La hiérarchie des langues sur un mode commercial

[Article publié initialement sur le Forum dans la rubrique Débat et réflexion du 6 Février 2014]

J’ai eu quelques difficultés récemment à utiliser un terminal multimédia informatique, autrement dit un téléphone intelligent (un smartphone) que je viens d’acquérir. J’ai donc pris contact avec le service téléphonique français d’ une marque célèbre, dite à la Pomme, dont le siège social est en Californie, pour m’enquérir de quelques détails techniques nécessaires à son bon fonctionnement. Je suis tombé immédiatement, sans passer par le « appuyez sur la touche un, appuyez sur la touche deux », sur un véritable être humain. Tout s’est bien passé et je recevais le lendemain, par mél, une invitation à répondre à un questionnaire de satisfaction.
Une fois ce formulaire rempli, le carton de remerciement que vous pouvez voir ci-dessous s’est affiché sur mon écran.
J’ai disposé en face le nom des langues correspondantes.

Langues régionales et coquetteries identitaires

[Article publié initialement sur le forum le 31 Janvier 2014]

Je poursuis la réflexion amorcée ici à l’occasion de la ratification de la charte des langues régionales.

Attention texte iconoclaste, âmes trop sensibles aux particularismes linguistiques, s’abstenir.

J’effectue ici, vous me pardonnerez l’expression, mon coming out linguistique, ma « sortie du placard », comme on dit à Montréal.

Je précise mes origines ethnolinguistiques. J’ai vécu toute mon enfance et mon adolescence en Picardie. Mes grands-parents, du côté paternel, sont d’origine picarde ; mes deux grands-parents, du côté maternel, ont eu un destin différent. Mon grand-père, ancien de 14-18, d’origine picarde lui aussi, blessé dans les tranchées, évacué à l’arrière, en convalescence à l’hôpital militaire de Saint-Malo, a rencontré ma grand-mère sur les remparts de cette même ville.
J’ai donc un rapport très personnel avec le gallo ainsi qu’avec le dialecte picard.

Les quotas de chansons francophones : transmission et uniformisation

Les quotas de chansons francophones : transmission et uniformisation

4 Fév, 2014

Fatals Picards

Le magazine FrancoFans

A l’heure où les radios réclament de pouvoir faire « sauter les quotas » de chansons francophones (40%), il est temps de faire le point sur les enjeux et le contexte culturels et économiques. En effet, « les radios musicales veulent être libres de programmer la musique de leur choix ». Je vais tenter de montrer que l’argument de la liberté ne peut pas recouvrir la totalité des enjeux, et que les radios ont une sorte de mission de service public qui requiert ces quotas. Les radios avancent également l’argument commercial, arguant que les industries en ligne ne sont pas soumises à ces quotas, d’où une concurrence déloyale. Les quotas sont-ils ringards ? Sont-ils adaptés à la situation actuelle ? Ont-ils un intérêt ?

Le rock indé, attribut de l’impérialisme culturel anglo-américain

(publié sur lefrançaisenpartage le 28-10-2013)

Cet article, je l’avais en tête depuis longtemps, et il aura fallu un courriel d’une amie pour m’obliger à le mettre en forme au niveau des idées. En effet, j’ai envoyé un courriel où je faisais part de certaines des musiques (6 ou 7) que j’écoute actuellement et que je voulais partager, mon amie m’a répondu par une sélection des siennes et par le fait que globalement elle aimait bien celles que j’avais envoyées « sauf une ou deux » (indiqué avec un petit smiley juste après).

