Esquisse pour une fabrication du néofrançais

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Esquisse pour une fabrication du néofrançais

Messagepar Michel » Mer 10 Juil 2013, 23:49

Ce sera un vaste chantier qui dépasse la génération actuelle. Cet avènement du néofrançais, pour moi personnellement, en tant qu'ayant reçu une éducation académique, n'est pas ce que je souhaite forcément ; mais je trouve que c'est la seule issue pour que le français puisse garder son rang au niveau mondial.
Je me situe dans dans cette hypothèse extrême : le français en France continentale continue à décliner et l'Afrique, dans sa partie francophone, par sa vitalité économique et démographique, prend le relais. Le tout à l'horizon de la fin du présent siècle.
Le néofrançais est un français simplifié. Cette simplification 1/ doit être drastique ; 2/ le résultat doit être compréhensible sans difficulté pour ceux qui parlent le français d'aujourd'hui ; et 3/ inversement, les néofrancophones doivent être capables de lire le français traditionnel écrit ainsi que de comprendre le français traditionnel oral. Ce sont les trois principes initiaux.
Le néofrançais doit être une sorte de créole, mais un créole universel, c'est-à-dire, malgré l'oxymore, créole compris par tous à la surface de la Terre. Le néofrançais doit donc s'inspirer à la fois du "parler bébé" et du parler "français tirailleur". Sans en être un simple décalque pour ce dernier, ce qui pourrait paraître outrancier ou gênant pour les convictions de certains. Afin de ne choquer personne, je cite un article de Wikipédia : "Le petit nègre (ou pitinègue ou français tirailleur) est une langue véhiculaire utilisée au début du XXe siècle dans certaines colonies françaises consistant en une version simplifiée du français. Par extension cette expression a été utilisée pour désigner plus largement les autres langues simplifiées. Le petit nègre était enseigné aux habitants indigènes dans l'armée coloniale française."
Donc ce ne sera pas seulement, à nos yeux, un français simplifié, avec, par exemple, l'abandon du redoublement des consonnes, mais aussi un français avec des fautes. "Les chevals" ne me gênent pas de même que "j'ai tombé". Plus d'exceptions, plus de conjugaison. On gardera l'infinitif des verbes comme en allemand avec le pronom personnel Sie. "Sie sprechen, Sie arbeiten" : nul besoin de connaître "Du spricht, Du arbeitest".
Simplifier n'est pas appauvrir. Seule la musique de langue sera atteinte. C'est, à mon avis, un moindre mal. Les phrases, qui sont les molécules du langage, pourront toujours présenter le même niveau de complexité. Ce seront seulement les atomes qui seront simplifiés dans leur structure interne.
Il faudra se rapprocher au maximum du chinois qui pratique une grammaire dès plus réduites, mais en conservant les formidables avantages de la combinatoire alphabétique.
Je cite toujours Wikipedia, http://fr.wikipedia.org/wiki/Petit_nègre, [Je n'arrive pas à mettre le lien à cause de l'encodage défectueux par Wikipedia de l'URL (adresse web) qui ne doit pas comporter d'accent ! ; faire un copié-collé.] :
""Maurice Delafosse (1870-1926), administrateur colonial et linguiste spécialiste des langues africaines, est un des premiers à rédiger une description du petit nègre, qu'il qualifie de « simplification naturelle et rationnelle de notre langue si compliquée ». Il en donne une description syntaxique qui tient en une vingtaine de lignes."
Et aussi, c'est inévitable : "De nos jours, l'expression est utilisée pour désigner une phrase grammaticalement et syntaxiquement fautive. Elle est cependant marquée par une connotation péjorative voire raciste."
Il faudra dépasser ces frilosités et regarder les choses en face : si les Africains de l'aire africaine francophone actuelle, en subissant la pression des partisans de l'anglais, sont mis en demeure de choisir entre le globish et le néofrançais, l'alternative ainsi offerte sera moins désiquilibrée en faveur du globish que dans le cas du choix entre globish et français traditionnel. Il sera loisible à tous, et en particulier aux Africains que cela pourrait scandaliser, de parler le français traditionnel pour ceux qui le voudront, en vertu du 3ème principe énoncé précédemment. Comme on peut dire aujourd'hui chez les fleuristes "le lys" (pour "le lis") ou chez les restaurateurs,"Le Clos du Roy". Comme s'écrivent en caractères "gothiques" certaines devantures commerciales.
Il y aura plusieurs écoles, plusieurs chapelles, de nombreuses publications savantes incompatibles entre elles sur le plan pratique, des hégémonies permanentes ou éphémères : mais il faut espérer, d'ici deux générations, l'instauration d'un néofrançais unifié, parlé par près d'un milliard d'individus qui pourront continuer à comprendre le Français d'aujourd'hui, à le lire, le citer, sans pour autant être obligé de l'écrire ou de le parler.
Lao-Tseu, repris par Lénine, puis par Churchill : Là où il y a une volonté, il y a un chemin.
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Re: Esquisse pour une fabrication du néofrançais

