Les quotas de chanson française sont-ils efficaces ?

Les quotas de chanson française sont-ils efficaces ?

12 Juil, 2019

Clara Luciani en 2019

La chanson française se porte bien, merci ! Il est loin le temps de la disette. Dans les années 80 / 90, les jeunes se tournaient massivement vers les groupes et chansons britanniques ou américains… Quelques groupes et chanteurs français sortaient du lot, tel Téléphone, Indochine ou encore Goldman. Mais l’actualité se passait surtout ailleurs, on se devait d’écouter les chansons en langue anglaise. Le français, c’était ringard.

Une première loi arriva en 1986, relative à la liberté de communication (article 28), et instaura des quotas minimaux de diffusion de chanson française (40% dans les radios diffusant des musiques actuelles) sur les radios pour éviter la disparition de la chanson française.

Une autre loi, le 1er février 1994 (dite « Carignon », distincte de la fameuse loi Toubon sur la langue française du 4 août, malgré ce qu’affirment certains articles de journaux de référence), réactualisa cette demande par l’amendement Pelchat. Le CSA a prévu à la suite de cette loi les modalités de son application en signant des conventions avec les radios. On se donnait enfin les moyens d’accompagner vers ce seuil de 40% et de sanctionner. Le 1er janvier 1996 entraient finalement en vigueur les quotas prévus en 1986.

C’était une forme de protectionnisme linguistique, qui s’inscrivait dans la continuité de la notion « d’exception culturelle » (i.e. la culture n’est pas un bien comme les autres). De nombreuses voix s’élevèrent pour critiquer le bien-fondé de cette loi. Certaines autres lois de protectionnisme culturel ont peut-être été peu efficaces (on moquait la francisation de certains termes, comme vacancettes pour remplacer weekend dans la loi Toubon de la même année), mais 25 ans après, on peut affirmer que l’histoire a validé cette forme de protectionnisme que sont les quotas. Essayons de comprendre ce qui s’est passé.

Le « en même temps » de M. Macron face à la francophonie

M. Macron est-il le pire défenseur de la langue française ou son plus fervent promoteur ? Les deux à la fois, mais par stratégie. Explications.

Le prix d’infamie

En tant qu’adhérent d’ALF (association Avenir de la Langue Française), je reçois des bulletins bien écrits et dont les idées sont développées avec mesure et érudition. Dans le bulletin d’avril, on apprend que le prix de la « Carpette anglaise 2017 » a été attribué à Mme Anne Hidalgo. Je ne m’y m’attarde pas, ce n’est pas notre sujet du jour. On y apprend aussi que M. Emmanuel Macron a été pressenti. Surpris ? Le bulletin rappelle ces allocutions en anglais, notamment à l’université Humboldt de Berlin, l’affichage public « One Planet Summit » lors de la conférence. On peut rajouter les « helpers » lors de la campagne présidentielle, le site « Make our Planet great again » ; on trouve d’autres anglicismes en cherchant sur la toile (ou en lisant le bulletin) que je vous épargnerais.

Benoît Hamon ne tient pas à répondre en anglais sur France Info

Benoît Hamon ne tient pas à répondre en anglais sur France Info

30 Mar, 2017

Ce matin, en allant au travail, j’entends Benoît Hamon sur France Info avec Jean-Michel Apathie. Moment d’anthologie, apparemment, France Info rediffuse une minute avant la fin de l’émission un extrait d’un enfant qui avait interrogé Benoît Hamon en anglais dans une école :

L’enfant (Teddin ?) « Do you think that leaving the government hurt your image or made you look like someone disloyal ? »

Benoît Hamon : « Est-ce que j’ai été déloyal, est-ce que… »

L’enfant : « In English please »

Benoît Hamon : « Non, je vais répondre en français si tu veux bien parce que… à cette excellente question dans un excellent anglais. »

Dans la suite de l’entretien, les journalistes relancent donc cette question, avec l’un des deux qui ajoute successivement : « improve your English » (améliore ton anglais) et « just do it ». Passablement agacé, je me suis penché sur les raisons de cet énervement. Analysons.

Charabias aux championnats !

Du jeudi 17 décembre au samedi 19 décembre 2015 se sont déroulés à Épinal les championnats de France de patinage sur glace Élite. Je suis tombé par hasard, un peu avant le début des épreuves, sur une feuille distribuée par la patinoire municipale et destinée au grand public.

Dès la lecture du titre, je me suis demandé si les organisateurs étaient conscients qu’il s’agissait de championnats de France se déroulant en France. En parcourant le tableau des épreuves – formulation qui me semble plus compréhensible pour un francophone que celle figurant sur la feuille-, j’ai repéré plusieurs expressions anglaises qui, pour un non-initié, n’ont aucune signification. Plutôt que d’en faire un inventaire, je préfère vous livrer une photographie du tableau des épreuves, ainsi que la lettre que j’ai adressée aux organisateurs (l’adresse indiquée sur ce blogue est volontairement fantaisiste).

[Cliquer sur l’image pour l’agrandir]

practise-and-competition

Les raisons pour lesquelles je parle français

1/ D’abord à cause de mes racines (dans un sens linguistique).
a/ Mais quelles racines ? Ce ne sont pas mes racines régionales (je suis opposé à la ratification des langues régionales : voir ici). Ce ne sont pas non plus mes racines familiales : je ne suis pas dans une logique de clan fermé sur lui-même. Je conserve certes des expressions que j’ai récoltées à droite et à gauche et qui font partie de mon identité, mais je pourrais très bien m’en passer.
Deux exemples : J’aime de temps en temps quand je passe au feu rouge (quand il est au vert naturellement) dire « Está verde la flecha ». Ce que disent tous les Mexicains quand ils démarrent au semáforo. J’aime bien cette phrase, d’abord d’un point de vue syntaxique parce qu’il y a une inversion du verbe par rapport au sujet (ce qui est peu fréquent en français) ; il y a également l’usage du verbe estar au lieu du verbe ser (qui sont les deux formes du verbe être en espagnol ; distinction qui n’existe pas en français). Estar indique un état passager puisque le feu n’est pas toujours vert. Enfin, la flecha a un côté délicieusement désuet qui renvoie au temps des sémaphores précisément. Autrement dit, quand je prononce la phrase « Está verde la flecha », je me retrouve dans le Mexique de ma jeunesse.

La francophonie : un voyage dans le futur

[Article publié originellement sur le Forum dans la catégorie Débats et Réflexions le 1er Juin 2013]

Imaginons que je puisse disposer d’une De Lorean, voiture mythique qu’utilisait dans la trilogie « Retour vers le Futur », le célèbre Marty, pour aller voir ce qui se passe dans notre beau pays, d’ici deux générations. Je suppose que le français a disparu de l’Hexagone, mais pas forcément des autres régions du monde. Que puis-je faire ? En tant qu’anglophone, je ne me sens pas trop perdu, puisque je peux me débrouiller dans ma vie quotidienne, mes déplacements, mes achats, l’usage des nouvelles technologies, mes conversations, mes lectures et ainsi de suite. Comme je me sens à l’étroit dans une langue qui n’est pas celle de mon enfance, celle de mes ancêtres, celle de ma culture donc, quelles sont les alternatives qui restent à ma disposition ? Me replonger dans les littératures anglaises et américaines ? Certainement.
Me diriger vers les autres littératures francophones ? Au risque d’en vexer certains, la plupart des productions francophones extra hexagonales ne me parlent pas trop : je ne connais pas l’Afrique, je ne suis jamais allé en Louisiane, mes différentes visites au Québec et à Pondichéry m’ont plongé dans une tristesse insondable.