Nos pires ennemis

Pour commencer, un petit quiz :

a) Quelle structure gouvernementale s’occupe de la francophonie en France ?

b) Quel journal télévisé a parlé du rapport de M Pouria Amirshahi ?

c) Quel homme connu des politiques a communiqué récemment au Président de la République un énième rapport sur la francophonie ?

Les réponses sont à la fin de cet article. Cependant, parions que peu de personnes pourront répondre à une de ces questions. Les Français ont été incapables de mener jusqu’à présent une politique francophone véritablement dynamique. Pourquoi une telle inertie en France, une telle incapacité à saisir les enjeux de la Francophonie ? Qu’est-ce qui « coince » chez nous ?

La réponse m’est clairement apparue cet été…

 

La transition linguistique

[Article publié originellement sur le Forum dans la catégorie Débats et Réflexions le 4 Juin 2013]

Nous vivons une époque de mutation : on parle de transition démographique achevée (exemple : Europe), en passe d’être achevée (exemple : Maroc), pas encore commencée (exemple : Afrique sub-saharienne). D’autres parlent aussi du grand remplacement. Vient le moment de parler de la transition linguistique.
La transition linguistique, en ce qui concerne la francophonie, ne tuera pas forcément celle-ci ; mais il faut considérer que le phénomène existe, de façon évidente, pour des fragments de la population francophone.
Au premier chef pour les Français expatriés.

Jusqu’où peut-on introduire des mots étrangers en français ?

[Article publié originellement sur le Forum dans la catégorie Débats et Réflexions le 30 Mars 2013]

Si on considère le texte suivant, inspiré par l’actualité vaticane : Le Nouveau Pape François est apparu à la loggia de la Basilique donnant sur la piazza du même nom alors que toute la cité du Vatican était éclairée a giorno. Le pape lui-même était entouré de Monsignore, dont certains, parmi les cardinaux, était la veille encore des papabile qui échangeaient entre eux mezzo voce. Sur les marches de Saint-Pierre, les gardes suisses, les carabinieri et tutti quanti montaient la garde.
On peut utiliser tous ces mots qui sont dans la langue française depuis la Renaissance et qui sont certes traduisibles mais qui perdraient beaucoup à être traduits. Ils apportent en effet une atmosphère, un esprit d’un peuple extérieur aux frontières linguistiques de la France.
Autre exemple :
Une journée « off » et une journée de farniente ne sont pas des journées identiques. La première est une journée de repos en référence avec des journées normales qui sont des journées de travail, en provenance d’un pays où la tradition n’est pas de donner aux travailleurs de longs congés payés. La seconde journée est prise par elle-même dans la beauté de son inactivité. Ne rien faire est une activité naturelle pour l’esprit italien, une activité seconde pour l’esprit américain. Le locuteur de langue française choisira selon sa psychologie, son sens de la vie, sa philosophie même et son orientation politique, l’une ou l’autre de ces expressions pour signifier qu’il va s’arrêter de travailler pendant une journée.

Une brève histoire de l’anglais

D’où vient l’anglais ?

Les locuteurs de ce qui allait devenir l’anglais d’aujourd’hui après de multiples évolutions, sont issus de populations de langue germanique partis d’une région qui aujourd’hui correspond à un espace qui va du Danemark aux Pays-Bas en passant par la côte allemande. Les Angles, un des peuples qui ont apporté l’anglais, doivent leur nom à une région : Angel, correspondant au Schleswig-Holstein. Avec les Angles, d’autres peuples sont arrivés vers les années 450 : les Jutes (du Jutland, à peu près le Danemark d’aujourd’hui), les Saxons (côte allemande) et les Frisons (actuels Pays-Bas). Certains sont venus s’installer pacifiquement, occupant des terres, d’autres effectuaient des pillages et autres rapines sur les côtes et au final, des royaumes angles et saxons émergèrent.

Leur langue ressemble étrangement à l’allemand : (prononcé à peu près ich) qui donne aujourd’hui I (), ūser / ūre (prononcé à peu près comme l’allemand unser) qui donne « our / ours« , þū (ancêtre de thou, puis you) en allemand : du. On retrouve aussi la forme ge- pour les verbes au passé composé et de nombreuses autres similarités. Bref, c’est de l’allemand qui a évolué indépendamment des locuteurs qui sont restés sur le continent, et ça, au bout d’un certain temps, ça fait une nouvelle langue.

Déshelléniser le français…

(Publié sur lefrançaisenpartage le 09-08-2013)

Si l’on devait faire une prochaine réforme de l’orthographe, je pense qu’il faudrait que cela soit fait par petits pas pour tendre vers une simplification de façon sûre. Quand il y a une grosse réforme, elle est souvent rejetée même si elle est très cohérente comme c’est le cas lorsque l’on veut faire une refondation.

Il faudrait donc garder le cap d’une grande réforme mais en la décomposant et en commençant par ce qui mettrait tout le monde facilement d’accord. Dans Plumons l’Oiseau, Hervé Bazin décrit le français comme un rejeton du latin dans lequel on a mis du grec pour l’écriture et souvent lorsque l’on inventait des mots scientifiques. J’y ai aussi appris qu’avant le XIIe siècle, le français s’écrivait de façon simplifiée, que femme s’écrivait f-a-m-e et  que « un b pour abé, un c pour acuser, un p pour apeler suffisaient. Téatre n’avait pas d’h, pas plus que filosofie« . Toute cette écriture simplifiée a changé sous l’effet de plusieurs facteurs :

Plumons l’Oiseau – Hervé Bazin

(publié sur lefrançaisenpartage le 08-08-2013)

«… Oui, je vous le demande, si WA s’écrit W-A et si ZO s’écrit bien Z-O, comment se fait-il que le nom de ce volatile s’écrive O-I-S-E-A-U… et non W-A-Z-O ?

(…)

Le mot oiseau a été mon premier sujet de scandale. Je me disais : comment se fait-il que pour l’écrire, ce mot, quatre lettres suffisent et que, pourtant, pas une d’entre elles ne soit employée ? Comment se fait-il qu’on m’oblige à en utiliser six autres dont aucune n’est correcte ? O-i ne fait pas W A et n’est vraiment à sa place que dans Moïse. L’S est prononcé comme un Z. Et pour la finale, eau, on mobilise trois voyelles, un e, un a, un u, qui ont tous leur son propre, tandis qu’on se refuse de se servir de l’o, dont justement c’est le job. »

Cet extrait, ainsi que ceux de l’article précédent Devinette : quel est ce livre visionnaire sur la langue française ? sont extraits du livre d’Hervé Bazin, Plumons l’Oiseau, livre qui donne la parole à un professeur Patagos très érudit. Ce livre est un vrai régal, un concentré d’érudition qui nous invite à réfléchir sur l’orthographe française. J’y avais découvert que ce que l’on apprend à l’école n’est pas forcément logique (suivant les règles de la phonétique) ou étymologique (suivant l’orthographe des mots dont ils découlent : ainsi, pourquoi écrit-on 8 avec un h quand en latin il s’écrivait octo (sans h) ?). Certes l’orthographe française a une certaine logique quand même, mais elle se présente davantage comme un collage de mots et de règles d’origines différentes (grecque, latine, mais aussi gaulois, anglais, arabe, italien, espagnol…) autour d’une base grosso modo latine un peu maltraitée par le temps.

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