Faut-il traduire tous les mots anglais ?

(Publié sur lefrançaisenpartage le 23-03-2012)

Sous ce titre se cache une question que Fabien Magnenou, l’un des journalistes du site Newsring (eh oui…),  m’a soumise à l’occasion de la journée de la francophonie (mardi 20 mars). Voici le texte que je lui ai envoyé :

Faut-il traduire tous les mots anglais ?

« Au vu des nombreux termes anglais qui nous entourent (y compris sur newsring !), la question se pose effectivement. Doit-on traduire le nom des magasins (tels les Québécois qui traduisent Kentucky Fried Chicken en Poulet Frit du Kentucky), des films ? Doit-on dire courriel au lieu de mail ? Est-ce un combat perdu d’avance, représenté par un législateur qui essaie d’endiguer le flot d’un fleuve avec un dictionnaire ?

Combat perdu d’avance ? Pas si sûr. Mr Cerquiglioni, qui s’occupait de la Délégation à la Langue Française devait expliquer à quoi celle-ci servait à Mr François Mitterrand.

 « J’aide à créer des mots, Monsieur le Président. » « Ah bon, citez-m’en un ! » Par modestie, je cite un mot que mes prédécesseurs avaient aidé à créer. « Monsieur Le Président, le mot logiciel. » « Ah bon, mais personne n’a créé ce mot, c’est un mot de la langue, un mot naturel. » J’ai répondu : « c’est la rançon du succès. »

Cette anecdote souligne à quel point on ne maîtrise pas la venue des mots dans notre expression. On rencontre un mot dans un journal, puis on l’entend à la radio ; on se dit que si plusieurs personnes éloignées l’utilisent, c’est qu’il est un mot courant et que c’est comme un manquement de ne pas le connaître ! Il faudrait presque ne pas savoir d’où vient le mot pour l’utiliser sans y penser.

Revenons à notre question : le « faut-il » de la question qui nous est soumise implique une sorte d’autorité, une violence que l’on se fait, ce qui condamne à mon avis la question dès le départ. La question que l’on devrait plutôt se poser, c’est « veut-on franciser les termes anglais ? » ou à tout le moins « veut-on franciser notre environnement ? » (publicité, télé, etc…).

En effet, il faut distinguer deux choses : l’effort individuel et l’effort collectif. Si chacun tente de trouver un substitut pour des mots anglais qui sont présents partout à la télévision, dans les journaux, cela me semble difficile et cela relève bien sûr de la volonté de chacun. Certains n’auront pas envie de faire cet effort, ayant d’autres priorités dans la vie tout aussi légitimes. C’est en effet un effort et il faut se faire violence pour se corriger, utiliser le mot adéquat et ne pas se décourager. C’est possible mais exigeant.

Une autre piste à mon avis est celle qu’ont empruntée les Québécois et qui ne touche pas à la liberté individuelle. Il s’agit de franciser notre environnement. En effet, une publicité, une enseigne de magasin est comme un message qui s’adresse à nous sans que l’on puisse jamais y répondre. « Je te parle en anglais et tu es obligé de t’adapter à moi ou de faire abstraction de moi». N’est-ce pas une forme d’injustice ? Un peu comme si l’on était face à un chef qui nous donnait des ordres dans une langue étrangère et qui se moquerait bien qu’on lui réponde en français puisque nous ne serions payés que si nous effectuons le travail qu’il nous demande.

Si nous utilisons de fréquemment et à notre insu des anglicismes, c’est parce que nous y sommes exposés à un moment ou à un autre. Ils n’arrivent pas dans notre cerveau tout seuls. Je pense donc que si l’on veut se défaire de nos anglicismes, le plus simple serait d’empêcher les anglicismes d’arriver jusqu’à nous, et donc, notamment, de franciser notre environnement. En effet, combien de mots anglais voyons-nous par jour lorsque l’on surfe sur le net, lit un magazine ou lorsque l’on regarde la télé ? J’avais déjà calculé le nombre de pages de publicité d’un célèbre hebdomadaire qui utilisait un mot ou des phrases anglaises : plus de la moitié ! Faîtes le test, vous serez surpris ! Et vous voudriez qu’il n’en reste rien ?

Comment faire ? Cela est très simple, des lois suffisent. La recette, on l’a, on sait comment faire (une loi sur laquelle s’appuyer, une période de transition, des sanctions à prévoir), cela a déjà été fait au Québec. Ce qui manque, c’est de savoir si les Français souhaiteraient que l’on francise leur environnement. Un sondage permettrait d’en avoir le cœur net. L’avantage de cette méthode, c’est que personne n’a à changer ses pratiques. Il y aurait bien sûr des grincements de dents comme lors de tout changement, mais le résultat serait très vite visible !

Quant aux mots que l’académie française recommande, ils sont utiles mais on ne peut forcer les gens à les utiliser, nous sommes trop attachés à notre liberté. Ainsi « vacancette », que mon correcteur d’orthographe ne reconnaît pas, n’a jamais remplacé « week-end » mais « logiciel » a bien remplacé « software ». On ne peut obliger les gens, et c’est tant mieux. On ne va pas punir légalement des gens qui utilisent des anglicismes, ce serait humiliant et impossible moralement et techniquement. Tout au plus peut-on s’efforcer de chercher le mot français approprié pour exprimer ce que l’on veut dire.

Si cependant l’on voulait franciser tous les mots anglais, cela passerait nécessairement par les personnes par qui les anglicismes nous arrivent : journalistes, publicitaires, techniciens, etc… dans leur conversation privée, ils sont des citoyens comme tout le monde, qui parlent comme ils le veulent. Mais dans le cadre de leur fonction, ils pourraient être incités à proposer l’équivalent des anglicismes. On a maintenant des outils sur la toile qui permettent de les trouver très rapidement, wikilf et franceterme notamment. »

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