Hochmut kommt vor dem Fall. Arrogance et servilité

Cet article est une sorte de réponse à celui de Jean-Marc intitulé Nos pires ennemis.

 Les hommes qui ont vécu sur le territoire de la France actuelle, en partant des Éduens, à l’époque de la Guerre des Gaules, jusqu’à Pierre Laval et au-delà, ont toujours cultivé à la fois l’arrogance et la servilité.

 Je prendrai l’exemple de Nestor qui, dans Le Secret de la Licorne, n’a au départ que mépris et condescendance pour tous les personnages étrangers à son univers, à savoir Tintin et Haddock. C’est l’arrogance. Puis, lorsque les frères Loiseau sont éliminés, il se met au service de ses nouveaux maîtres qui viennent juste d’acheter le château de Moulinsard. C’est la servilité.

Nestor est un majordome et en a la mentalité.

 Pierre Laval a dit le 22 juin 1942 :  « Je souhaite la victoire de l’Allemagne » (servilité) ;  et cela ne l’empêchait pas d’être arrogant avec tous ses adversaires qui ne partageaient pas ses idées politiques.

 Mes premières années aux États-Unis se sont passées dans des prep schools où j’avais été recruté pour le diplôme bien sûr, mais aussi parce que j’étais un locuteur originaire de France et de langue maternelle française. Si une seule de ces trois conditions n’avait pas été pas réunie, je n’aurais jamais été recruté. Par exemple, si j’avais été Québécois. 

Confusément, je sentais que j’étais moi aussi un majordome car j’étais cravaté autant sur le plan vestimentaire que sur le plan intellectuel. J’ai été autorisé à fréquenter la haute société new-yorkaise, et singulièrement les marchands d’armes, les courtiers en bourse, les dirigeants de multinationales, mais pas sur un plan d’égalité, en sachant toujours rester à ma place. 

Pour me consoler mentalement, je me plaisais à penser que j’étais dans la situation d’un Grec lettré dans la Rome de l’Empire. Mais je n’étais pas pas un Romain et mon destin était de rester toujours un Grec, même si les Grecs avaient inventé la musique, la littérature, le théâtre, la philosophie (et j’en passe) alors que les Romains s’étaient limités au perfectionnement de l’art militaire et à la maîtrise de la science juridique.

Cette consolation mentale me tenait lieu d’arrogance et masquait à ma conscience mon propre état de servilité.

 D’ailleurs la psychanalyse familiale m’incite à penser que je ne faisais que mettre mes pas dans ceux de ma grande tante qui était partie pour la Russie au début du siècle dernier afin de prendre la charge de gouvernante dans une famille aristocratique. Et qui avait fui l’empire russe en 1917 pour se retrouver à Constantinople, et finalement, comme moi, à New York…

 Jean-Marc fait allusion à l’attitude sentencieuse et moralisatrice de l’acteur français Francis Huster. Son élégance naturelle, tellement grande qu’elle s’est transformée cette fois-ci en arrogance à l’endroit de Claude Hagège, ne peut masquer sa servilité, autant incroyable qu’inattendue, envers la prédominance de la langue anglaise par rapport à la française.

 Je ne peux qu’être d’accord avec lui quand il écrit : « Aucun doute possible : les pires ennemis de la francophonie, ce sont les Français eux-mêmes, tout au moins certains Français, mais parmi les plus influents malheureusement. »  

 Les Français, depuis 1763, ne sont plus que le second des Anglais ; ils ont compensé, au cours des siècles suivants, par un supplément d’arrogance, leur infériorité dans la course à la conquête du monde, toujours recommencée . Mais ils devraient prendre garde à ne pas descendre toujours plus bas, car, comme dit le proverbe allemand  : Hochmut kommt vor dem Fall, l’arrogance vient juste avant la chute.

Michel
Michel

Les derniers articles par Michel (tout voir)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

  Il y a 1 commentaire sur le forum.