1/ Introduction

Modérateurs: Michel, Marc Beaufrère, Varlet

1/ Introduction

Messagepar Michel » Mar 09 Sep 2014, 00:06

INTRODUCTION
« Ma patrie, c’est la langue française. » Albert Camus

L’effacement progressif des frontières nationales impose d’autres critères d’appartenance identitaire : la langue et la culture constituent la nouvelle géographie.

La francophilophonie regroupe donc les pays francophones, les pays francophiles et les francophones et francophiles du reste du monde.

La France pourrait perdre son rang de première destination touristique au monde, au profit des nouvelles puissances économiques. En effet, l’attractivité touristique des pays est en partie corrélée à leur poids économique : les Etats-Unis sont la deuxième destination touristique, la Chine la troisième. Le déclin économique de la France, lié à des pertes de parts de marchés sur les marchés émergents, pourrait donc se traduire par une moindre attractivité touristique.

Deux pays partageant des liens linguistiques tendent à échanger environ 65 % plus que s’ils n’en avaient pas. Les échanges commerciaux induits par le partage du français entre une trentaine de pays francophones sont à l’origine de 6 % de la richesse par habitant en moyenne pour ces pays et de 0,2 point de taux d’emploi.

Géant anglophone de l’Afrique, tant par sa population (177 millions d’habitants, soit plus de la moitié de celle de toute l’Afrique occidentale), que par son poids économique, le Nigéria a un intérêt stratégique à développer l’apprentissage du français, afin de renforcer son autorité sur une sous région majoritairement francophone.

Ce déclin de la francophilophonie entraînerait une perte de parts de marché pour les entreprises françaises, un effondrement du droit continental au profit du droit anglosaxon des affaires, ainsi qu’une perte d’attractivité pour les universités, la culture et les produits français et en français.

À côté du guichet douanier « Union européenne/Schengen », créer avec les autres pays francophones volontaires un guichet pour les ressortissants de ces pays. Ce guichet spécifique présenterait le double avantage de :
renforcer le sentiment d’appartenance commune des francophones ;
accélérer les procédures de passage à la frontière pour les francophones.

(Proposition n°51 : Mettre en place un guichet pour les francophones dans les aéroports des pays francophones, à l’instar de ce qui se pratique actuellement pour l’espace Schengen).

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Le français a déjà une place de choix dans l’environnement linguistique mondial : il est présent sur les cinq continents ; il est l’une des rares langues enseignées dans les systèmes scolaires et universitaires de tous les pays du monde. L’Inde compte aujourd’hui un million d’apprenants du français. La Chine compte 100 000 apprenants, l’Indonésie 60 000 et ce nombre est croissant partout. Le nombre d’élèves dans les alliances françaises de Bogota a été multiplié par dix en cinq ans.

Jacques Melitz et Farid Toubal démontrent que l’utilisation d’une langue commune (conjuguée avec l’alphabétisation) a des retombées commerciales substantielles. Le fait d’avoir un terrain d’entente linguistique avec des partenaires étrangers favorise la communication et la confiance mutuelle qui, combinées, favorisent le commerce.

Dans un monde post-global, où les produits semblent uniformisés, la demande des consommateurs va désormais vers des produits différenciants, correspondant non pas nécessairement à leur identité nationale mais à l’identité qu’ils ont choisie, dans un mouvement de multi-appartenance identitaire. Dans ce contexte, la France peut et doit s’appuyer sur son atout linguistique pour retrouver un chemin de croissance durable.

Du Moyen-Age au XVIIIe siècle, la France était le pays le plus peuplé d’Europe, et le français était la première langue d’Europe. Le français était la langue des Lumières, et la langue des élites cultivées, y compris de la cour de Prusse ou de celle de Russie. La Révolution française et les conquêtes napoléoniennes provoquèrent un élan nationaliste dans la plupart des pays d’Europe, s’accompagnant d’un recul de l’usage du français en Europe.

Certains pays ont de fortes minorités francophones sur leur territoire : c’est le cas par exemple d’Israël (entre 0,3 millions13et 0,6 millions de francophones, soit 4 % à 8 % de la population) ou encore les États-Unis (2,1 millions de francophones, soit près de 2 % de la population).

Le Nigéria a un intérêt stratégique à développer l’apprentissage du français, afin de renforcer son autorité sur une sous-région majoritairement francophone. Il existe de nombreux francophilophones au Nigéria.

