Chronique d’Eric Zemmour sur le français et l’apprentissage de l’anglais

(Publié sur lefrançaisenpartage le 15-03-2012)

Voici une chronique très synthétique d’Eric Zemmour sur les enjeux de l’apprentissage de l’anglais :


Eric Zemmour : « L’insupportable domination de l… par rtl-fr

Cette vidéo est pour moi l’occasion de revenir sur une vieille polémique bien hypocrite : les français sont nuls en langues étrangères. Cette conclusion un peu hâtive découle les trois quarts du temps de l’étude européenne PISA que l’on cite en argument pour justifier le propos. Il s’agit d’une étude où l’on compare l’apprentissage de l’anglais, pas des langues étrangères, pour certains pays européens, pas tous les pays du monde ni même de l’Europe. Et l’on en tire la conclusion qu’il faut apprendre l’anglais plus et plus tôt (6ème auparavant, CM2 quand j’étais jeune, CE1 maintenant, bientôt la maternelle, comme le réclame Luc Châtel). Dans ce test, on se rend compte que les pays nordiques, l’Allemagne et la Hollande se débrouillent mieux en anglais que les français quasiment ex æquo avec les espagnols et les italiens dans la nullité ! Quelle horreur.

Dans le monde, il n’y a pas de miracle, personne n’est meilleur qu’un autre sans raison. Et inutile de chercher du côté des dispositions naturelles. Déjà, si l’on était honnête, on dirait que les pays scandinaves, l’Allemagne et la Hollande sont des pays de langue germanique, donc de langue beaucoup plus proche de l’anglais que nous, les pays latins. Ce qu’il y a moins d’efforts à fournir pour eux pour apprendre l’anglais. Première Arnaque. Maintenant je vous montre la deuxième arnaque ; Reposons la question : quels européens sont bons en langue ? Cela dépend de quelle langue ! On ne parle même pas des anglais qui ne sont même plus obligés d’arriver au bac avec une langue étrangère. Recalés ! Je propose donc que des français dirigent cette étude… et là, surprise, les Scandinaves sont nuls en langue !! Et oui, ils n’apprennent quasiment pas le français (et c’est bien sûr la langue que l’on aurait choisi pour comparer le niveau de langue des européens). Par contre, bon point pour les Espagnols, Portugais et Italiens sans compter ces étonnants roumains qui sont vraiment bons… en langues ! Bref, la question est un piège qui enferme, car être bon en langue, c’est dans l’esprit des enquêteurs être bons en anglais, ensuite, si l’on répond non (personne n’a envie d’être mauvais en quoi que ce soit), cela oblige à trouver des solutions pour y remédier. Je propose donc que l’on se demande si les français maîtrisent déjà bien leur langue par rapport à leurs aînés, et on verra la réponse et les conclusions. Il est certain que si les médias faisaient un grand raffut avec des enquêtes toutes les semaines sur le niveau de français actuel, celui des anciens, des enquêtes sur le pourquoi on est devenu moins bons, alors l’opinion publique (observez : « opinion » publique, et non « raison » ou « intelligence » publique… et oui, quand on n’est pas expert, on a une opinion).

Le problème d’une enquête, c’est que son déroulement est scientifique mais que la question ne l’est pas, je veux dire par là qu’elle est orientée. Pourquoi a-t-on choisi de poser cette question plutôt qu’une autre ? Si l’on fait une enquête sur le niveau d’anglais, c’est que l’on considère qu’il est suffisamment important de parler anglais au point de faire des tests et de dépenser de l’argent pour en vérifier le niveau. Le fait même de poser la question et de mener une enquête est un choix.

Enfin, dernier argument qui s’ajoute aux autres, que l’on n’explique pas et qui justifie des piètres résultats. Un des grands moteurs de l’apprentissage, c’est la motivation, et lorsque l’on est motivé c’est qu’il y a une raison, et cette raison, c’est bien souvent la nécessité. Ainsi, il sera plus important, plus nécessaire pour un hollandais ou un norvégien d’apprendre une langue étrangère, que pour des français ou des espagnols qui sont des pays avec une population plus importante. La France est une puissance économique assez forte et démographiquement assez grande, et pour l’Espagne, les personnes aux chômage auront plus tendance (en tous les cas dernièrement, comme on peut le voir dans pas mal de reportages (cf Courrier International, ou dans les journaux télévisés)) à partir en Amérique Latine que vers le Royaume-Uni.

