L'intercompréhension des langues latines

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L'intercompréhension des langues latines

Messagepar Varlet » Jeu 21 Mar 2013, 17:49

Cette expression désigne la compréhension plus ou moins fine que des locuteurs de langues latines différentes ( français , italien , portugais , espagnol , catalan ,...) peuvent avoir lorsqu'ils discutent chacun dans leur langue respective ou lorsqu'ils lisent des textes écrits dans une autre langue de même famille que la leur. C'est une compétence peu encouragée et peu utilisée , que j'ai moi-même découverte par hasard lors de mes voyages hors de France. Ne parlant pas espagnol , j'ai ainsi pu échanger en français avec un Sud-américain qui lui s'exprimait en espagnol (et m'avait demandé de lui parler en français). A ma grande surprise, je comprenais la majeure partie de ses paroles , prononcées distinctement et assez lentement. J'ai fait ensuite encore récemment le même constat lors d'un séjour en Italie où j'ai surtout parlé italien ( langue que je n'avais jamais apprise ) grâce à un guide de conversation , français ( compris ou parlé par de nombreux Italiens) et parfois quelques mots en anglais.
Certes , l'intercompréhension entre langues latines commence à être enseignée dans certaines universités , comme au Canada ou même proposée à tout à chacun. Ainsi , une méthode , Eurom5, existe-t-elle à l'intention du grand public . Elle consiste essentiellement à travailler 5 langues latines – le portugais , le catalan , l'espagnol , le français et l'italien- par le biais de textes extraits de journaux. Ces textes sont indépendants les uns des autres et ne sont pas des traductions d'une langue à une autre. Une partie « grammaires et conjugaisons comparées » complète le livre d'apprentissage. Enfin , sur le site www.eurom5.com , on peut retrouver tous ces textes lus par des personnes des pays concernés ; cela permet de se familiariser avec la musique de ces langues et de limiter les erreurs de prononciation.
Etant moi-même intéressé par le démarche de cette méthode et l'ayant testée , je puis donner quelques remarques. Ses points positifs :
Elle donne confiance dans ses propres capacités d'apprendre une nouvelle langue : les autres langues latines paraissent moins éloignées de notre univers . Il ne me paraît plus si difficile d'apprendre le portugais ou l'espagnol assez rapidement.
Elle propose des comparaisons entre les 5 langues , tant au niveau de la grammaire , de la conjugaison que du vocabulaire.
Elle permet de mieux comprendre la richesse de chaque langue , notamment par ses particularités. Ainsi , apprend-on qu'en portugais , certains articles se réduisent à une lettre (« o ») ou , plus surprenant, que l'infinitif peut se conjuguer , alors que j'ai toujours considéré que l'infinitif était la forme non conjuguée d'un verbe!

Les point négatifs:
Le manque de suivi. Certes , il existe un site , www.eurom5.com mais à part un ou deux messages pour donner notre avis , il manque d'interactivité et surtout , se pose la question de l'après: comment garder , entretenir ses acquis?
Surtout , cette méthode concerne uniquement la langue écrite. Or , une langue est d'abord faite pour parler , communiquer ORALEMENT.

Je crois qu'il serait judicieux que les chercheurs s'intéressent plus à cet aspect , en proposant par exemple un vocabulaire de base d'environ 1000 mots traduits dans les 5 langues, prononciations incluses , même approximatives ( comme on la trouve dans les guides de conversation basique) et une grammaire simplifiée , inspirée des grammaires comparées de la méthode.
Privilégier l'oral serait , à coup sûr , un argument déterminant pour développer l'intercompréhension des langues latines et surtout pour la promouvoir auprès du grand public. Mais , l'Europe en -a-t-elle la volonté? Ne sommes-nous pas nous -mêmes, déjà trop conditionnés par la prétendue universalité de l'anglais pour nous y intéresser?
En ce qui me concerne , mon séjour en Italie m'a donné de l'enthousiasme pour apprendre les bases de l'italien . J'ai donc fait l'acquisition d'une grammaire simplifiée et d'un livre de vocabulaire courant. J'espère reproduire cela avec l'espagnol car j'aimerais visiter l'Amérique latine. Dommage que les méthodes d'intercompréhension ne m'y aident que partiellement et surtout qu'elles ne soient pas plus développées pour me faire gagner du temps!
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Re: L'intercompréhension des langues latines

Messagepar Michel » Mar 26 Mar 2013, 00:54

C'est un concept intéressant, surtout si on revient au principe du découpage de l'Europe en trois zones linguistiques (voir ici : http://michel.zevillage.org/news/quelle-s-langue-s-pour-l-europe). On pourrait développer non seulement cet outil d'intercompréhension au niveau des français, portugais, espagnol, italien et roumain, mais aussi au niveau de l'allemand avec le hollandais, le suédois, et le danois-norvégien. La langue anglaise, faisant partie de la troisième zone, pourrait être rattachée à cette seconde zone.
À ces deux ou trois zones, pourrait s'associer une quatrième aire linguistique avec le russe, le polonais, le tchèque, le slovaque, le serbo-croate et le bulgare.

