Francisation de notre environnement culturel

(Publié le 28-08-2012 sur lefrançaisenpartage) (partie 2)

Vous connaissez tous l’histoire de l’œuf et de la poule ? Qui est le premier ?

Concernant notre sentiment que l’anglais est une langue indispensable, il est intéressant de se poser la question : qu’est-ce qui nous fait penser cela ? Retrouver l’origine de nos idées reçues pour les déconstruire. Il y a bien sûr des raisons historiques, politiques et économiques à notre course à l’anglais, mais la question de notre environnement culturel est à mon avis complètement négligée. Qui peut affirmer que la prolifération des publicités, enseignes de magasin, musique, films et graffitis en anglais n’aient aucune incidence sur notre représentation de cette langue ?

Coccimercato?

Vous allez me voir venir mais je pense qu’une histoire vaut mieux qu’un long discours. Imaginez, vous êtes dans un monde où l’anglais n’existe pas. Que diriez-vous si vous arriviez dans un pays et que sur toutes les radios, on entende la moitié de leurs chansons en italien (par exemple), que de nombreuses enseignes aient des noms italiens (La casa de Paulo, Coccimercato, Semplice Mercato (désolé, je n’ai fait que trois mois d’italien, mes exemples sont complètement tirés par les cheveux !)), que des publicités dans les journaux et  à la télévision se terminent une fois sur deux par une phrase en italien comme si c’était le culmine ! (le must ? ça veut dire quoi ?) Que diriez-vous que lorsque votre système d’exploitation finestra plante, celui-ci vous affiche un message en italien ? Vous en déduiriez probablement (c’est ce que je ferais) que ce fameux italien doit être une langue qui compte, une langue importante et indispensable, la langue d’un peuple puissant ou influent. Vous conseilleriez par conséquent à vos enfants de l’apprendre et vous complexeriez de ne pas connaître cette langue d’ailleurs !

Voilà pour la petite histoire qui a pour objectif de montrer que notre environnement porte un message qui passe quasi inconsciemment à notre faculté de jugement. Notre environnement nous inspire naturellement, subrepticement, des suggestions, des pensées et une vision du monde. Je ne nie pas l’importance de la langue anglaise mais je pense que tout d’abord dans notre pays, nous devons pouvoir avoir le choix de pouvoir vivre dans un environnement où les publicitaires, journalistes, magasins, etc… s’adressent à nous dans notre langue. C’est une première chose. La deuxième chose, c’est que l’omniprésence de l’anglais dans notre environnement nous envoie un message, à savoir que notre pays est un pays où les personnes parlant anglais ont une supériorité sur ceux qui ne le parlent pas et que l’anglais est la langue de l’élite, de l’ascension sociale, de la réussite (liste non exhaustive). Nous pouvons changer cela en agissant sur notre environnement visuel, télévisuel.

Cela n’empêche pas d’apprendre l’anglais par l’intermédiaire de l’école ou d’une démarche volontaire (regarder des DVD en anglais, s’abonner à des journaux anglophones, etc…), mais en tant que langue étrangère, utilisée pour communiquer avec des anglophones (ce qui paraît une évidence mais ne l’est apparemment pas tant que ça). Il est évident que les personnes parlant ou maîtrisant l’anglais en plus du français en France ne seraient pas handicapées si tout notre environnement était en français. L’inverse n’est pas vrai, le petit chef d’entreprise ou l’esthéticienne ne maîtrisant pas l’anglais est renvoyé à une position d’ignorant, qui ne possède pas les codes de son environnement. Cela renvoie un sentiment de l’infériorité de la culture et de la société française par rapport à l’anglaise (ou l’américaine en fait) alors que le français est la langue des Français, à la fois officielle et d’usage.

Un programme pour la francophonie

Je vous propose donc ici un ensemble de mesures qui n’enlèveraient rien à la qualité de notre vie et qui nous permettraient de nous sentir moins complexés de ne pas être de langue maternelle anglaise malgré le fait que nous vivons en France (excusez-nous!). Si ça entrait en application, j’aurais l’impression de dépolluer mon environnement et je me sentirais moins agressé. Imaginez : plus un mot d’anglais dans le métro ni à la télé, ni dans votre numéro de l’Express ou de Paris Match !

