« Enchanté de faire votre plein d’essence ! » de Marie Treps

(publié sur lefrançaisenpartage le 24-03-2013)

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Pour changer un peu des mes articles parfois austères pépères, j’aimerais vous parler d’un livre que je viens de découvrir : « Enchanté de faire votre plein d’essence ! » de Marie Treps.

Un quidam inattentif dans une librairie survolant la pochette présentant la gravure de type XIXe siècle s’attendra à un ouvrage sur la politesse au XIXe siècle (sujet rassembleur, certes!); mais au bout de quelques instants, le style d’écriture différent de « plein d’essence » et la suite « et autres joyeuses calembourdes » l’alertera sur le contenu du livre dont le sujet est le calembour, le pataquès… réunis sous le terme de calembourdes (je fais partie de ceux qui n’avaient pas remarqué que calembourde est construit sur le principe qu’il désigne…).

L’auteure de ce livre, Marie Treps, est une universitaire, linguiste et sémiologue. Pour autant, il ne faut pas s’effrayer de ce que l’on va trouver dans ce livre. Dans la première partie, Marie Treps fait son travail de linguiste et revient sur ce que sont les calembours et les pataquès puis sur leur histoire et la façon dont ils ont été perçus par différents auteurs français. L’auteure a l’esprit de précision et est pédagogue : elle sait restituer tous les sens du mot avec simplicité et en expliquer l’intérêt :

« Le calembour doit son succès au fait qu’il établit une complicité instantanée entre les participants, le donneur et le receveur. Partageant en secret l’incongruité d’une plaisanterie, ces deux-là opèrent ensemble, l’un d’une manière active, l’autre passive, une transgression dont ils recueillent immédiatement le profit : après que chacun, à sa façon, a bien besogné la langue, l’on goûte ensemble la jubilation qui accompagne le jaillissement de sens inattendu. »

Appréciez la précision et la justesse, que l’on retrouve au-delà de l’introduction.

Une fois l’objet d’étude défini, on entre dans le vif du sujet : plusieurs parties sont dédiées aux calembourdes. Heureusement, ceux-ci sont en gras, sinon ce serait la croix et la galère ! Il y a donc différentes parties, dont une que j’ai beaucoup appréciée, celle des défis : il s’agit d’expressions détournées (déjà, on sourit en les découvrant), certaines vieilles comme mes robes, dont l’auteure retrace l’histoire et la genèse : un vrai régal pour les personnes friandes d’explications comme moi.

D’autres parties du livre abordent les noms propres faisant l’objet d’un calembour (Arsène Rupin, le célèbre gentleman-cambrioleur), le dingo-dico propose des néologismes ou détournements désopilants comme le fumeux Haschich parmentier ou encore l’intrigant la courtisane :

Hormone utilisée comme anti-inflammatoire puissant et comme antiallergique. « Depuis que son mari prend de la courtisane, il va de mieux en mieux. »

et le feuilleton « le roman de Madame Rose » est un texte truffé de calembours, un sacré exercice de style, etc… un livre très riche donc, et une source inépuisable d’expressions à y puiser (de San Antonio ou Coluche par exemple, mais aussi de Marcel Proust, Albert Cohen ou Victor Hugo).

Cet ouvrage est donc intéressant à deux titres : il sera une mine pour les lecteurs à l’affut d’un moment de rigolade mais sera aussi l’incontournable de toute personne voulant faire un travail sérieux sur le calembour car ce livre est le fruit d’un gros travail de recherche et de compilation.

Enfin, le francophone averti y trouvera quelques pépites de franglais dont le néfaste-food et le fameux « Oeuf Corse! » (à lire à voix haute) ou autre after-chèvre. A retrouver ici.

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