Quelques réticences toutefois :
1/ Cette méthode me paraît tout à fait séduisante puisqu'elle permet d'acquérir un vocabulaire basique pour les échanges élémentaires. Apprendre (ou reconnaître) des mots dans les cinq langues revient à fabriquer dans la tête du locuteur un espéranto personnel qui serait limité aux langues d'origine latine. Pourquoi alors passer par cet apprentissage complexe si l'on veut acquérir les bases de cinq langues en même temps, alors que le latin existe déjà tout simplement pour ceux qui le maîtrisent ? Il faudrait bien sûr que le latin devienne langue officielle...
2/ Personnellement, j'ai toujours été assez allergique à l'apprentissage de langues étrangères voisines. J'ai habité et voyagé en Amérique latine (exclusivement centrale) mais je n'ai jamais voulu apprendre le portugais car j'avais la crainte d'oublier mon espagnol.
Deux exemples : La langue espagnole, que j'ai apprise au départ à partir du latin en autodidacte, m'a fait oublier partiellement le vocabulaire latin.
J'ai rencontré aux États-Unis beaucoup d'Américains, voyageurs et amoureux de l'Europe, qui avait oublié leur français après le passage de l'apprentissage à la langue italienne. Ces exemples récurrents ne m'ont pas incité à apprendre le portugais.
3/ Il faut réfléchir par ailleurs en matière d'usage. Rares sont les amateurs de langues étrangères qui aspirent à parler ces cinq langues romanes précisément.
Actuellement, en Europe, si je veux, par exemple, trouver du travail, j'irais plutôt en Allemagne ou en Angleterre, vu la situation économique de pays comme l'Espagne, ou même l'Italie. Dans ces conditions, se posera alors la question non pas de l'intercompréhension linguistique des langues romanes, mais celle d'une autre intercompréhension linguistique, à savoir l'anglais-allemand pour le locuteur que je suis, qui parle anglais mais ne maîtrise pas l'allemand.
Si je veux maintenant trouver du travail en Amérique du Sud, je pourrais envisager l'intercompréhension linguistique espagnol-portugais, pour me rendre au Brésil. Avec le risque de confusion entre les deux langues.
Dans la situation particulière de l'Amérique latine, si on oublie la Guyane, les Antilles et Haïti, il n'y a que deux langues romanes en présence : l'espagnol et le portugais. L'intercompréhension linguistique, à mon sens, commence à devenir intéressante à partir de trois langues. Quand on parle déjà espagnol, on ne va pas aborder le portugais avec ce système d'intercompréhension linguistique : autant franchement l'apprendre.
Et si je veux maintenant apprendre l'italien par cette méthode d' intercompréhension linguistique, en utilisant le duo français-italien ? Oui, pourquoi pas, mais essentiellement pour le plaisir, pour le tourisme, la dolce vita.
Il y a une langue que je ne veux surtout pas apprendre : c'est le catalan, trop proche de l'espagnol. Je ne fais aucun effort pour parler la langue locale quand je passe par la Catalogne. Je trouve le comportement des Catalans, en matière linguistique, vis-à-vis des étrangers à l'Espagne qui prennent la peine de leur parler dans la langue de Cervantés, parfaitement chauvin.

Ce système me semble valable pour des gens qui voyagent dans des aires linguistiques géographiquement proches et dont le nombre est supérieur à deux. L'Europe, et non l'Amérique du Sud, seule partie du monde en dehors de l'Europe où coexistent plusieurs langues romanes, est unique dans ce cas de figure : une Europe qui se trouverait incluse dans un triangle Portugal-Wallonie-Sicile avec une extension possible vers la Roumanie.
Cette Europe latine, parcourue avec les compétences de l'intercompréhension linguistique, pourra faire certes le bonheur des hommes d'affaires, des voyagistes ou des voyageurs, mais pas vraiment celui des intellectuels au sens large.
Parler des langues avec une syntaxe et un lexique réduits empêche en effet de penser correctement dans l'une ou l'autre de ces langues. Exactement comme certains jeunes issus de l'immigration qui ne parlent ni arabe ni français correctement, ou comme certains latinos qui ne parlent bien ni l'espagnol ni l'anglais (ils parlent le spanglish).
Je suis sûr que cet écueil a été évoqué dans des conférences ou des publications savantes sur le sujet.