1) Anglicismes dans les média

Lorsque je parle avec quelqu’un d’autre en utilisant des anglicismes, cela ne regarde que moi (et l’autre). Par contre, les médias, de par leur diffusion, sont en grande partie responsables de la diffusion d’une norme, et des anglicismes. Un seul journaliste peut être lu par des dizaines, voire des centaines de milliers de personnes. Avouez que ce n’est pas le même impact !

La contrainte entraînant souvent une opposition, et ce n’est pas le but, il serait intéressant d’instaurer un partenariat entre une commission chapeautée par le CSA ou le ministère en vue d’améliorer la qualité de langue et de faire baisser le nombre d’anglicismes dans nos journaux, nos télés et nos radios. L’avantage est qu’un journal montrant l’exemple est également lu par les journalistes confrères, l’usage des mots qu’il utilise paraîtrait donc assez naturel pour qu’ils soient également repris plus facilement ailleurs. C’est un cercle vertueux qui demande surtout d’être amorcé.

Pour illustrer cela, je pense au Monde qui publie les commentaires de ses lecteurs lui reprochant ses anglicismes,  qui en tient compte et qui est exemplaire au niveau de la qualité de sa langue. De même pour France Inter dont le médiateur se fait écho des récriminations des auditeurs quant à l’utilisation des anglicismes et qui s’efforce d’améliorer l’usage (il faut se forcer au début, mais après c’est plus naturel, c’est comme lorsque l’on est enfant et que l’on nous reprend ; au début, on refait la faute 10 fois, 15 fois, puis une fois que c’est rentré, cela nous paraît « naturel »). Ma lanterne rouge, à l’inverse, (carton rouge!!) est Libération. J’ai envoyé plusieurs commentaires et ai même envoyé un courriel de protestation à la rédaction, mais sans suite et sans résultats. Apparemment, il est trop dur d’écrire centre d’appels à la place de « call center » pour eux. C’est un comble pour des personnes qui sont les garants de la norme de la langue française. C’est la mauvaise volonté de journaux comme cela qui est un frein.

Il faudrait donc concevoir une action concertée afin de voir ce que les différents média pourraient faire pour améliorer leur utilisation de la langue française. Qu’ils soient force de proposition afin de les associer à la démarche plutôt que de le faire par la contrainte. Il faudrait cependant envisager un volet coercitif s’ils se moquent complètement de cela et y mettent de la mauvaise volonté. Il faut garder à l’esprit qu’ils ont un devoir de service public envers leurs lecteurs et qu’ils doivent leur proposer une langue de qualité. Le français est quand même langue officielle de la République et des bulletins officiels nous prescrivent la norme. Ainsi, si le particulier peut dire « mail », un journal se doit d’écrire « courriel ».

2) Emissions de télévision

Masterchef, The Voice, Star Academy… vous aussi cela vous agace mais vous assistez impuissant à ces émissions dont on a copié du concept jusqu’au titre sans prendre la peine de le traduire. Il devrait y avoir un travail avec les chaînes de télévision en partenariat avec le CSA pour qu’uniquement des noms d’émissions en français puissent être déposés. Il est quand même incroyable que des français s’adressent à des français avec des mots anglais. On pourrait également appliquer la même obligation au nom de titre des films, comme au Québec.

J’avais été sidéré d’apprendre que le nom du film Sex Intention n’était pas le titre original mais la traduction du nom du film Cruel Intention. Et ce ne sont pas des américains qui ont décidé cela, mais des français.  Il y a un moment où le mot liberté d’expression ne peut pas être la caution de tout et n’importe quoi. La liberté d’expression est dans le contenu, on peut tout exprimer, mais en français.

L’utilisation de ces titres anglais montrent surtout que l’on prend le spectateur français pour un idiot, comme si le seul fait que le film ait un lien avec les Etats-Unis ou l’anglais était suffisant pour que l’on aille le voir. C’est limite insultant, je trouve, et c’est infantilisant. Mais encore une fois, ce sont des Français qui décident de cela, des Français qui prennent les spectateurs pour des idiots facilement impressionnables.

