Déshelléniser le français…

(Publié sur lefrançaisenpartage le 09-08-2013)

Si l’on devait faire une prochaine réforme de l’orthographe, je pense qu’il faudrait que cela soit fait par petits pas pour tendre vers une simplification de façon sûre. Quand il y a une grosse réforme, elle est souvent rejetée même si elle est très cohérente comme c’est le cas lorsque l’on veut faire une refondation.

Il faudrait donc garder le cap d’une grande réforme mais en la décomposant et en commençant par ce qui mettrait tout le monde facilement d’accord. Dans Plumons l’Oiseau, Hervé Bazin décrit le français comme un rejeton du latin dans lequel on a mis du grec pour l’écriture et souvent lorsque l’on inventait des mots scientifiques. J’y ai aussi appris qu’avant le XIIe siècle, le français s’écrivait de façon simplifiée, que femme s’écrivait f-a-m-e et  que « un b pour abé, un c pour acuser, un p pour apeler suffisaient. Téatre n’avait pas d’h, pas plus que filosofie« . Toute cette écriture simplifiée a changé sous l’effet de plusieurs facteurs :

Plumons l’Oiseau – Hervé Bazin

(publié sur lefrançaisenpartage le 08-08-2013)

«… Oui, je vous le demande, si WA s’écrit W-A et si ZO s’écrit bien Z-O, comment se fait-il que le nom de ce volatile s’écrive O-I-S-E-A-U… et non W-A-Z-O ?

(…)

Le mot oiseau a été mon premier sujet de scandale. Je me disais : comment se fait-il que pour l’écrire, ce mot, quatre lettres suffisent et que, pourtant, pas une d’entre elles ne soit employée ? Comment se fait-il qu’on m’oblige à en utiliser six autres dont aucune n’est correcte ? O-i ne fait pas W A et n’est vraiment à sa place que dans Moïse. L’S est prononcé comme un Z. Et pour la finale, eau, on mobilise trois voyelles, un e, un a, un u, qui ont tous leur son propre, tandis qu’on se refuse de se servir de l’o, dont justement c’est le job. »

Cet extrait, ainsi que ceux de l’article précédent Devinette : quel est ce livre visionnaire sur la langue française ? sont extraits du livre d’Hervé Bazin, Plumons l’Oiseau, livre qui donne la parole à un professeur Patagos très érudit. Ce livre est un vrai régal, un concentré d’érudition qui nous invite à réfléchir sur l’orthographe française. J’y avais découvert que ce que l’on apprend à l’école n’est pas forcément logique (suivant les règles de la phonétique) ou étymologique (suivant l’orthographe des mots dont ils découlent : ainsi, pourquoi écrit-on 8 avec un h quand en latin il s’écrivait octo (sans h) ?). Certes l’orthographe française a une certaine logique quand même, mais elle se présente davantage comme un collage de mots et de règles d’origines différentes (grecque, latine, mais aussi gaulois, anglais, arabe, italien, espagnol…) autour d’une base grosso modo latine un peu maltraitée par le temps.

Devinette : quel est ce livre visionnaire sur la langue française ?

(Publié sur le françaisenpartage le 29-07-2013)

Pour ceux qui s’intéressent à la réforme de l’ortografe, à l’esperanto, au français et qui aiment bien rire, je vous propose les extraits succulents du livre d’un auteur français connu. Le but est de se divertir certes, mais de me donner le nom de cet auteur et le titre de son ouvrage. En quelle année cela a-t-il été écrit ? Tentez votre chance, au moins pour la date…

« Bien que le professeur ait détruit à peu près toutes les notes sur la question, nous savons par ces confidences qu’il s’était un moment proposé de mettre au point « une interlangue, associée à une pasigraphie, pour tenter l’O.N.U. ». Il m’a dit une fois : « Je sais, ces inventions ont toujours avorté. Voyez l’esperanto, voyez le volapuk, voyez la merveilleuse pasigraphie de Damm ! Il y a environ trente langues importantes sur la planète et, pour les unifier, on en a inventé trois cent quatre-vingt-deux ! Alors, une trois cent quatre-vingt-troisième, non !… Et pourtant, mon ami, n’est-ce point raisonnable de rendre plus efficace l’effort de nos enfants, en le limitant à l’acquisition de leur propre langue – dans une écriture nationale – et d’une interlangue – dans une écriture universelle – ? Au moindre potache de la section classique, on réclame beaucoup plus, puisqu’on exige de lui la connaissance du français, puis celle du latin et du grec (qui n’ont pas le même alphabet), sans compter quelques notions d’anglais. Curieuse humanité ! Faire la bombe atomique, voilà qui est sérieux. Rêver de l’anti-babel, il paraît que c’est ridicule… ». »

Faut-il traduire tous les mots anglais ?

