler. Plutôt que de devoir décrire l’objet par une périphrase (le plat qui a des couches d’aubergines, avec de la viande de mouton, etc…), je lui donne un nom (la moussaka), je le baptise.

2) L’isolement

Un mot, c’est une convention. Cela s’appelle « moussaka » ou « ordinateur », ça pourrait s’appeler « auberginade » ou « opérateur ». Il y a un moment où un mot s’est imposé plutôt qu’un autre car si chacun invente des mots différents, on arrive à des problèmes de communication.

Comprendre et favoriser l’évolution du français – 2

Application du principe de bassin linguistique au français du XXIe siècle

 

Si on applique ces informations à la situation du français dans le monde, et que l’on prend également en compte ces informations :

  • le français a pour origine la France, et sa norme actuelle le bassin Parisien
  • le français est maintenant parlé aussi en Afrique et par davantage de personnes qu’en Europe
  • le français est issu de la norme de Paris, et cette norme s’est imposé aux régions avoisinantes puis à la France entière, et maintenant à de nombreux autres pays. La raison en est que Paris est la plaque tournante de la France. La norme se fait par où transite les échanges, par où la population est numériquement importante et par où le pouvoir est.
  • Paris a une importance majeure en France, c’est une unité interconnectée d’environ 10 000 000 de personnes, et elle est au centre des réseaux routiers, ferroviaires de la France, c’est là que siège la plupart des centres de décision.
  • les locuteurs qui parlent français sont numériquement supérieurs en Afrique mais encore faiblement reliés entre eux et peu influents économiquement et politiquement. Reliés entre eux par l’école qui propage une norme, par les moyens de communication modernes, mais au sein d’un immense espace géographique faiblement connecté.

Alors on peut faire quelques observations et déductions :

Comprendre et favoriser l’évolution du français – 1

Article publié sur lefrançaisenpartage le 20 novembre 2013

Attention gros dossier ! J’ai pas mal travaillé dessus, j’attends vos retours. Bonne lecture à tous !

Une des évolutions majeures de l’anglais, du français, de l’espagnol et du portugais qui se présentent pour chacun des pays européens qui en est à l’origine, c’est que bientôt (ou déjà) les locuteurs de ces pays ne seront pas majoritaires en tant que locuteurs de leurs langues.

Ainsi, l’anglais est davantage parlé en dehors de la Grande-Bretagne : aux Etats-Unis, en Australie, au Canada. L’espagnol en Amérique centrale et du Sud, le français, depuis grosso modo le passage du millénaire, est officiellement plus parlé en Afrique qu’en Europe, et pour le portugais, cela fait un moment qu’il est davantage parlé au Brésil qu’au Portugal.

Ces langues restent mutuellement intelligibles, on peut donc considérer que ce sont les mêmes langues avec des colorations locales, alors que le latin s’est lui « divisé » pour donner naissance au français, au roumain, à l’espagnol, à l’italien, au catalan, au portugais, langues qui ont évolué à tel point qu’un locuteur du latin ne s’y retrouverait pas. Il n’y a donc pas continuité linguistique entre les langues résultantes. La présence de ces langues d’aujourd’hui que sont le français, l’anglais, l’espagnol et le portugais, mutuellement intelligibles sur des ensembles aussi vastes, représente donc une situation inédite dans l’histoire de l’homme.

En plus du latin, on pourrait aussi parler de l’arabe, de l’indo-européen. La différence d’avec aujourd’hui, c’est que dans le passé, les peuples qui migraient ne restaient pas en contact les uns avec les autres, et on observait parfois des variations d’un village à l’autre, d’une région à l’autre, ce dont témoignent les langues régionales, les « patois ». Et c’est logique : comme en génétique avec les mutations spontanées du génome ; ce sont des nouveautés qui apparaissent dans une population. Par exemple, imaginons l’apparition d’un gêne qui a rendu les gens roux : ce gêne se répand là où il prend naissance et ensuite il suit les mouvements des porteurs de ce gêne. Lorsqu’un peuple a migré et qu’il se retrouve isolé du groupe dont il est issu, un gêne qui apparaît ne va être transmis qu’au sein de ce nouveau sous-groupe. Ce sous-groupe va donc prendre un chemin différent du groupe dont il est issu alors même qu’il était à tout point pareil au départ du fait qu’ils ne sont plus en contacts. La sédentarité d’une population et son isolement favorise ainsi d’une part (1) son homogénéisation et d’autre part (2) une évolution indépendante de celle d’autres groupes qu’ils ne croisent pas, et donc sa singularisation. A l’inverse, les rencontres, les mélanges, les voyages favorisent le brassage et, si ces mélanges s’intensifient, une forme d’homogénéisation de plusieurs sous-groupes qui se fondent en un nouveau groupe. Concernant les langues, de nouveaux facteurs bouleversent la donne depuis quelques siècles. Nous allons les développer puis les conclusions quant à l’évolution des langues viendront toutes seules.

La transition linguistique

[Article publié originellement sur le Forum dans la catégorie Débats et Réflexions le 4 Juin 2013]

Nous vivons une époque de mutation : on parle de transition démographique achevée (exemple : Europe), en passe d’être achevée (exemple : Maroc), pas encore commencée (exemple : Afrique sub-saharienne). D’autres parlent aussi du grand remplacement. Vient le moment de parler de la transition linguistique.
La transition linguistique, en ce qui concerne la francophonie, ne tuera pas forcément celle-ci ; mais il faut considérer que le phénomène existe, de façon évidente, pour des fragments de la population francophone.
Au premier chef pour les Français expatriés.

Jusqu’où peut-on introduire des mots étrangers en français ?

[Article publié originellement sur le Forum dans la catégorie Débats et Réflexions le 30 Mars 2013]

Si on considère le texte suivant, inspiré par l’actualité vaticane : Le Nouveau Pape François est apparu à la loggia de la Basilique donnant sur la piazza du même nom alors que toute la cité du Vatican était éclairée a giorno. Le pape lui-même était entouré de Monsignore, dont certains, parmi les cardinaux, était la veille encore des papabile qui échangeaient entre eux mezzo voce. Sur les marches de Saint-Pierre, les gardes suisses, les carabinieri et tutti quanti montaient la garde.
On peut utiliser tous ces mots qui sont dans la langue française depuis la Renaissance et qui sont certes traduisibles mais qui perdraient beaucoup à être traduits. Ils apportent en effet une atmosphère, un esprit d’un peuple extérieur aux frontières linguistiques de la France.
Autre exemple :
Une journée « off » et une journée de farniente ne sont pas des journées identiques. La première est une journée de repos en référence avec des journées normales qui sont des journées de travail, en provenance d’un pays où la tradition n’est pas de donner aux travailleurs de longs congés payés. La seconde journée est prise par elle-même dans la beauté de son inactivité. Ne rien faire est une activité naturelle pour l’esprit italien, une activité seconde pour l’esprit américain. Le locuteur de langue française choisira selon sa psychologie, son sens de la vie, sa philosophie même et son orientation politique, l’une ou l’autre de ces expressions pour signifier qu’il va s’arrêter de travailler pendant une journée.

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