Disparition de la francophonie ?

[Article initialement publié sur le forum dans la catégorie Géopolitique et Francophonie, le 1er Juin 2013]

La francophonie en France pourrait-elle disparaître en l’espace de deux générations ? C’est le temps qui sépare les jeunes gens d’aujourd’hui de l’époque où, leurs petits-enfants devenus grands, ils seront appelés eux-mêmes à quitter notre monde.
Les spécialistes nous affirment que les pierres tombales ne sont plus entretenues au-delà de la seconde génération ; autrement dit, les sépultures sont abandonnées lorsque les enfants des petits-enfants, qui avaient coutume d’entretenir la tombe de leurs grands-parents, parviennent à l’âge adulte. En sera-t-il de même pour la francophonie ?
Deux générations me semblent être une bonne unité de mesure pour considérer les phénomènes démographiques et linguistiques.
Deux générations ont ainsi pu faire parvenir à l’état de quasi extinction la plupart des patois locaux parlés encore en France au lendemain de la seconde guerre mondiale. En effet, ceux qui avaient une dizaine d’années avant 1940 et qui parlaient patois, disparaissent peu à peu.
Deux générations également nous séparent du temps où le latin et le grec étaient enseignés au niveau du lycée pour tous les élèves qui pouvaient envisager de faire des études supérieures, et qui étaient destinés, de ce fait, à devenir les cadres supérieurs de la nation.
L’enseignement du latin et du grec permettait de donner une assise solide à celui du français. Dans le domaine de la grammaire par exemple, le maniement des déclinaisons et des constructions syntaxiques, en latin et en grec, permettait l’apprentissage accéléré des règles de la grammaire française aux écoliers. La fréquentation des œuvres littéraires françaises en conséquence allait de soi. La tradition de l’entre-deux-guerres de la « république des professeurs » était encore vivace dans les années 50.
À partir du moment où les élites sont devenues inféodées aux pouvoirs anglo-saxons, puisque les Anglo-Saxons ont été de véritables vainqueurs, à l’Ouest, de la seconde guerre mondiale, la langue française a reculé. Ce recul avait commencé déjà après la fin de la première guerre mondiale et ce, pour les mêmes raisons.
Pour faire court, l’enseignement du latin et du grec, qui a donné ses lettres de noblesse à celui du français, a commencé à s’éteindre progressivement à partir du développement du plan Marshall. Les élites courtisanes n’avaient alors plus besoin d’asseoir la légitimité d’une langue sur celle de ces deux grands ancêtres puisqu’elles avaient pris la décision de passer avec armes et bagages dans le camp de la langue de Shakespeare.
La disparition de l’enseignement de la littérature comme source d’émotions, de rêve, et de développement de l’imagination a suivi : aujourd’hui, cet enseignement est devenu simplement linguistique ; le texte est devenu un objet de laboratoire qu’il convient de disséquer, en faisant fi de toute allusion à son propre ressenti, à sa propre subjectivité ; ceci afin de ne pas stigmatiser les enfants de milieux défavorisés qui ne peuvent pas bénéficier d’un bain culturel quotidien dans leur milieu familial.
À partir du moment où la littérature, qui est la forme la plus élaborée de la langue, n’est plus enseignée, et où les enfants d’aujourd’hui lisent de moins en moins, la langue française est menacée dans ses soubassements.
Il est facile de comprendre, à l’échelle d’une génération entière, que s’il n’y a plus d’attachement à la littérature, il va de soi qu’il n’y a plus non plus d’attachement à la langue, c’est-à-dire à la francophonie.
Nous assistons actuellement en grandeur nature à l’inféodation progressive d’un pays, qui se trouve en bordure d’un empire, par un autre, déterritorialisé, quasiment hors-sol, et dirigé, comme on dit, par les élites mondialisées. C’est ce qui s’est passé à l’époque de l’empire romain pour les royaumes, ou coalitions de royaumes, comme ceux d’Annibal, de Vercingétorix, de Mithridate, et d’Arminius.

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Michel
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