On trouvera en annexe des portraits de personnalités francophones du monde des affaires, de la politique, de la culture et des médias. Ils se comptent par milliers et sont très influents. Ils ne doivent aucune loyauté particulière à la France, sinon qu’ils la comprennent mieux que d’autres.

La francophilophonie regroupe les pays francophones, les pays francophiles et les francophones et francophiles du reste du monde. En définitive, le nombre de francophones peut être estimé à 230 millions de personnes en 2014 soit 4 % de la population mondiale. Plus de la moitié de ces francophones vivent en Afrique, et plus d’un tiers en Europe.

En définitive, la francophonie et la francophilie sont donc deux concepts intrinsèquement liés : la francophilie est une porte d’entrée sur l’apprentissage du français et la francophonie est une porte d’entrée sur la francophilie et l’achat de produits français. Ceci est spécifique à la langue française, qui, plus que d’autres langues, incarne aussi un art de vivre bien spécifique. On désigne plus loin sous le nom de « francophilophone » ces ensembles.

Le groupe Accor a externalisé au Maroc des fonctions antérieurement traitées en interne telles que la blanchisserie à grande échelle ou la sous-traitance de produits de boulangerie et de viennoiserie. Cette co-localisation a permis de créer de nouveaux métiers au Maroc.

Airbus a également choisi de co-localiser une partie de sa production au Maghreb. Le câblage, les sièges d’avions et les nacelles qui portent les réacteurs font partie des segments de valeur ajoutée en partie localisés dans cette zone.
Sur année 2012, le chiffre d’affaires d’EADS a augmenté de 30 % au Maroc et de 16 % en France. Dans l’Hexagone, l’industrie aéronautique a recruté 15 000 salariés en 2012 et prévoit d’en faire autant en 2013.
Les co-localisations se traduisent donc non seulement par une progression dans le niveau des qualifications requises, donc de la qualité des emplois, sur les deux rives, mais également, bien souvent, par un jeu à somme positive en termes de nombre d’emplois, ce qui est une autre illustration de leur caractère potentiellement gagnant-gagnant.

Au-delà d’une zone d’influence culturelle et politique, la « francophilophonie » doit se muer en un espace de développement et d’échanges économiques. Penser la francophilophonie économique, c’est utiliser l’outil de la langue française et de la culture dont elle est porteuse en tant que levier de croissance et d’influence. Tous les autres francophones et francophiles en savent l’importance. La France est seule à douter que la langue française soit un atout économique fondamental.

Au-delà du partage d’une langue, la francophonie économique repose sur une unité juridique : le droit continental.
Le droit continental, hérité du droit civil français, est également l’une des facettes de l’identité francophone. Il présente plusieurs avantages majeurs par rapport au droit anglo-saxon, en termes micro-économiques et macro-économiques :
dans la mesure où il s’agit d’un droit écrit et codifié, et non d’un droit jurisprudentiel, il offre plus de prévisibilité et donc de sécurité juridique pour les entreprises. En termes macroéconomiques, la sécurité juridique qu’offre le droit continental est un facteur de développement économique et un indicateur positif du climat des affaires. En effet, une sécurité juridique forte (applicabilité des contrats, sécurité des paiements, procédures d’arbitrage) est favorable aux investissements et aux échanges.

Le droit continental permet à l’Etat d’organiser son développement économique, à travers des concepts juridiques spécifiques tels que le service public à la française et ses formes de délégations. Il est en soi un vecteur de croissance ; en termes de procédure, le droit continental est plus rapide grâce à ses règles d’administration de la preuve. La procédure en droit continental est celle de l’inquisition, avec des institutions telles que le juge d’instruction. La procédure juridictionnelle en droit continental est aussi moins chère, donc plus accessible. Cette valeur ajoutée du droit continental est reconnue. Le droit continental est fortement implanté dans le monde. En Chine, le droit de propriété issu du Code civil a été privilégié pour accompagner le développement économique. Au Vietnam s’est implantée une École de droit français. Paris est considérée comme la première place juridique au monde.

La promotion du modèle français de partenariats publics privés à l’international est désormais un enjeu et un atout potentiel pour l’accès de nos entreprises aux grands projets et à la gestion des services urbains ou collectifs sur les marchés étrangers.

Les possibilités ouvertes par les nouvelles technologies, notamment de la traduction, devraient démultiplier le potentiel d’exportation des entreprises françaises
La France dispose d’une certaine avance technologique dans les logiciels automatiques de traduction. L’utilisation de ces logiciels pourrait permettre de faire tomber un certain nombre de barrières linguistiques. Ces technologies constitueront donc un avantage commercial pour les entreprises qui les utiliseront.