Pour les français, leur langue pourrait redevenir un gros atout à mesure que les pays d’Afrique s’enrichissent car près des deux tiers ont comme langue officielle et de travail le français, ce qui pourra offrir des opportunités à l’avenir. Ajoutons que si un français maîtrise l’espagnol et l’anglais, il peut voyager sur tous les continents, il trouvera toujours parmi les personnes qui ont été scolarisées des gens qui le comprendront.

Ce dernier argument de la nécessité explique pourquoi les anglais ne s’obligent plus à apprendre des langues étrangères : ils n’en ont plus besoin, grâce aux États-Unis notamment. S’il n’y avait pas les États-Unis, je parie que nos amis britanniques seraient obligés de faire plus d’efforts pour apprendre le français ou l’allemand (notons cependant que lorsqu’ils doivent apprendre une langue, ils choisissent majoritairement le français).

Il faudrait rajouter autre chose aux implications du tout anglais. Apprendre les langues étrangères, c’est bien. Mais au détriment du français, ce n’est pas forcément une bonne idée. Bien sûr, il est plus simple de s’approprier une langue étrangère lorsque l’on est jeune. Mais il est toujours temps d’apprendre l’anglais et ceux qui en auront besoin peuvent toujours aller faire un séjour linguistique en Angleterre de 6 mois plutôt que d’obliger tout un pays à apprendre l’anglais dès la primaire, anglais dont 95% des gens n’auront pas besoin. L’école est là pour nous donner des bases pour pouvoir apprendre par nous-même l’anglais en immersion après, pas pour nous rendre bilingues (quelle utilité, si ce n’est pour les enfants de nos élites qui décident pour nous ?). A part le plaisir de regarder des séries américaines en VO sans le sous-titrage, je ne vois pas.

Mr Bayrou a d’ailleurs jeté un pavé dans la mare lorsqu’il a donné ses propositions pour l’éducation dont j’aimerais vous citer la 9ème :

« D’abord les bases et les bases d’abord ! Il n’est aucune chance de réussite pour un élève qui n’a pas la maîtrise des fondamentaux. Je proposerai que tant que cela est nécessaire 50 % du temps scolaire à l’école primaire soit consacré à la maîtrise de l’écrit, comme on dit actif et passif, et à la langue française, en sa beauté à découvrir, à ce qu’elle peut exprimer de nuances, de richesses, en son vocabulaire. C’est un bagage pour la vie. »

 

Eh oui, lorsque l’on fait de l’anglais, ce ne sont pas des heures en plus (les enfants ont des limites, comme les adultes, au niveau de leur temps de concentration), mais à la place de. A la place de quoi… j’aimerais bien le savoir : du calcul, du français, de l’histoire ? Je ne pense pas que ce soit la priorité d’apprendre l’anglais en primaire. A la rigueur une petite initiation au CM2 pour les familiariser avec ce qu’ils vivront au collège.

Pour info, actuellement, les enfants ont 10h (sur 24 en tout) en CP / CE1 puis 8h ensuite. (lien) L’anglais est à 1h30 par semaine. Vous remarquerez sur le lien que l’on parle de langue vivante, et non pas d’anglais même si dans les faits, il est quasiment impossible de faire autrement. D’ailleurs le fait que Mr Luc Châtel propose l’anglais en maternelle montre bien qu’il prend comme acquis que les écoles primaires continueront en anglais après.

Puisque l’on est dans les chiffres, en 1976, un élève à sa sortie de 3e avait reçu 2800 heures de français depuis son entrée au CP. En 2004, c’était 2000, soit 800 heures de moins, ou encore : soit deux ans et demi d’école de 1976 en moins !! Mais il faut apparemment commencer par l’accessoire (musique, histoire de l’art, langues étrangères) en primaire. Est-ce que les décideurs ne prennent pas pour acquis que ce dont ils ont bénéficié comme éducation « flotte dans l’air », que tout le monde peut l’acquérir sans effort et que par conséquent on peut directement passer à des choses plus accessoires qui seront un atout ? Ce le serait si ce n’était au dépend de l’essentiel (français, calcul, histoire). (Je n’arrive pas à trouver les horaires en école primaire avant les années 50, si quelqu’un peut m’aider, j’en serai très reconnaissant).

Voici une autre chronique de Mr Zemmour, pour ceux qui ne seraient pas au courant de l’anglicisation des grandes écoles en France :


Les grandes écoles françaises s’anglicisent par khalem-session

Mon but n’est pas (pour l’instant) de donner des solutions mais de donner un diagnostic et de le partager. Une fois que tout le monde prendra conscience de cela, les solutions s’imposeront d’elles-mêmes.

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