Du néofrançais au néoroman

Modérateurs: Michel, Marc Beaufrère, Varlet

Du néofrançais au néoroman

Messagepar Michel » Lun 15 Juil 2013, 00:04

Je réponds ici au message de Marc (viewtopic.php?f=12&t=195) puis j'élargis le débat au latin ainsi qu'à l'espéranto.

"Je me suis dit qu'au final, on pourrait harmoniser quelque peu les langues européennes" : Je vois là l'occasion d'ajouter un quatrième principe à l'Esquisse pour une fabrication du néofrançais, les trois précédents étant présentés ici : viewtopic.php?f=12&t=195.
À chaque fabrication (plutôt que création) d'un nouveau mot, il faudra veiller à une certaine standardisation avec les autres mots des langues européennes. La transposition optimale du mot administration peut se faire en administracion, puisqu'on retrouve le mot administración en espagnol, en russe administratsya, mais pas en allemand, la similitude avec l'anglais administration n'étant pas ici utile.
Si le néofrançais prend racine, et si les autres nations-berceau des langues européennes simplifient également leur propre langue selon des règles similaires, alors le processus d'espérantisation des langues s'accroîtra : nous aboutirons alors à un néoespéranto dans laquelle se fondront dans un gigantesque creuset les principales langues européennes.

"L'harmonisation du français, de l'espagnol, du portugais (et de l'italien, du catalan et du roumain en même temps) seraient assez simples à réaliser" : si on on se limite à ces langues, on revient au latin ou à un latin simplifié lui aussi, mais enrichi des mots du vocabulaire moderne : un néolatin en quelque sorte.

Si je me reporte à la démographie, le russe et l'allemand doivent être en perte de vitesse. Restent en réalité à long terme, en face de l'anglais, le français (avec l'Afrique), l'espagnol et le portugais (avec Les Amériques).
En conclusion je vois d'abord l'instauration du néofrançais à partir de l'Afrique, puis au XXIIème siècle cette fois, "si tout va bien", l'harmonisation du néofrançais avec les néoespagnol et portugais ; ce qui aboutirait à un vaste ensemble linguistique néoroman qui ferait face à trois autres ensembles : le globish, le chinois et l'hindi.

Mais sachons, pour l'instant, rester sur terre car comme dit le proverbe chinois :
« C'est dormir toute sa vie que de croire à ses rêves" (cité par François Asselineau dans sa conférence de Namur : http://www.youtube.com/watch?v=gVxm4je6NEo).
Lao-Tseu, repris par Lénine, puis par Churchill : Là où il y a une volonté, il y a un chemin.
Michel Godet : La bonne prévision n'est pas celle qui se réalise mais celle qui conduit à l'action pour, éventuellement, empêcher qu'elle ne se réalise.
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Re: Du néofrançais au néoroman

Messagepar Marc Beaufrère » Lun 29 Juil 2013, 13:38

Pour l'harmonisation du portugais, de l'espagnol, de l'italien et du français en pratique, j'ai en tête deux pistes :
1) l'harmonisation de l'orthographe vers l'orthographe de la langue qui se rapproche le plus de la phonétique et / ou de l'esperanto. Viendraient la mise en conformité des panneaux de signalisation au fur et à mesure de leurs remplacements.
2) beaucoup plus simple à diffuser : avant de proposer un nouveau concept ou avant de proposer l'équivalent d'un anglicisme, faire un travail préalable de mise en commun des suggestions entre les pays concernés et ne garder qu'un seul terme pour toutes les langues. Ainsi tous les nouveaux mots créés seraient communs, ce qui leur donnerait un impact bien plus grand. Seule le prononciation diffèrerait, avec un accent selon le pays.

Pour ce faire, il faudrait réunir les académies ou organes officiels légitimes pour les questions de langues et les mettre en réseau pour que leur travail de néologisme se fasse en commun.
On favoriserait ainsi l'intercompréhension tel que décrit par Umberto Eco : « [Ce sont des] personnes qui peuvent se rencontrer en parlant chacune sa propre langue et en comprenant celle de l’autre, sans pour autant être capable de la parler couramment . »

Ce concept est cher à Mr Xavier North, le délégué à la langue française et aux langues de France :

"Depuis 1995, l'Union s'attache à promouvoir auprès de ses États membres l'apprentissage pour chaque citoyen européen d'au moins deux langues étrangères en plus de la langue maternelle. Elle soutient par ailleurs l'élaboration de nouvelles méthodes d'enseignement faisant place à l'innovation pédagogique, à la mobilité et aux nouvelles technologies.

Parmi celles-ci figure la méthode – novatrice – d'intercompréhension des langues par grand bassin linguistique (langues romanes, langues nordiques, langues germaniques…). « Être européen », dit le ministre le Culture et de la Communication, Renaud Donnedieu de Vabres, « c'est s'exprimer dans sa langue et comprendre celle de l'autre. » Si ce dernier possède des compétences similaires, alors peut naître ce qu'on appelle un « dialogue asymétrique ».