Messagepar Marc Beaufrère » Ven 12 Juil 2013, 09:08

Vous êtes décidément très inspiré ! (et inspirant)
De mon côté, je réfléchissais à certaines évolutions des langues en partant de notre discussions sur les réformes de la langue française, et vous allez voir en quoi je rejoins votre article qui m'a donné un sacré coup de pouce.
Je pensais à l'exemple "classique" qui pourrait tout aussi bien s'écrire "classic" et "musique" "music" et cela m'a bien sûr évoqué la forme anglaise. Je me suis dit qu'au final, on pourrait harmoniser quelque peu les langues européennes en allant vers le plus simple à chaque fois, notamment pour le français qui est assez proche de l'espagnol et de l'italien mais aussi de l'anglais pour pas mal de mots comme dans les exemples précités. La réforme d'une langue par les politiques est une chose très difficile, et c'est bien souvent l'usage qui impose les nouvelles normes qui sont déjà en vigueur officieusement. Le français n'a pas été inventé mais mis à l'honneur par l'ordonnance de Villers-Cotterêts. On peut effectivement imaginer que le néofrançais se mettre en place tout seul, qu'il coexistera avec le français d'aujourd'hui et que petit à petit les gens utiliseront la variante néofrançais à la place du français en raison de sa simplicité. Cela se passerait peut-être avec les anciens en France qui continueraient à utiliser le français tandis que les deux variantes seraient acceptées et que petit à petit, les jeunes passeraient au néofrançais. Une nouvelle ordonnance de Villers-Cotterêts entérinerait cette nouvelle norme.
Là où cela m'intéresse aussi, c'est que l'on peut imaginer que cette simplification de la langue française pourrait rejoindre une harmonisation plus large construite en concertation avec surtout les anglophones, les hispanophones et les lusophones. Avec le français et ces 3 langues, on peut se faire comprendre en Europe de l'Ouest, Afrique, Amérique du Nord, du Sud et Océanie en langue maternelle et à peu près sur tout le globe en langue seconde. Il y a donc une occasion unique à saisir. Ainsi, on pourrait simplifier et harmoniser ces 4 langues en écrivant les sons des mots les plus facilement réformables de la même façon. Le son /k/ par la lettre c (ou k), le son /f/ par f (le ph de pharmacie deviendrait farmacie ou farmacy si l'on décide que le son /i/ s'écrit y). On aurait ainsi la possibilité de permettre une intercompréhension des 4 langues sans changer le moins du monde notre façon de parler, car une très grande partie.
L'harmonisation du français, de l'espagnol, du portugais (et de l'italien, du catalan et du roumain en même temps) seraient assez simples à réaliser car on utilise grosso modo la même conjugaison, les mêmes mots écrits ou prononcés légèrement différemment (essentiellement d'origine latine) et un système accentuel très proche. Pour vulgariser, on pourrait dire que le français est un italien avec accent ou inversement, et sans avoir après l'italien, on peut bien souvent saisir ce que dit un italien s'il parle lentement en détachant les mots.
Là où c'est un peu plus compliqué, c'est avec l'anglais qui a un système d'accentuation assez différent dont l'accent tonique change bien souvent la prononciation de certains sons. C'est à la base une langue germanique, mais si l'on regarde la provenance des mots, on peut déjà voir le potentiel d'harmonisation de l'anglais avec les langues latines. Origine du lexique de l'anglais :
- français, ou français dans sa variante normande : 28,3%
- latin : 28,24%
- grec : 5,33%
Au total : 61,84% d'origine gréco-latine (mêmes origines que nous). Pour comparaison, les mots venant de l'ancien et moyen anglais, du norrois et du néerlandais représentent 25%.
Plutôt que de se concentrer sur ce qui nous différencie, on a déjà les moyens de rapprocher toutes ces langues issues du latin (c'est du néolatin!) pour constituer un ensemble facilement intercompréhensible. On ferait ainsi le chemin inverse de celui de l'histoire de la Tour de Babel.
On constate déjà que beaucoup de français utilisent des anglicismes avec l'omniprésence de l'anglais dans notre environnement, et qu'inversement, lorsque des élèves français parlent anglais, beaucoup utilisent des mots français qu'ils prononcent à l'anglaise. Peut-être peut-on y voir l'esquisse d'un rapprochement lexical entre ces deux langues ?
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Re: Esquisse pour une fabrication du néofrançais