3) Pizza Hut, Cartridge World, Simply Market…

J’ai vu récemment à Alençon le magasin La Trocante (juste à côté d’un « Carglass ») se rebaptiser « Winner Cash ». Pour couronner le tout, un magasin de pizza à emporter appelé Pizza Sprint s’est installé à côté. Je mettrai en ligne une photo du trio prochainement. Il y a un moment où il faudrait arrêter la surenchère, ça en devient grotesque mais triste de médiocrité. Là, j’avais vraiment l’impression qu’ils prenaient les gens pour des consommateurs décérébrés, et que le seul fait d’avoir un nom anglais suffisait comme argument commercial. Stop, finito, arrêtons ! Pour moi, ça frôle la pollution visuelle, on ne peut plus aller dans une rue commerçante ou un supermarché sans que leur enseigne anglaise (d’entreprises bien souvent françaises…) nous accueille. S’il y avait une loi à prendre, je propose que dorénavant, tous les nouveaux noms d’enseignes déposés soient soumis à une commission dont ferait partie des associations de défense du français (pourquoi pas rémunérées pour faire ce travail), ou en tout cas dont les membres veilleraient à ce que leur nom ait une consonance française. Il faudrait également bannir les inscriptions en anglais sur les vitrines, les « fashion week » et compagnie, et que le particulier puisse déposer une plainte à la mairie avec possibilité de sanction (une loi sans contrainte prévue n’a aucun effet).

4) La réclame

Dans les publicités dans les journaux ou à la télévision, on n’échappe pas à « Motion & Emotion », « Das Auto » (en allemand pour une fois), « let your body drive », au « Since… » au lieu de « depuis », etc… Il serait intelligent d’obliger à écrire la traduction française en caractères plus gros que celle en langue étrangère (la législation actuelle les oblige à traduire, mais on retrouve la traduction avec une petite astérisque dans un tout petit coin de l’écran ou de la page, histoire de contourner la loi sans être hors la loi, histoire de bien se moquer de nous. De plus la traduction est souvent illisible sans loupe.) Encore une fois, je trouve la mise à l’écart du français insultante pour les lecteurs français que nous sommes, on a peine à croire (même si l’on s’habitue malgré nous) que l’on s’adresse à nous dans une autre langue que la nôtre.

C’est un peu la démarche, allez, lâchons le mot, d’une personne en terre conquise, autrement dit d’un colon ou d’un maître qui parle à ses esclaves. Effet garanti : faire passer le français pour une langue ringarde, et tout le monde marche sans protester (on n’ose pas, on ne parle pas suffisamment bien la langue des maîtres et par conséquent on a peur de passer pour des « beaufs »). Comme écrivait Mr D’Elloy dans les commentaires : « L’esclave parle la langue de son maître ». Il serait temps de rétablir la hiérarchie des choses : le français est la langue de la France, l’anglais est une langue certes importante, mais étrangère. Par conséquent, la présence de l’anglais dans l’espace public doit être réglementée et limitée.

5) Le langage technique

L’informatique, la mercatique sont des domaines techniques dans lesquels on croise de nombreux mots anglais. Il est donc pertinent de les traduire mais je ne m’étendrais pas là-dessus puisque des commissions sont déjà chargées de le faire (domaine automobile, aéronautique…). Il reste à faire en sorte que cela soit suivi d’effets, mais je ne suis pas compétent pour parler à bon escient sur ce sujet.

Il y aurait une réflexion du même type à conduire sur la défense du français à l’international :

6) Suivi des enjeux de la francophonie

Je cite souvent en exemple l’inauguration de la Maison de la Francophonie par le président (à cette époque) Mr Nicolas Sarkozy et qui n’a été repris par AUCUN média français, que ce soit un journal papier, en ligne ou par la télévision. C’est un scandale. On connaît l’état de santé de Johnny Halliday, le jour de naissance de l’enfant de Nicolas Sarkozy et pas une ligne sur tout ce qui touche aux enjeux de la langue française. Qu’on ne me fasse pas croire que les média n’étaient pas au courant, ils suivaient Nicolas Sarkozy heure par heure. Cela manque de sérieux. On pourrait presque croire qu’il y a une conspiration pour qu’il n’y ait pas de conscience francophone qui émerge.