L'intercompréhension linguistique doit sans doute être destinée à des amateurs avertis, qu'ils soient amateurs de langues ou amateurs de voyages, ce qui revient souvent au même.
L'intercompréhension linguistique développe des compétences au niveau de la conversation orale, ou au niveau de la lecture, mais bien peu au niveau de l'écriture, cela va de soi.
N'importe quel voyageur la pratique de façon intuitive. Quand on va en Scandinavie, on passe successivement de l'allemand au danois norvégien puis au suédois, en butant au final sur le finnois, complètement incompréhensible par rapport à ces diverses langues nordiques.

Enfin l'intercompréhension linguistique est une démarche intéressante parce qu'elle représente une mise en forme conceptuelle des pratiques intuitives des voyageurs, en particulier celles des voyageurs de commerce ; mais il faut quand même remarquer que ce type d'acquisition linguistique ne permettra pas d'être assez convaincant pour un contrat. Le recours à un interprètre s'avérera toujours nécessaire en la matière.
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Re: L'intercompréhension des langues latines

Messagepar Michel » Mer 27 Mar 2013, 01:04

Je voudrais prendre un cas concret pour montrer la différence, à mon sens, entre la compétence d'intercompréhension linguistique et la compétence approfondie.
Je prends donc l'exemple d'un steward qui travaille sur une compagnie qui effectue une croisière de l'Atlantique à la mer Noire. Il va donc de Madère (portugais) à Constantza (roumain), en passant par Cadix (espagnol), Ibiza (catalan), Monaco (français) et Naples (italien).
Le steward peut effectivement pratiquer de façon très rapide ces six langues différentes pour guider les clients de la croisière avec les gardiens de musée, les concierges d'hôtel et les marchands de souvenirs. Ces contacts, qui sont certes professionnels, ne nécessitent pas une grande dextérité linguistique : l'intercompréhension linguistique a ce double avantage effectivement de pouvoir apprendre les rudiments de langage très rapidement et d'en apprendre plusieurs.
S'il peut utiliser cette compétence d'intercompréhension linguistique avec des partenaires locaux dans un contexte professionnel, il ne peut pas pratiquer cette même intercompréhension linguistique avec ses clients qui sont en majorité d'Europe du Nord.
D'abord, il devrait changer de domaine d'intercompréhension linguistique avec l'allemand, le suédois, et l'anglais par exemple. Ensuite, avec cette clientèle qui a acheté le produit croisière et qui ne représente pas le prix d'un souvenir dans une échoppe spécialisée à Naples, il doit pouvoir faire la preuve d'une compétence linguistique approfondie avec ses clients.
Dans un contexte professionnel, si on peut parler avec des compétences réduites avec ses fournisseurs dont on est le client, il n'est pas conseillé de parler de la même manière avec les clients pour lesquels nous sommes leurs fournisseurs.
Parler imparfaitement ou très imparfaitement une langue dans les relations d'affaires, ce que permet l'intercompréhension linguistique, n'est pas conseillé. C'est ce qui peut se passer malheureusement entre les Français et les Espagnols qui ne maîtrisent pas la langue de leur partenaire ; ils préfèrent alors utiliser un anglais à peu près complet plutôt que de s'exprimer en mauvais français ou en mauvais espagnol.
Voilà ce me semble les limites que je peux voir dans l'usage très particulier, et je réaffirme néanmoins très intéressant qui est celui de l'intercompréhension linguistique.
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Re: L'intercompréhension des langues latines