Que faut-il écouter aujourd’hui ? La doxa moderne

J’ai donc regardé ce qu’elle m’avait envoyé. Madness de Muse, Asaf Avidan, Syd Matters, un truc de Gossip, un des Red Hot Chili Peppers et je ne sais quoi encore. Tout d’un coup, je me suis senti pris en défaut. Des goûts très sûrs. Ca m’a fait remonter des mauvais souvenirs. Quand on est jeune, on écoute ce qu’on aime parmi ce qui passe à la radio. Et un jour, il y a un ami qui vient te dire que telle ou telle musique que tu aimes, c’est commercial, c’est de la m***. Mince. Qu’est-ce qui fait que c’est nul et que je n’ai rien vu ? Bon, on peut toujours écouter les autres groupes, et il y en a plein ou ne pas en tenir compte et continuer à écouter ses musiques à l’abri de cette personne. Et puis un deuxième ami, un troisième, une personne dans une soirée, une autre… alors là on commence à douter.

Chronique de la francisation : quelle méthode ?

(publié sur lefrançaisenpartage le 14-10-2013)

La francisation est un sujet qui ne cesse de me laisser perplexe. Lorsque j’interpelle des commerciaux, représentants ou clients dans le cadre de mon travail, tout le monde est d’accord pour dire qu’il y a trop d’anglais mais visiblement personne n’y peut rien, il y aurait comme une force au-dessus de nous. Comment peut-on avoir tout le monde d’accord et que rien ne change ?

Ainsi, j’ai interpellé le commercial de Vitamont (jus de fruits bio) sur l’appellation cranberry de son jus. Je lui ai dit : pourquoi ne pas utiliser le mot français « canneberge« . Il n’a même pas répondu, jujgeant ma question incongrue. J’ai récidivé, il m’a demandé : « tu as des clients qui te le demandent sous ce nom ? » Je lui ai dit qu’il y en avait quelques uns mais que ce n’était pas la majorité, et avant que j’ai pu continuer, il a mis fin à la conversation, lorsqu’il a compris que l’ensemble des clients ne l’utilisaient pas. Comme je suis têtu, je suis revenu dessus, je lui ai dit que si eux, en tant qu’entreprise, ne le font pas, personne ne le fera (ce ne sont pas les clients qui vont commencer) et je l’ai obligé à me suivre pour lui montrer les canneberges que l’on vendait en vrac avec sur l’étiquette l’appellation « Canneberge / Cranberry », et je lui ai aussi montré des canneberges en sachet (de chez Priméal) vendues sous l’appelation Cranberry et en dessous, en un peu plus petit : Canneberge. Je lui montrais comme quoi on pouvait au moins indiquer les deux. Il a enfin écouté mon argument, même s’il n’en tiendra peut-être pas compte.

Comment la City anglicise la France… grâce aux Français

(Publié sur lefrançaisenpartage le 01-07-2013)

Les ponts culturels

D’après le site du Ministère des Affaires Etrangères, 1 611 054 Français sont établis à l’étranger. Vivre à l’étranger amène à s’intégrer à la nouvelle société, à apprendre sa langue de par ses voisins, son travail, son environnement. Ces Français qui vivent à l’étranger sont comme des ponts entre deux cultures car en plus des nouvelles personnes qu’ils rencontrent, ils entretiennent des liens avec leurs amis et famille qu’ils laissent en France.

Ainsi, les immigrés portugais, espagnols et italiens hier, marocain, algérien, et portugais (encore !) aujourd’hui amènent un peu de leur culture chez nous et partagent un peu de la nôtre chez eux. Il faut imaginer que, vu le nombre total de Portugais au Portugal (environ 10,5 millions) et en France (1,24 millions pour les immigrés et leurs enfants), la plupart des Portugais ont un cousin en France, ce qui a forcément une influence sur la diffusion du français au Portugal (voir à ce propos la BD de Pedrosa : Portugal, dans laquelle quelques personnes que rencontre le héros au Portugal parlent courament le français car ayant vécu en France). Idem pour l’Algérie ou le Maroc. C’est le phénomène de relai culturel ou relai linguistique.

L’effet de ces ponts culturels est d’autant plus renforcé lorsque la langue du pays d’accueil est aussi une langue d’apprentissage dans le pays de départ.

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