Marc RP 19 : Rapport Attali sur la francophonie

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Marc RP 19 : Rapport Attali sur la francophonie

Messagepar Marc Beaufrère » Ven 29 Aoû 2014, 10:08

Après le rapport Amirshahi sur la francophonie abordé en détail par Michel sur ce site, voici venu le rapport Attali (un nouveau !) sur la Francophonie, remis le 26 août à François Hollande. Voici la synthèse que l'on trouve pp. 5-6

SYNTHÈSE
Le potentiel économique de la francophonie est énorme et insuffisamment exploité par la France. L’effacement progressif des frontières nationales impose d’autres critères d’appartenance identitaire : la langue et la culture constituent la nouvelle géographie.
L’espace géolinguistique économique de la francophonie va au-delà des frontières institutionnelles de la francophonie et recouvre les cinq continents. Il inclut les pays francophones non membres de l’OIF (Algérie) ; les pays où une proportion de la population parle le français (Israël) ; les pays dits ici « francophiles » qui ont un intérêt économique à apprendre le français (Nigeria1).
Il inclut les diasporas francophones, les réseaux d’anciens élèves de l’enseignement français. A cela s’ajoutent les 50 millions d’apprenants du français comme langue étrangère à travers le monde, ainsi qu’une élite de plusieurs milliers d’« influenceurs francophilophones » (cf. annexe 3) qui occupent des postes économiques, culturels et politiques stratégiques dans des pays non francophones. La francophilophonie regroupe donc les pays francophones, les pays francophiles et les francophones et francophiles du reste du monde.
La francophonie est le 6ème espace géopolitique par sa population et peut devenir le 4ème à l'horizon 2050. 230 millions de gens parlent français aujourd’hui. Au total, l’ensemble des pays francophones et francophiles représente 16 % du PIB mondial, avec un taux de croissance moyen de 7 %, et près de 14% des réserves mondiales de ressources minières et énergétiques, alors que les francophones ne représentent encore que 4 % de la population mondiale. Deux pays partageant des liens linguistiques tendent à échanger environ 65 % plus que s’ils n’en avaient pas.
Les échanges commerciaux induits par le partage du français entre une trentaine de pays francophones sont à l’origine de 6 % de la richesse par habitant en moyenne pour ces pays et de 0,2 point de taux d’emploi2.
Trois évolutions pourraient accélérer la croissance économique des pays francophones d’ici à 2050 : le nombre de francophones pourrait atteindre 770 millions ; le besoin en infrastructures pourrait porter la croissance des pays francophilophones ; le développement des nouvelles technologies pourrait accélérer leur développement (paiement mobile, e-santé, big data, etc.).
Cependant, faute d’un effort majeur, on pourrait assister en effet à un recul de l’espace francophilophone : le nombre de francophones pourrait décroître, sous la pression de la concurrence des autres grandes langues internationales, des langues locales, et face aux difficultés de certains pays francophones du Sud à assurer l’accès à l’éducation de leurs populations en situation d’explosion démographique. Le nombre de francophones en 2050 pourrait alors être inférieur à celui d’aujourd’hui, au lieu de croître jusqu’à 770 millions.

Ce déclin de la francophilophonie entraînerait une perte de parts de marché pour les entreprises françaises, un effondrement du droit continental au profit du droit anglo-saxon des affaires, ainsi qu’une perte d’attractivité pour les universités, la culture et les produits français et en français.
Cela entraînerait la destruction de 120 000 emplois en France dès 2020, soit 0,5 points de chômage en plus, et un demi-million en 2050, soit 1,5 points de chômage en plus3. Le scénario positif de développement d’une francophonie économique peut être réalisé, à condition de mettre en œuvre
les 53 propositions de ce rapport. Ces propositions sont regroupées autour de 7 axes :

1) Augmenter l’offre d’enseignement du et en français, en France et partout dans le monde : renforcer les politiques d’intégration par l’apprentissage du français en direction des communautés immigrées (proposition n°1), promouvoir la création d’un grand groupe privé d’écoles en français – tout démontre qu’un tel groupe serait rentable – (cf. proposition n° 3), attirer les populations non francophones vers l’apprentissage du français, par exemple en jouant sur la capacité d’attraction de la musique et du cinéma français (proposition n°11), structurer une offre de FLOTs4 francophones interactifs et diplômants (proposition n°6), aider les pays africains francophones à offrir à l’ensemble de leur population un accès à la scolarisation en français (proposition n°8) : des manuels scolaires génériques pourraient être distribués (proposition n°10).
2) Renforcer et étendre l’aire culturelle francophone, grâce notamment à la construction par des entreprises françaises de salles de cinéma en Afrique francophone etla programmation d’un quota de films francophones (proposition n°17).
3) Cibler 7 secteurs clés liés à la francophonie, pour maximiser la croissance de la France et des autres pays francophones : le tourisme, les technologies numériques, la santé, la recherche et développement, le secteur financier, les infrastructures et le secteur minier (propositions n° 22 à 35). Confier notamment aux alliances françaises et aux instituts français à travers le monde la mission d’agent touristique de la France et de promotion des produits français (proposition n°22).
4) Jouer sur la capacité d’attraction de l’identité française pour mieux exporter les produits français et conquérir de nouveaux francophiles (proposition n° 36).
5) Favoriser la mobilité et structurer les réseaux des influenceurs francophones et francophiles (propositions n°37 à 46).
6) Créer une union juridique et normative francophone : un guichet douanier pour les francophones dans les aéroports des pays francophones volontaires pourrait être créé, afin de rendre tangible un sentiment d’appartenance de la communauté d’intérêts francophones (proposition n° 51).
7) Se donner comme projet de créer à terme une Union économique francophone aussi intégrée que l’Union européenne (proposition n°53).


Ce que j'aime bien avec Jacques Attali, c'est qu'il y a toujours des chiffres, des faits marquants, des propositions concrètes. C'est encore une fois le cas avec ce rapport. A noter, une annexe parlant d'influenceurs francophiles en dehors de la sphère francophone, avec leur curriculum et des citations sur le français de leur part. L'avantage avec Jacques Attali, (sur Pouria Amirshahi), c'est qu'il s'est déjà fait un nom et que par conséquent il a un réseau d'influence, il est repris davantage dans les médias comme cet article ci-dessous. Bonne lecture.

A lire également sur l'Expansion :
Un rapport d'Attali pour sauver la francophonie et notre économie
"Une langue, c’est un dialecte qui possède une armée, une marine et une aviation" - attribué à Lyautey
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