La francophonie en France dans une société duale

[Article publié originellement sur le Forum dans la catégorie Débats et réflexions le 26 Février 2013]

Pour reprendre le texte sur mon hypothèse basse (dans ce même forum ici ), j’imagine, dans le futur, la situation de politique-fiction suivante : si le français comme langue persiste en France, nous serons, dans le pire des cas, car ce n’est pas bien entendu ce que je souhaite, en présence d’une société duale : entre ceux qui maîtriseront la langue et ceux qui la maîtrisont de moins en moins. À ce sujet est paru, il y a déjà quelque temps, en Décembre 2012, dans Marianne, un article très intéressant sur le « parler banlieue » qui constitue précisément un handicap pour ceux qui veulent quitter la banlieue :
Le langage des cités, un facteur d’exclusion.
Voir aussi dans le même Marianne, un article plus ancien, de 2009 : Ces enfants et ces jeunes gavés de «globish»

Le français impeccable comme marqueur social

[Article publié initialement le 5 Décembre 2013 sur le forum dans la catégorie Débat et Réflexion]

La maîtrise impeccable du français est un marqueur social, ce qui explique naturellement toutes les résistances à sa simplification. A l’opposé, la maîtrise de la langue anglaise dans l’espace francophone n’est pas tellement un marqueur social : c’est une compétence pour accéder à des responsabilités qui permettent d’être en prise directe avec les grands courants de la mondialisation. A l’intérieur de l’espace francophone, un membre de l’élite qui ne maîtriserait pas parfaitement la complexité de la syntaxe française ou de sa prononciation serait disqualifié aux yeux de ses pairs même s’il maîtrise bien la langue de Shakespeare.
Côté France d’en bas, une petite anecdote pour préciser ce point. Il y a quelques années je faisais la queue dans une agence de l’American Express à Paris rue Scribe. Dans cette queue, une femme dont je n’ai pas pu déterminer la nationalité. Virevoltant autour de cette queue, un employé français s’activait autour des clients pour les diriger vers des guichets disponibles. Cette femme commence par lui expliquer qu’elle avait oublié sa carte « à la maisson ». L’occasion était trop belle pour ce subalterne de se gausser de cette faute de prononciation qui trahissait l’origine étrangère de la dame. Et lui de répéter à voix haute : « Bien sûr, Madame, quand vous retournerez à la maisson »… Au lieu de prononcer « à la maison », ce qui aurait permis à cette étrangère de ne plus faire la faute la prochaine fois.

La hiérarchie des langues sur un mode commercial

[Article publié initialement sur le Forum dans la rubrique Débat et réflexion du 6 Février 2014]

J’ai eu quelques difficultés récemment à utiliser un terminal multimédia informatique, autrement dit un téléphone intelligent (un smartphone) que je viens d’acquérir. J’ai donc pris contact avec le service téléphonique français d’ une marque célèbre, dite à la Pomme, dont le siège social est en Californie, pour m’enquérir de quelques détails techniques nécessaires à son bon fonctionnement. Je suis tombé immédiatement, sans passer par le « appuyez sur la touche un, appuyez sur la touche deux », sur un véritable être humain. Tout s’est bien passé et je recevais le lendemain, par mél, une invitation à répondre à un questionnaire de satisfaction.
Une fois ce formulaire rempli, le carton de remerciement que vous pouvez voir ci-dessous s’est affiché sur mon écran.
J’ai disposé en face le nom des langues correspondantes.

Langues régionales et coquetteries identitaires

[Article publié initialement sur le forum le 31 Janvier 2014]

Je poursuis la réflexion amorcée ici à l’occasion de la ratification de la charte des langues régionales.

Attention texte iconoclaste, âmes trop sensibles aux particularismes linguistiques, s’abstenir.

J’effectue ici, vous me pardonnerez l’expression, mon coming out linguistique, ma « sortie du placard », comme on dit à Montréal.

Je précise mes origines ethnolinguistiques. J’ai vécu toute mon enfance et mon adolescence en Picardie. Mes grands-parents, du côté paternel, sont d’origine picarde ; mes deux grands-parents, du côté maternel, ont eu un destin différent. Mon grand-père, ancien de 14-18, d’origine picarde lui aussi, blessé dans les tranchées, évacué à l’arrière, en convalescence à l’hôpital militaire de Saint-Malo, a rencontré ma grand-mère sur les remparts de cette même ville.
J’ai donc un rapport très personnel avec le gallo ainsi qu’avec le dialecte picard.

Les quotas de chansons francophones : transmission et uniformisation

Les quotas de chansons francophones : transmission et uniformisation

4 Fév, 2014

Fatals Picards

Le magazine FrancoFans

A l’heure où les radios réclament de pouvoir faire « sauter les quotas » de chansons francophones (40%), il est temps de faire le point sur les enjeux et le contexte culturels et économiques. En effet, « les radios musicales veulent être libres de programmer la musique de leur choix ». Je vais tenter de montrer que l’argument de la liberté ne peut pas recouvrir la totalité des enjeux, et que les radios ont une sorte de mission de service public qui requiert ces quotas. Les radios avancent également l’argument commercial, arguant que les industries en ligne ne sont pas soumises à ces quotas, d’où une concurrence déloyale. Les quotas sont-ils ringards ? Sont-ils adaptés à la situation actuelle ? Ont-ils un intérêt ?

Le rock indé, attribut de l’impérialisme culturel anglo-américain

(publié sur lefrançaisenpartage le 28-10-2013)

Cet article, je l’avais en tête depuis longtemps, et il aura fallu un courriel d’une amie pour m’obliger à le mettre en forme au niveau des idées. En effet, j’ai envoyé un courriel où je faisais part de certaines des musiques (6 ou 7) que j’écoute actuellement et que je voulais partager, mon amie m’a répondu par une sélection des siennes et par le fait que globalement elle aimait bien celles que j’avais envoyées « sauf une ou deux » (indiqué avec un petit smiley juste après).

Que faut-il écouter aujourd’hui ? La doxa moderne

J’ai donc regardé ce qu’elle m’avait envoyé. Madness de Muse, Asaf Avidan, Syd Matters, un truc de Gossip, un des Red Hot Chili Peppers et je ne sais quoi encore. Tout d’un coup, je me suis senti pris en défaut. Des goûts très sûrs. Ca m’a fait remonter des mauvais souvenirs. Quand on est jeune, on écoute ce qu’on aime parmi ce qui passe à la radio. Et un jour, il y a un ami qui vient te dire que telle ou telle musique que tu aimes, c’est commercial, c’est de la m***. Mince. Qu’est-ce qui fait que c’est nul et que je n’ai rien vu ? Bon, on peut toujours écouter les autres groupes, et il y en a plein ou ne pas en tenir compte et continuer à écouter ses musiques à l’abri de cette personne. Et puis un deuxième ami, un troisième, une personne dans une soirée, une autre… alors là on commence à douter.