La Française République

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Gilles Colin
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Message par Gilles Colin » jeu. 02 mai 2019, 21:12

Sir Michael Edwards de l’Académie française juge d'abord "honnête" l'emploi d'anglicismes par les publicitaires avant de déplorer des "anglicismes furtifs" notamment par l'antéposition de l'adjectif dans de nombreuses dénominations.
http://www.academie-francaise.fr/la-fra ... republique
Le Dicthographe aide à trouver un maximum de mots.
https://sites.google.com/site/ledictho/

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Michel
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Re: La Française République

Message par Michel » ven. 03 mai 2019, 11:34

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Après le vocabulaire qui mite peu à peu le texte mais qui, peut-être, n’ébranle pas les fondements de la langue, on passe à la syntaxe, et là, on glisse sur la mauvaise pente.
La signature de l’auguste immortel est elle même affichée sur le mode de l’anglicisme furtif. Pourquoi fait-il précéder son patronyme de l’appellation anglaise Sir ?
Ce ne peut pas être l’équivalent de Monsieur, car Monsieur Dupont ne va signer son article en Monsieur Dupont, Monsieur Schmidt en Herr Schmidt, Monsieur Lopez en El señor Lopez.
C’est donc un titre. Titre qui affirme avec force, puisque le texte est publié sur le site de l’Académie, l’origine britannique du rédacteur.
Qu’en aurait pensé le Cardinal Richelieu ?

On pourrait regretter en l’espèce un certain cynisme. Mais son propos a le mérite de rappeler, aux francophones que nous sommes, que les génuflexions viennent de l’intérieur même du pays académique. Il écrit avec raison : Ni Cambridge University Press ni Oxford University Press n’ont demandé à servir de modèle.
Quelle dérision !

Pensons à la célèbre citation de Warren Buffet (troisième fortune mondiale) : "Il y a une lutte des classes, bien sûr, mais c'est ma classe, celle des riches, qui fait la guerre. Et nous gagnons."
Transposons cette phrase, en passant du monde financier au monde linguistique :
Il y a une lutte des langues [entre le français et l’anglais], bien sûr [car nous sommes des disciples de Darwin], mais c’est ma langue, celle des dominants, qui fait la guerre. Et nous gagnons.

Cela n’enlève rien au fait que Michael Edwards est un distingué francophone et francophile, un formidable passeur entre les deux mondes. C'est avant tout ce qu'il dénonce qui est dramatique.
Lao-Tseu, repris par Lénine, puis par Churchill : Là où il y a une volonté, il y a un chemin.
Michel Godet : La bonne prévision n'est pas celle qui se réalise mais celle qui conduit à l'action pour, éventuellement, empêcher qu'elle ne se réalise.

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Re: La Française République

Message par Marc Beaufrère » lun. 06 mai 2019, 08:48

Chez les Britanniques, "sir" peut renvoyer à monsieur (même origine d'ailleurs) dans un langage soutenu (plus que "mister"), comme le souligne Michel. Mais dans le cas précise de M. Michael Edwards, et après vérification, cela renvoie à son anoblissement en tant que Knight Bachelor. Il est intéressant de noter que ce monsieur tient à utiliser son titre en France dans la mesure où les titres de noblesse n'ont plus cours.

Quant à l'antéposition du nom et la remarque qu'il fait sur sa prépondérance au Moyen-Âge, c'est personnellement instructif. Quand on observe les noms de ville et village, on a effectivement les deux cas : Villejuif ou Francheville (Orne), Hauteville...
Peut-être les Français ressentent-ils le besoin de se réapproprier cette façon de construire les mots. Lorsque l'on veut traduire certains anglicismes construits par antéposition, on peut avoir l'impression que c'est moins naturel dans certains cas :
fact checking -> vérification DES sources / faits - mais fake news -> infox
a feel-good novel -> un roman POUR se sentir bien
On a l'impression diffuse de n'avoir qu'un seul mot en anglais, qui correspond donc à un concept, tandis qu'il faudrait passer par deux mots en français. C'est une illusion entretenue par l'utilisation de "DES" qui sépare les deux mots en français.
On retrouve d'ailleurs ainsi la construction latine et helléniste des mots savants par mots accolés :
- hippopotame -> cheval du fleuve (même ordre des mots, mais accolés)
- antéposition -> position d'avant (ordre des mots différents mais toujours accolés)
Peut-être est-ce là aussi la marque de la vivacité de notre langue, qui continue d'évoluer et d'emprunter, même s'il s'agit en même temps d'un retour vers une construction qui a déjà existé. Cela m'évoque aussi le fait que le monde est davantage interconnecté. Il y aurait comme une sorte d'uniformisation des langues. Je n'ai pas d'exemples sous la main, mais j'ai déjà remarqué plusieurs fois ce phénomène : j'avais appris que tel mot français (qui se finit souvent par un suffixe typiquement français que l'on trouve déjà en anglais : -tion par exemple) avait tel ou tel équivalent anglais, mais qu'on ne retrouvait pas le mot sous sa forme française en anglais. Je suis actuellement professeur d'anglais, et j'ai bien sûr des élèves qui essaient d'angliciser des mots français en les prononçant juste à l'anglaise, en espérant tomber sur un vrai mot anglais. Lorsque je vérifie, je découvre parfois que le mot existe maintenant, pas forcément dans le dictionnaire, mais dans l'usage (phrases trouvées sur un moteur de recherche). Un Anglais professeur d'anglais en France m'avait aussi dit qu'il avait découvert dans les manuels pour décrire les images : "I can see" (je peux voir). Il m'a dit : "Mais on ne dit pas "I can see" en anglais... du moins c'est ce que je croyais car maintenant les gens l'utilisent en anglais." Et régulièrement il retrouvait des expressions ou mots qui ne se disaient pas auparavant. Je trouve cela tout à fait étonnant, la langue évolue devant nos yeux, avec peut-être une sorte de convergence (modeste) de certaines structures et mots, à force d'échanges, de voyages... Idée à creuser, je pense !
"Une langue, c’est un dialecte qui possède une armée, une marine et une aviation" - attribué à Lyautey

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