La France est historiquement en pointe sur ces technologies et des PME françaises ont un rayonnement international. Exemple de succès d’origine française, le logiciel de traduction automatique Systran, passé sous pavillon coréen à la suite de son rachat par CSLI achevé en juillet 2014, pour que la technologie Systran soit intégrée au mobile Galaxy de Samsung et à son application embarquée S Translator.
Le logiciel Reverso a également été développé par un éditeur de logiciels français, Softissimo, spécialisé dans les applications linguistiques de l’informatique (traduction, correction, dictionnaire, grammaire, apprentissage des langues).
Softissimo a lancé de nombreuses innovations mondiales : premier correcteur grammatical du français avec Hugo en 1989, premier dictionnaire électronique largement diffusé avec Collins Lexibase, premier logiciel de traduction avec Reverso en 1998 et premiers logiciels de traduction pour Intranet la même année.

On estime à 60 000 le nombre de Français dans la Silicon Valley. Il s’agit de la première communauté européenne, largement devant les Anglais (40 000) et les Allemands (25 000). On estime à 300 le nombre de start-ups françaises dans la Silicon Valley. Elles sont spécialisées en biotechnologies, en développement d’applications, de services Web ou encore dans le jeu vidéo

Ce réseau francophone est le vecteur d’un lien très étroit avec l’école de médecine française à travers de nombreuses collaborations interuniversitaires et hospitalières. Dans ce cadre, la France assure un programme de formation postuniversitaire dispensé au Vietnam dans les différentes facultés de médecine (Hanoi, Ho Chi Minh Ville, Huen Hai Phong) par des enseignants français et vietnamiens francophones, aboutissant à la validation d’un diplôme interuniversitaire (DIU) délivré dans le cadre d’une convention entre les universités françaises et vietnamiennes organisatrices. En 2013, plus de 1 500 médecins ont bénéficié de ces enseignements.

Les Volontaires internationaux en entreprise (VIE) ne souhaitent pas de manière prioritaire aller en Afrique francophone (aujourd’hui, seuls 10 % à 15 % des VIE choisissent l’Afrique). Ce désintérêt est un signal négatif à l’endroit des élites locales. Le nombre d’expatriés français est plus faible que le nombre d’expatriés britanniques ou allemands : respectivement 2,5 millions, 3 millions et 4 millions. Si ce nombre d’expatriés français augmente, cette augmentation se fait essentiellement à destination des pays d’Amérique du Nord de 110 000 en 1995 à 200 000 en 2012, et très peu à destination des pays d’Afrique (110 000 expatriés en Afrique francophone en 1995 contre 120 00 en 2012).

Ce déficit de « patriotisme linguistique » des Français se ressent en outre dans les instances internationales, où les fonctionnaires internationaux de nationalité française s’expriment généralement en anglais, quand bien même le français fait partie des langues officielles de l’organisation – et ce alors que des personnalités non-francophones s’efforcent de parler en français.

Ce manque de patriotisme linguistique n'encourage pas les étudiants d’autres pays à apprendre le français

Le signal donné aux pays étrangers par ce manque de patriotisme linguistique est négatif : ils ne cernent plus l'intérêt de choisir comme langue vivante le français à l'école. Ainsi, dans certains pays, il n'est plus naturel de choisir le français même en deuxième langue vivante à l'école. C’est notamment le cas dans de nombreux pays d’Europe de l’est. Dans ces pays, après la chute du mur, les nouvelles générations se sont largement tournées vers les pays anglo-saxons. En Pologne, le français, appris par 3,5 % des élèves en primaire et secondaire, est la quatrième langue étrangère enseignée à l’école, derrière l’anglais (96 %), l’allemand (40 %) et le russe (5 %).
Lao-Tseu, repris par Lénine, puis par Churchill : Là où il y a une volonté, il y a un chemin.
Michel Godet : La bonne prévision n'est pas celle qui se réalise mais celle qui conduit à l'action pour, éventuellement, empêcher qu'elle ne se réalise.
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Re: 1/ Introduction

Messagepar Michel » Mar 09 Sep 2014, 14:06

Message de service :
Pour maintenir la progression arithmétique des parties (1, 2, 3 ...), j'utilise la fonction création de réponse pour la maintenir en l'état.
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