Il devrait y avoir une concertation pour installer dans le cahier des charges des médias d’information une clause qui oblige un minimum à nous informer de tout cela (plutôt que de reprendre les informations qu’on veut bien leur donner). Pourquoi ne pas envisager qu’une personne par média (journal de France 2, du Monde, du Figaro, etc…) soit en charge de ces sujets et ait à en rendre compte ? Qui est au courant qu’il y a eu un rendez-vous international de la francophonie au Québec en juillet ? Pourquoi ne pourrait-on pas envisager des reportages (du genre Faut pas Rêver ou aussi C’est dans l’Air) sur la situation du français au Cameroun, dans les institutions européennes, au Burkina Faso, à l’université Senghor d’Alexandrie…? Le succès d’audience serait garanti et cela ferait prendre conscience de ce que nous appartenons à une communauté linguistique vaste et dynamique. Au lieu de cela, on vit à l’heure américaine, britannique ou allemande sans savoir ce qui se passe (au niveau du français) dans des pays aussi francophones que l’Algérie, le Gabon ou la RDC.

7) Favoriser « l’industrie culturelle » française, travailler à l’export

La culture existe en soi et certains auteurs, créations, n’ont pas besoin d’être promues pour se diffuser.

Je n’aime qu’à moitié le terme d’industrie culturelle parce que la culture est quelque chose d’humain, de vivant, mais il y existe néanmoins des enjeux économiques. Il serait ainsi bon de méditer sur le fait que si l’on diffuse autant de séries américaines en France, c’est aussi parce qu’elles ont été amorties aux États-Unis et qu’elles peuvent être promues à l’étranger fort de leur succès sur leur marché premier. Sur ce modèle, on pourrait travailler à l’international pour amortir en promouvant même pour un revenu modeste, les œuvres culturelles françaises, comme les films, les musiques, les livres dans les pays sud-américains, africains, etc… Cela permettrait d’encourager la création artistique et culturelle française et de la faire davantage connaître à travers le monde (plutôt que d’attendre que le monde s’intéresse à nous). Il n’y a pas besoin d’être en anglais pour cela. Je tombe parfois sur des téléfilms allemands de qualité équivalente à une production américaine. La seule chose qui me permet de les différencier est le nom des héros. L’avantage pour une chaîne qui diffuse cela est que cette production a déjà connu un succès (en Allemagne) et que le seul coût qu’il reste est celui de faire le doublage (en plus d’en acheter les droits), cela évite le risque de créer une production française au succès aléatoire.

8) Travailler avec les représentants de la France

Sur le site d’associations de défense du français, dans certains journaux, on peut lire que les représentants français s’expriment souvent en anglais lorsqu’ils sont à l’étranger, notamment à cause de la pression à parler anglais, ainsi certains représentants se font chahuter par les délégations américaines à l’ONU lorsqu’ils s’expriment en français alors que c’est l’une des deux langues officielle de l’ONU.

Il faudrait donc instaurer un suivi et un accompagnement de ces représentants pour tirer vers le haut l’exigence de français et faire respecter nos droits. La langue française est en effet la langue de plusieurs dizaines de pays et 56 états et gouvernements sont membres de l’OIF, ce qui représente un tiers des pays du monde. Ajoutons à cela que le français est, avec l’anglais, la seule langue officielle de l’ONU, une des trois langues de travail de l’Europe, etc… La visibilité du français est donc assez faible eu égard à son poids réel. On note cependant des progrès, comme avec les jeux olympiques de Londres (dont le français est l’une des deux langues officielles et la langue fondatrice) : un gros travail a été fait par les organisateurs britanniques pour offrir un affichage impeccable en français et des services en français.

9) ERASMUS francophone

Enfin, l’un des facteurs de promotion essentiel du français est son utilisation dans le monde universitaire. Actuellement, le centre du monde universitaire est les États-Unis et « l’anglosphère ». Dans le film « L’Auberge Espagnole » de Cédric Klapish, on pouvait se rendre compte que la langue commune des étudiants de différentes nationalités en Espagne n’était pas l’espagnol ou le catalan, mais l’anglais. C’est le résultat d’une dynamique. Il faudrait aujourd’hui impulser une dynamique francophone afin de faciliter un monde de la connaissance francophone (à l’heure où le Royaume-Uni et les États-Unis connaissent des difficultés économiques, il serait bon de chercher en nous un autre modèle). Cela permettrait de renforcer entre les personnes qui parlent le français le sentiment d’appartenir à une même communauté, de diversifier les échanges culturels, de créer des ponts culturels vers de nouveaux pays, etc…

Voici une esquisse de ce que pourrait être un programme politique pour la francophonie. Au fond, il suffirait de peu de choses pour que cela change…!

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