(Publié sur lefrançaisenpartage le 23-03-2012)

Sous ce titre se cache une question que Fabien Magnenou, l’un des journalistes du site Newsring (eh oui…),  m’a soumise à l’occasion de la journée de la francophonie (mardi 20 mars). Voici le texte que je lui ai envoyé :

Faut-il traduire tous les mots anglais ?

« Au vu des nombreux termes anglais qui nous entourent (y compris sur newsring !), la question se pose effectivement. Doit-on traduire le nom des magasins (tels les Québécois qui traduisent Kentucky Fried Chicken en Poulet Frit du Kentucky), des films ? Doit-on dire courriel au lieu de mail ? Est-ce un combat perdu d’avance, représenté par un législateur qui essaie d’endiguer le flot d’un fleuve avec un dictionnaire ?

Combat perdu d’avance ? Pas si sûr. Mr Cerquiglioni, qui s’occupait de la Délégation à la Langue Française devait expliquer à quoi celle-ci servait à Mr François Mitterrand.

Quels mots français pour remplacer les anglicismes ?

(Publié sur lefrançaisenpartage le 26-02-2012)

Vous êtes un francophone convaincu mais damn it, c’est toujours un mot english qui vous vient. Cependant, vous avez pris vos résolutions, cette fois-ci, vous allez faire un effort pour utiliser le mot français approprié, celui qui décrit au mieux son objet plutôt qu’un vague mot anglais. Et oui, il faut parfois réapprendre à parler français, un peu comme lorsque l’on utilise des gros mots à tout bout de champ et que l’on arrive pas à s’arrêter malgré le fait que l’on verse 50 centimes à chaque fois que l’on en dit un dans la boîte à gros mots.

Il faut bien en être conscient, changer les mots anglais que l’on utilise au quotidien est un effort pour briser des réflexes, ça ne paraît donc pas naturel au début. Il faut donc bien cibler les mots que l’on veut remplacer. Se dire : à partir de maintenant, j’arrête de dire « cool » ou « in » pour décrire tout et n’importe quoi, je fais un effort de réflexion pour trouver le mot qui décrit véritablement ce que je pense et / ou ce que j’observe. Ce n’est pas tellement le besoin de trouver le mot équivalent, mais le plaisir de trouver le mot précis pour décrire ce qui m’entoure. Je me force parfois à dire courriel (pas systématiquement, mais quand j’y pense) et déjà deux trois fois j’ai remarqué des personnes de mon âge qui utilisaient ce mot. Comme quoi…

Petit exercice d’observation linguistique

(publié sur lefrançaisenpartage le 09-02-2012)

Voici un petit sujet à méditer. Considérez l’utilisation du concept « sous vide d’air » dans les phrases suivantes. Différence si l’on lit :

  1. Emballage airless.
  2. Emballage airless (sous vide d’air).
  3. Emballage sous vide d’air (ou « airless »)
  4. Emballage « airless » (mot anglais signifiant « sous vide d’air »).
  5. Emballage sous vide d’air (vous pouvez rencontrer « airless », mot anglais).
  6. Emballage sous vide d’air (les anglophones disent « airless »)
  7. Emballage sous vide d’air (les anglophones disent « airless », de « air » : air et « -less » : sans)
  8. Emballage sous vide d’air.

Je les ai classées dans un ordre « croissant ». Je trouve que selon les phrases, l’implicite n’est pas du tout le même. Dans la phrase 1), on présuppose que le lecteur sait ce que veut dire « airless », et que l’on n’a pas besoin de lui expliquer que cela vient de l’anglais et comment le sens est porté. Ou pour ceux qui ne parlerait pas anglais, on présuppose qu’ils devraient le parler.

  Il y a 1 commentaire sur le forum.