Charabias aux championnats !

Du jeudi 17 décembre au samedi 19 décembre 2015 se sont déroulés à Épinal les championnats de France de patinage sur glace Élite. Je suis tombé par hasard, un peu avant le début des épreuves, sur une feuille distribuée par la patinoire municipale et destinée au grand public.

Dès la lecture du titre, je me suis demandé si les organisateurs étaient conscients qu’il s’agissait de championnats de France se déroulant en France. En parcourant le tableau des épreuves – formulation qui me semble plus compréhensible pour un francophone que celle figurant sur la feuille-, j’ai repéré plusieurs expressions anglaises qui, pour un non-initié, n’ont aucune signification. Plutôt que d’en faire un inventaire, je préfère vous livrer une photographie du tableau des épreuves, ainsi que la lettre que j’ai adressée aux organisateurs (l’adresse indiquée sur ce blogue est volontairement fantaisiste).

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Les raisons pour lesquelles je parle français

1/ D’abord à cause de mes racines (dans un sens linguistique).
a/ Mais quelles racines ? Ce ne sont pas mes racines régionales (je suis opposé à la ratification des langues régionales : voir ici). Ce ne sont pas non plus mes racines familiales : je ne suis pas dans une logique de clan fermé sur lui-même. Je conserve certes des expressions que j’ai récoltées à droite et à gauche et qui font partie de mon identité, mais je pourrais très bien m’en passer.
Deux exemples : J’aime de temps en temps quand je passe au feu rouge (quand il est au vert naturellement) dire « Está verde la flecha ». Ce que disent tous les Mexicains quand ils démarrent au semáforo. J’aime bien cette phrase, d’abord d’un point de vue syntaxique parce qu’il y a une inversion du verbe par rapport au sujet (ce qui est peu fréquent en français) ; il y a également l’usage du verbe estar au lieu du verbe ser (qui sont les deux formes du verbe être en espagnol ; distinction qui n’existe pas en français). Estar indique un état passager puisque le feu n’est pas toujours vert. Enfin, la flecha a un côté délicieusement désuet qui renvoie au temps des sémaphores précisément. Autrement dit, quand je prononce la phrase « Está verde la flecha », je me retrouve dans le Mexique de ma jeunesse.

La francophonie : un voyage dans le futur

[Article publié originellement sur le Forum dans la catégorie Débats et Réflexions le 1er Juin 2013]

Imaginons que je puisse disposer d’une De Lorean, voiture mythique qu’utilisait dans la trilogie « Retour vers le Futur », le célèbre Marty, pour aller voir ce qui se passe dans notre beau pays, d’ici deux générations. Je suppose que le français a disparu de l’Hexagone, mais pas forcément des autres régions du monde. Que puis-je faire ? En tant qu’anglophone, je ne me sens pas trop perdu, puisque je peux me débrouiller dans ma vie quotidienne, mes déplacements, mes achats, l’usage des nouvelles technologies, mes conversations, mes lectures et ainsi de suite. Comme je me sens à l’étroit dans une langue qui n’est pas celle de mon enfance, celle de mes ancêtres, celle de ma culture donc, quelles sont les alternatives qui restent à ma disposition ? Me replonger dans les littératures anglaises et américaines ? Certainement.
Me diriger vers les autres littératures francophones ? Au risque d’en vexer certains, la plupart des productions francophones extra hexagonales ne me parlent pas trop : je ne connais pas l’Afrique, je ne suis jamais allé en Louisiane, mes différentes visites au Québec et à Pondichéry m’ont plongé dans une tristesse insondable.

La francophonie en France dans une société duale

[Article publié originellement sur le Forum dans la catégorie Débats et réflexions le 26 Février 2013]

Pour reprendre le texte sur mon hypothèse basse (dans ce même forum ici ), j’imagine, dans le futur, la situation de politique-fiction suivante : si le français comme langue persiste en France, nous serons, dans le pire des cas, car ce n’est pas bien entendu ce que je souhaite, en présence d’une société duale : entre ceux qui maîtriseront la langue et ceux qui la maîtrisont de moins en moins. À ce sujet est paru, il y a déjà quelque temps, en Décembre 2012, dans Marianne, un article très intéressant sur le « parler banlieue » qui constitue précisément un handicap pour ceux qui veulent quitter la banlieue :
Le langage des cités, un facteur d’exclusion.
Voir aussi dans le même Marianne, un article plus ancien, de 2009 : Ces enfants et ces jeunes gavés de «globish»

Le français impeccable comme marqueur social

[Article publié initialement le 5 Décembre 2013 sur le forum dans la catégorie Débat et Réflexion]

La maîtrise impeccable du français est un marqueur social, ce qui explique naturellement toutes les résistances à sa simplification. A l’opposé, la maîtrise de la langue anglaise dans l’espace francophone n’est pas tellement un marqueur social : c’est une compétence pour accéder à des responsabilités qui permettent d’être en prise directe avec les grands courants de la mondialisation. A l’intérieur de l’espace francophone, un membre de l’élite qui ne maîtriserait pas parfaitement la complexité de la syntaxe française ou de sa prononciation serait disqualifié aux yeux de ses pairs même s’il maîtrise bien la langue de Shakespeare.
Côté France d’en bas, une petite anecdote pour préciser ce point. Il y a quelques années je faisais la queue dans une agence de l’American Express à Paris rue Scribe. Dans cette queue, une femme dont je n’ai pas pu déterminer la nationalité. Virevoltant autour de cette queue, un employé français s’activait autour des clients pour les diriger vers des guichets disponibles. Cette femme commence par lui expliquer qu’elle avait oublié sa carte « à la maisson ». L’occasion était trop belle pour ce subalterne de se gausser de cette faute de prononciation qui trahissait l’origine étrangère de la dame. Et lui de répéter à voix haute : « Bien sûr, Madame, quand vous retournerez à la maisson »… Au lieu de prononcer « à la maison », ce qui aurait permis à cette étrangère de ne plus faire la faute la prochaine fois.

La hiérarchie des langues sur un mode commercial

[Article publié initialement sur le Forum dans la rubrique Débat et réflexion du 6 Février 2014]

J’ai eu quelques difficultés récemment à utiliser un terminal multimédia informatique, autrement dit un téléphone intelligent (un smartphone) que je viens d’acquérir. J’ai donc pris contact avec le service téléphonique français d’ une marque célèbre, dite à la Pomme, dont le siège social est en Californie, pour m’enquérir de quelques détails techniques nécessaires à son bon fonctionnement. Je suis tombé immédiatement, sans passer par le « appuyez sur la touche un, appuyez sur la touche deux », sur un véritable être humain. Tout s’est bien passé et je recevais le lendemain, par mél, une invitation à répondre à un questionnaire de satisfaction.
Une fois ce formulaire rempli, le carton de remerciement que vous pouvez voir ci-dessous s’est affiché sur mon écran.
J’ai disposé en face le nom des langues correspondantes.

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