Messagepar Varlet » Lun 06 Mai 2013, 12:12

Merci Michel pour vos deux réponses qui complètent parfaitement l'article que j'ai écrit et qui apportent de nouveaux éclairages sur l'intercompréhension des langues latines. Et désolé si je vous réponds avec retard mais mes activités professionnelles et celles de père célibataire à temps plein d'un garçon de 10 ans me laissent parfois peu de temps . De plus , je tenais aussi à terminer un article à déposer sur le site.
Je ne remets pas en cause vos analyses toujours pertinentes et bien argumentées. Je voudrais éventuellement compléter quelques-unes de vos idées.
Dans votre première réponse , vous exprimez votre crainte de confondre plusieurs langues et , par exemple , de moins bien parler espagnol. Pratiquer l'intercompréhension de langues implique , me semble-t-il , d'accepter de ne maîtriser qu'imparfaitement chacune de ces langues , du moins dans un premier temps. Je pense que cela n'est pas évident pour nous Français qui justement avons la réputation de ne pas nous exprimer en langue étrangère par peur de faire des fautes. Il faut passer outre ! Après tout, si vous utilisez le mot portugais "bombeiros" à la place de "bomberos" en espagnol ( pompiers en français ) , votre interlocuteur espagnol vous comprendra! L'intercompréhension s'adresse surtout à des voyageurs qui résident peu de temps dans un pays ou qui ont l'intention de voyager dans des pays de langues proches. A l'inverse , si vous pensez rester plusieurs mois au Portugal , il est évident que vous devez apprendre le portugais , l'intercompréhension vous servira uniquement comme étape intermédiaire et vos craintes de mélange de langues n'auront plus lieu d'être.
Dans votre deuxième mél , vous faites référence à un article que vous aviez publié sur les zones géographiques des langues en Europe. Je voudrais revenir sur celle qui concerne les pays latins. Vous proposiez le latin comme "langue-pivot" , malheureusement , je crois qu'il faut se résoudre à renoncer à cette possibilité . Pour l'écrasante majorité des gens , le latin c'est d'abord une langue morte , du passé. De plus , la culture latine n'exerce plus le même attrait. L'espéranto ? Mais il n'a pas eu le succès escompté et il ne repose sur aucune base culturelle , ce qui ne le rend pas très attrayant.
Quelle langue-pivot alors? Le français car c'est la langue maternelle latine la plus parlée en Europe? mais les Espagnols vous rétorqueront que leur langue est de plus en plus parlée dans le monde et qu'elle pourrait prétendre à cette place. Et pourquoi le s Italiens privilégieraient-ils notre langue alors que la France n'a plus pour eux la même aura culturelle qu'autrefois? Dans ce cas , et à condition toutefois que la dimension orale soit vraiment développée , l'intercompréhension serait peut-être une solution qui ne lèserait personne.
Comme vous l'écrivez aussi , une des limites de l'intercompréhension est sa zone d'influence:en dehors de la sphère latine , elle ne sera pas très utile en Allemagne ou au Royaume-Uni . Il faut donc voir l'intercompréhension des langues latines comme une alternative au tout-anglais , visant à diminuer l'omniprésence de ce dernier. Ne lui demandons pas l'impossible!
Surgit en conséquence la question suivante: pourquoi n'encourage-t-on pas l'intercompréhension? J'en vois quelques raisons:
- Il faudrait une communauté latine avec une conscience de sa "latinité". Je ne la perçois pas ou alors elle est très superficielle. Beaucoup de Français se sentent affectivement pluos proches d'un Italien ou d'un Espagnoil que d'un Allemand , mais cela ne va guère plus loin.
- La Communauté Européenne et ses dirigeants ont décidé , même s'ils ne l'avouent pas explicitement , d'angliciser l'Europe. A nous de résister mais de toutes façons , il faut tenir compte de cette force d'opposition européenne qui sera très dure à faire changer.
- Nos pays européens ( les peuples)ont-ils la volonté de contrer cette anglicisation ? Pour le moment ; je ne vois pas de mouvement puissant dans ce sens.
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Re: L'intercompréhension des langues latines

Messagepar Michel » Mar 07 Mai 2013, 16:05

Je pense, en effet, que cette méthode de l'intercompréhension des langues latines est excellente pour se déplacer à la surface des choses dans tous ces pays qui pratiquent les langues romanes. L'intercompréhension est bonne pour le tourisme, les voyages ; la connaissance approfondie d'une langue est réservée par contre à la résidence et aux relations professionnelles ainsi qu'à tous les modes de communication qui implique des contenus complexes, que ceux-ci soient pratiqués dans le pays de la langue inconnue (lire le journal), ou dans son propre pays d'origine (regarder une chaîne de télévision par satellite).

