RP54 JMVarlet : Pessimisme à la française

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RP54 JMVarlet : Pessimisme à la française

Messagepar Varlet » Dim 13 Aoû 2017, 11:30

L'article qui suit est un exemple du pessimisme exagéré de certains Français , apeurés du moindre changement dans la politique linguistique des pays africains francophones. Pour résumer, le Bénin veut dès la rentrée introduire l'enseignement de l'anglais en primaire ; le journaliste en conclut à mots à peine cachés la disparition du français à moyen terme.

http://geopolis.francetvinfo.fr/l-anglais-s-installe-dans-les-ecoles-francophones-d-afrique-152751

Il ne s'agit pas d''afficher un optimisme béat opposé au constat négatif de l 'article. Nous savons très bien que les Anglophones essaient par tous les moyens d'étendre leur influence linguistique sur la planète et particulièrement en Afrique francophone. Peut-être y arriveront-ils mais ce n'est pas la seule voie qui s'ouvre aux Africains francophones...
Reprenons les principaux arguments abordés par le journaliste.

1°) « La langue de Shakespeare est devenue incontournable sur le continent africain. »
«L’âge étant un facteur très important dans le processus d’acquisition d’une langue, il a été décidé d’introduire l’anglais au primaire dès la rentrée scolaire»

Il est logique que les pays africains francophones décident d'améliorer l'apprentissage de l'anglais. Même pour les plus fervents des francophones, il faut bien constater que cette langue est devenue incontournable si l'on veut converser avec une partie de la planète. Introduire l'anglais comme matière à l'école ne signifie pas remplacer le français comme langue d'enseignement ( cas de beaucoup de pays francophones ). Or, le journaliste semble le penser et cela ne correspond pas à la réalité. Nous pouvons prendre l'exemple de la France qui introduit les langues vivantes dès le CP, notamment l'anglais, mais l'enseignement des autres matières se fait en français. Les petits Français sont -ils devenus plus doués en anglais ? Peut-être mais sont-ils devenus pour autant bilingues ? Nous connaissons la réponse...

2°) Le cas du Rwanda, du Gabon , du Burundi , du Gabon et du Congo
Le Rwanda ( et dans une moindre mesure le Burundi ) est un cas à part. Avant le génocide, le français était déjà peu répandu et de plus, les évènements de 1994 ont décimé une grande partie de l'élite francophone. Les Anglo saxons ont très certainement tiré profit de cette situation et ont contribué à l'arrivée d'un pouvoir anglophile. Tous ces facteurs peuvent expliquer un passage peut-être plus facile à l'anglais. Le Burundi, peu francophone, suivra-t-il la même voie ? Sur ce point, nous pouvons partager la crainte du journaliste.
Le Gabon, le Congo et bien d'autres pays africains francophones présentent d'autres situations. Le français y est souvent parlé par une grande partie de la populations. Il est un ciment linguistique pour des pays aux langues autochtones multiples. Vouloir à tout prix remplacer le français par l'anglais dans l'administration et l'enseignement demanderait du temps, de l'énergie et de l'argent. Est-ce une option soutenable économiquement pour ces pays ou d'autres d'ailleurs ? Je ne le pense pas car on se heurte à une sorte de « mur » économique et sociétal. Il est vrai cependant que la raison ne guide pas toujours le monde et qu'on ne peut exclure un véritable passage au forceps de l'anglais, encouragé par les Anglo saxons, et ce malgré une dépense folle en argent et énergie...

Il paraît plus judicieux et « rentable » pour les pays africains francophones de continuer à favoriser le français et de développer en même temps l'apprentissage de l'anglais. Le français dans beaucoup de pays n'est pas vraiment une langue étrangère ni une langue « hors sol » comme l'anglais ; il fait partie de la vie quotidienne de nombreux Africains qui l'utilisent au travail,dans les commerces, dans les loisirs (télévision) ou chez eux. L'éradiquer serait un travail titanesque. Il vaut mieux le considérer comme un atout car bien maîtriser une langue (le français) en plus de sa langue natale permet par la suite un meilleur apprentissage d'une troisième langue.

3°) « L’arrivée en force de l’anglais dans l’enseignement primaire fera perdre sa place prépondérante à la langue de Molière. Un phénomène qui devrait s’accélérer dans les prochaines années. »

Là-encore, le journaliste confond matière enseignée et langue d'enseignement.

Et vous, qu'en pensez-vous ?
Varlet
 
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