Messagepar Michel » Dim 14 Juil 2013, 20:10

Le français tirailleur correspondait à une nécessité militaire. Aujourd'hui, le néofrançais, inspiré, entre autres, du français tirailleur, correspond à une nécessité démographique : c'est essentiellement pour initier les Africains non francophones de la zone francophone à l'apprentissage du néofrançais le plus rapidement possible de façon à ce que le processus devienne irréversible.
Au-delà, ils pourront lire les textes en français traditionnel, pour les textes non encore transcrits en néofrançais, exactement comme aujourd'hui où les Français du XXIe siècle qui sont capables de lire une version modernisée des textes de Montaigne, peuvent avec un léger effort, lire le texte original de Montaigne.
Le français du XVIème siècle reste compréhensible pour le Français du XXIe siècle à cause de l'expansion de l'imprimerie à partir du XVIe siècle qui a figé et uniformisé par exemple les structures syntaxiques qui, auparavant, était fluctuantes, selon les époques et les territoires.
Le développement de l'Internet devrait remplir les mêmes fonctions : les textes écrits du français traditionnel à l'âge de l'Internet, transférés sur la toile, ne devraient pas être modifiés substantiellement, et donc restés traductibles aisément et uniformément en néofrançais.

Je n'ai pas les compétences linguistiques, les contacts, la logistique pour créer de toutes pièces un néofrançais qui devra s'opposer à de formidables résistances.
Mais je pense que c'est inévitable : le néofrançais peut être un excellent outil pour faire reculer l'illettrisme dans certaines banlieues françaises puisque le pédagogisme n'a pas réussi à réduire la fracture linguistique qui s'accroît de plus en plus (en termes de perforances scolairement reconnues). Mais il ne prendra pas son envol à partir de ces territoires ; les résistances, les intérêts mêmes, seront trop puissants. Le néofrançais s'imposera à partir de l'Afrique. Les Québécois savent depuis des lustres que les Français de France ne se battent plus suffisamment pour la langue française, mais ils sont trop occupés à se défendre contre l'océan anglo-saxon et n'ont pas tellement les moyens de faire front au niveau mondial. Les Africains, au contraire, par la dimension de leur territoire, la force de leur économie et la puissance de leur démographie pourront le faire. D'autant plus qu'ils ont besoin du français comme langue de communication entre les diverses peuples de la zone.
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