Seul en scène et Marche des Fiertés: 2 destins semblables ?

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Seul en scène et Marche des Fiertés: 2 destins semblables ?

Messagepar Varlet » Dim 11 Juin 2017, 11:54

Seul(e) en scène : c'est en lisant le dernier numéro de Télérama que je suis tombé sur ce mot. Je l'avais déjà rencontré quelques temps auparavant dans un autre numéro de ce magazine et entendu sur les ondes d'une radio publique. Limpide dans son énoncé, il correspond au « one man show » que nous sommes habitués à utiliser depuis des décennies. Une rapide recherche sur internet montre que son origine est ancienne : 1985 ! Son utilisation reste encore marginale. Serai-je le seul à l'avoir entendu ? Peut-être pourrions-nous lui souhaiter le même destin que l'expression : Marche des Fiertés ?
Dans les années 80, cette dernière n'existait pas : on parlait de gay pride. Dans les années 2000, cette expression est devenue une marque rachetée par des spéculateurs. Dès lors, son utilisation impliquait le versement de redevances substantielles. Pour les associations gay françaises, cette situation entrait en conflit avec l'idéal de leur combat ( une lutte désintéressée contre les discriminations de toutes sortes envers la communauté homosexuelle). Pouvaient-elles aussi, moralement et économiquement parlant, affecter une partie non négligeable de leurs aides financières au profit d'une marque ? En outre, l'expression américaine avait l'immense inconvénient de ne pas couvrir les revendications – les Fiertés- de différents groupes : les lesbiennes, les bisexuels (elles) ainsi que les transgenres. Car, que l'on veuille ou non, gay en français désigne maintenant uniquement les homosexuels masculins. Un changement d'appellation s'imposait donc.
C'est ainsi que depuis une dizaine d'années, la Marche des Fiertés a commencé à s'inviter dans des articles de presse. D'abord très timidement, et jusqu'à récemment, toujours accompagné de son équivalent américain, gay pride. Et surprise ce matin, je découvrais un article en ligne où gay pride n'apparaissait plus : pour le journaliste, évoquer la Marche des Fiertés est donc devenu suffisamment usuel pour ses lecteurs même les plus âgés qu'il n'est plus nécessaire de lui adjoindre l'expression américaine.
Ces deux trajectoires de mots apportent de l'espoir aux partisans d'une langue française qui ne serait pas fatalement destinée à être colonisée par l'anglais. L'apport de ce dernier peut se justifier dans de nombreux cas ; de plus le français n'est pas une langue « pure », il s'est souvent nourri d'éléments étrangers. Mais la langue de Molière montre ici qu'elle dispose d'impressionnantes ressources, qui ne demandent qu'à être dévoilées et qui peuvent avoir un impact sur le long terme.

L'espoir demeure donc. Nous pouvons, à un moment donné, nous sentir submergés par les mots anglo saxons. Sur le long terme cependant, et si nous nous en donnons les moyens -ou peut-être n'est-ce qu'une évolution normale de toute langue vivante, indépendante de notre action?-, cette situation à un instant t n'est pas forcément destinée à perdurer : le français dans de nombreux cas soit va substituer aux anglicismes des équivalents »indigènes », soit va les franciser.


Sources :

http://dictionnaire.sensagent.leparisien.fr/seul%20en%20sc%C3%A8ne/fr-fr/

http://www.francetvinfo.fr/societe/marche-des-fiertes-a-toulouse-il-reste-difficile-encore-aujourd-hui-de-se-tenir-la-main-et-de-s-embrasser-dans-la-rue_2230957.html
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