Remarques et commentaires

Le 13 octobre 2014 a eu lieu au Sénat une journée d'études sur les 20 ans de la loi Toubon en présence de nombreuses personnalités (Jacques Toubon, Catherine Tasca, Pouria Amirshahi...), vous trouverez ici un résumé des principales interventions

Modérateurs: Michel, Marc Beaufrère, Varlet

Remarques et commentaires

Messagepar Marc Beaufrère » Lun 20 Oct 2014, 13:33

A la suite de cette journée d'études, quelques lignes de force apparaissent :
- tout d'abord le rôle prédominant des groupes de pression (lobbies) de la publicité lors de l'élaboration de la loi Toubon. De l'argent a été versé pour influencer les votes.
- l'anglicisation est concomitante d'une montée en puissance d'une bourgeoisie d'affaire anglicisée / anglicisante à côté d'une bourgeoisie "plus classique", attachée aux humanités, aux belles lettres.
- l'absurdité du vote partisan : la loi Toubon était une loi de gauche (portée par Mme Tasca) : le PS et les médias de gauche ont « lâché » la loi lors du changement de majorité en 1993 avec l'arrivée de la droite au pouvoir. Victime principale : l'intérêt de la France. Peut-être faudrait-il redéfinir nos institutions pour ne pas encourager ces pratiques ?
- La loi est insuffisamment connue : ceux qui la connaissent sont en général d'accord (à 80%) avec ses orientations. Bien souvent une interpellation ou une intervention suffit à obtenir une rectification ou une amélioration, ce qui montre que les gens sont disposés à l'appliquer pour peu qu'on les interpelle et qu'on leur explique la loi. Cela appelle donc à une renforcement des moyens (plus de personnel), et aussi des prérogatives (élargissement, notamment dans le domaine de la publicité).
- avoir une exigence linguistique au niveau de l'Europe et des institutions internationales : nous avons abandonné dans les faits le statut de langue officielle du français. Il faudrait s'en ressaisir
- Jacques Toubon a proposé un "droit universel à la traduction" maintenant que la traduction automatique s'améliore [elle n'est pas encore tout à fait au point, voir à ce sujet l'intervention de M. de Glaunec]
- il faudrait tout faire pour que les colloques scientifiques soient en français en plus de l'anglais
- la nécessité de la mise en place d'une revue scientifique pour redonner de la lisibilité au français. Le besoin de se pencher sur l'influence de l'indice Garfield qui pousse à la publication en anglais. Au-delà de ça, c'est la place et le rôle de la science et des scientifiques qui doit être repensé, ainsi que leur formation dans les sciences humaines. (on ne forme plus des citoyens mais des spécialistes)

A propos de cette dernière remarque : il ne faut pas s'étonner de l'affaiblissement de la maîtrise du français des scientifiques. Les horaires consacrés au français ont largement été diminués depuis des décennies (nous en avions parlé ici), et le passage dans les classes suivantes se fait quasi automatiquement à présent, même si les savoirs ne sont pas acquis. On justifie cela par le raisonnement suivant : bien souvent, cela ne sert pas à grand chose àl'élève de le faire redoubler, les résultats du redoublement sont médiocres, on préfère les faire passer et éventuellement les orienter ultérieurement. On oublie l'effet sur le reste de la classe : le professeur est obligé d'abaisser ses exigences pour inclure ces élèves dont le niveau est trop faible, ce qui ralentit la progression du reste de toute la classe. Accessoirement, on envoie le message que ce n'est pas important d'assimiler ce qui est transmis, puisque cela n'empêche pas le passage dans la classe suivante et ce message n'est pas envoyé qu'à ces élèves, mais à tous ceux qui sont dans leur classe et qui peuvent constater l'écart de maîtrise des fondamentaux. On protège donc de nombreux élèves des conséquences de leurs lacunes, on les déresponsabilise, ce qui n'est pas leur rendre service face à l'entrée dans le monde réel où on ne peut s'en prendre qu'à soi-même lorsque l'on n'est pas à la hauteur des exigences attendues. Comment alors s'étonner qu'on rétablisse la dictée à l'entrée des Grandes Écoles alors que cinq fautes étaient éliminatoires si l'on voulait obtenir le certificat d'études (en général vers 11-13 ans) jusque dans les années 30 ?
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Re: Remarques et commentaires

Messagepar Marc Beaufrère » Lun 20 Oct 2014, 15:44

Retrouvez quelques articles sur cet évènement :
- sur le site d'ALF : "Les 20 ans de la loi Toubon" et "Vingt ans après..."
- sur le site de la DGLF : le programme de la journée
- sur le blogue de Pouria Amirshahi
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