Je suis d'accord avec vous pour le latin et l'espéranto ; je passe sur l'espéranto qui est une langue hors-sol, et qui, par ce fait même, a montré son incapacité à se développer à travers l'Europe.
Le latin, quant à lui, peut certainement être considéré comme une langue du passé : même au Vatican, on parle italien. Et le latin pâtit d'un déficit d'image depuis qu'il n'est plus étudié de manière massive dans l'enseignement secondaire français. Pourtant l'usage du latin, aussi bien au niveau des pays pratiquant les langues latines que des autres pays (Angleterre, Allemagne etc.) est un modèle théorique très intéressant. C'est ce modèle qui a été utilisé pour l'hébreu moderne, je cite Wikipédia : "L'hébreu moderne est la variété de l'hébreu parlée depuis la fin du xixe siècle. Sa particularité est d'être redevenu une langue vivante, parlée par des sionistes puis par la plupart des Israéliens, après de nombreux siècles où la langue était au pire une langue morte, au mieux une langue liturgique."
Il est vrai que les Israéliens font preuve d'un patriotisme qui n'a plus tellement cours chez les citoyens de la vieille Europe. Le latin était encore une langue scientifique au XIXe siècle puisque les thèses de doctorat devaient être rédigées dans cette langue. Même s'il n'est plus une langue liturgique depuis Vatican II, il souffre d'une connotation religieuse qui constitue un handicap autant aux yeux des agnostiques et incroyants qu'aux yeux des populations de culture protestante, traditionnellement antipapistes.

Vous dites qu'"il faudrait une communauté latine avec une conscience de sa latinité". Il faut voir les choses en face : la conscience de la communauté française est en crise, celle de la communauté européenne encore plus (a-t-elle seulement jamais existé ?). Il sera difficile de coincer entre les deux, une conscience communautaire latine…

À propos de l'apparente faible volonté des peuples européens à contrer l'anglicisation rampante, je pense qu'il y aura, malgré tout, comme vous dites, un " mouvement puissant". Ce mouvement puissant, c'est un paradoxe, viendra des masses populaires, à savoir de la fraction de la population qui ne parle aucune langue étrangère. On peut constater, à l'heure actuelle, aussi bien chez les adultes, que chez les jeunes en difficulté scolaire, une allergie à la pratique de n'importe quelle langue étrangère, et pas spécialement à celle de l'anglais.
Lao-Tseu, repris par Lénine, puis par Churchill : Là où il y a une volonté, il y a un chemin.
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Re: L'intercompréhension des langues latines

Messagepar Julien » Ven 06 Déc 2013, 13:16

Un bon compromis par rapport aux points soulevés par Varlet et Michel pourrait passer par l'intégration dans l'éducation scolaire de l'enseignement des "clés" pour faire la passerelle entre les différentes langues latines.
C'est un concept que j'ai découvert voici plusieurs années dans un cours de LV2 en Espagnol grâce à un professeur formidable et passionné. Le but de ces "clés" est de permettre à la personne de pouvoir comprendre assez rapidement le contenu d'un journal par exemple. Il est évident que la compréhension écrite et orale restera limité mais le gain engendré par l'apport de ces "clés" est considérable.

Ces "clés" correspondent à l'équivalence entre syllabes d'une langue et la version française. Pour prendre l'exemple de mon professeur, il nous avait enseigné une vingtaine de correspondances espagnol-français comme :
  • "al" en espagnol devient "au" : Montalban => Montauban (on dit les Montalbanais d'ailleurs).
  • "es" devient "é".
  • "da" à la fin d'un mot devient "de".

Armé de seulement ces 3 correspondances, rien de plus facile que de traduire "esmeralda" par "émeraude".

Durant mes cours avec ce professeur, nous avions appris une vingtaine de correspondances. Cela a demandé 2-3 heures d'apprentissage pour la mémorisation mais permet de traduire un très grande nombre de mots qui ne sont pas si évident que ça !

Le concept pourrait aisément être transposé au portuguais ou à l'italien par exemple. Il suffirait ensuite de remplacer quelques heures de lv2 au collège par un cours d'apprentissage de ces "clés" pour permettre aux élèves une bien meilleure compréhension de la langue des pays voisins et ceci avec relativement peu d'efforts.
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Re: L'intercompréhension des langues latines

Messagepar susuki1234 » Sam 12 Sep 2015, 05:42

les autres langues latines paraissent moins éloignées de notre univers . Il ne me paraît plus si difficile d'apprendre le portugais ou l'espagnol assez rapidement.
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Re: L'intercompréhension des langues latines

Messagepar john88 » Mer 30 Nov 2016, 04:40

Latin est une langue ancienne qui devrait être préservé.
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Re: L'intercompréhension des langues latines

Messagepar magclub17 » Ven 03 Fév 2017, 08:16

Juste apprendre l'anglais ou le chinois ou l'espagnol. La plupart des langues parlées. Cela vous aidera à communiquer avec la plupart des gens sur la terre

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