C'est cette approche qui est proposée par la méthode de l'intercompréhension grâce à laquelle chacun s'exprime dans sa langue maternelle tout en comprenant celle de son interlocuteur. Avec un nombre limité d'heures de formation (entre 40 et 100 heures), l'apprenant développe une compétence réceptive dans une langue étrangère de même famille que la sienne.
L'intercompréhension

Dans le cadre du programme européen Lingua, deux projets ont été menés concernant les langues romanes d'Europe, à savoir le français, l'italien, l'espagnol, le catalan, le portugais, le roumain, soit plus de 174 millions de locuteurs. Ils ont permis, à travers une série d'expérimentations, de démontrer l'efficacité de cette méthode qui peut devenir un outil, certes partiel mais efficace, du plurilinguisme européen. Il s'agit aujourd'hui d'encourager sa diffusion auprès du public, des enseignants et des responsables de formations scolaires, universitaires et professionnelles.

Comprendre, parler, traduire : tels seraient les trois mots d'ordre sur lesquels reposerait aujourd'hui une politique européenne de la langue qui viserait à organiser la pluralité. Dans le texte biblique, Babel est un châtiment infligé aux hommes, mais rien ne nous empêche de renverser la malédiction, et de faire de la polyphonie des langues un atout. À vrai dire, le projet européen nous y invite, sauf à se renier lui-même, et à gager les progrès de son unité sur des atteintes portées à son identité culturelle, fondée sur la diversité. En ce sens, l'exclamation d'Alberto Moravia, « Les langues, merveille de l'Europe ! », sonne pour nous tout autant comme un constat que comme un défi. Babel n'est pas une fatalité à laquelle nous serions condamnés ; c'est au contraire le pari volontaire que fait une Europe en construction."

http://www.constructif.fr/bibliotheque/2005-10/batir-babel.html?item_id=2657
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Re: Du néofrançais au néoroman

Messagepar Varlet » Lun 02 Sep 2013, 11:48

Les arguments sur le néo-français et la simplification du français sont particulièrement intéressants et ouvrent de nouveaux horizons que j'étais loin d'imaginer. Ce néo-français pourrait sûrement faire progresser les idées d'intercompréhension des langues latines ,que vous évoquez, intercompréhension qui demeure encore limitée et inaboutie comme je l'ai déjà écrit.
Les principaux opposants seraient , peut-être , les Français eux-mêmes. Autant ils ne semblent pas encore avertis en masse du fait francophone , ou en tout cas , peu intéressés , autant le moindre changement proposé dans la langue provoque des crispations!
Au début des années 9O , est parue une réforme de l' orthographe , reprise en grande partie tout récemment . Jeune enseignant , je l'appliquai dans mes cours mais je compris très vite que mes collègues au mieux ne la connaissaient pas , au pire semblaient la considérer comme peu sérieuse et refusaient de l'appliquer. Je me sentais parfois bien seul...
Quel contraste avec la situation 22 ans plus tard! Pas de combats contradictoires et surtout cette réforme est encouragée par l'administration ( celle de 90 ne l'était pas ). Les opinions sont peut-être prêtes maintenant à de telles réformes et pourquoi pas à d'autres mais lesquelles?
A priori , les simplifications des règles d'accords et de grammaire seraient les mieux acceptées: accord simplifié du participe passé , impératif des verbes du du 1er groupe aligné sur celui des autres verbes , etc...
A l'opposé , les simplifications orthographiques seraient sûrement plus discutées. Que d'émérites professeurs les fustigeraient , en les considérant comme une tentative de couper le français de ses origines grecques et latines!
Surtout , il faudrait une forte volonté politique , absente pour le moment, et certainement une coopération avec les autres pays francophones , notamment africains , s'ils sont demandeurs d'une telle simplification. En effet , d'une part , rien ne dit qu'ils accepteraient une simplification massive , d'autre part ils pourraient faire remarquer que le français et ses difficultés (finalement , pas plus insurmontables que celles de l'anglais ou de l'espagnol) n'a pas empêché son expansion dans les régions françaises au XIXièmè siècle , régions qui possédaient presque toutes leur propre langue. Et puis , les pays africains francophones n'auraient -ils pas intérêt à créer une Académie du français africain pour mieux défendre leur point de vue ?
Enfin , une dernière note pour répondre en partie aux interrogations de Marc sur une éventuelle « régularisation » des mots en « ing ». Celle-ci est déjà entérinée par des linguistes comme Henriette Walter ( voir son livre: Le français dans tous ses états, écrit il y a plus de 20 ans).On apprend ainsi que ce phonème « ing » s'intègre parfaitement dans notre système phonétique traditionnel et que des mots comme « zapping » , « footing » , « lifting » ( lift face en anglais car le terme « lifting » isolé n'est apparemment pas compréhensible pour un anglophone) sont de purs produits de la langue française ! Il est vrai que j'ai la fâcheuse tendance à considérer ces mots comme trop « anglais » mais sûrement à tort!
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