Idées reçues sur la défense du français et de la francophonie

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(Publié sur le françaisenpartage le 17-10-2010)

On me dit souvent lors de conversations (mais pas sur mon site) qu’il faut être réaliste, que tout le monde parle anglais et que mon combat est colonialiste / nostalgique ou tout autre qualificatif négatif. Considérations générales qui ne veulent pas dire grand chose. Ce fameux tout le monde qui sert d’argument ultime. C’est pour moi l’occasion de revenir sur quelques idées reçues pour nous déconditionner, ou nous décoloniser comme me dirait un correspondant.

Introduction

C’est étonnant de voir les résistances qui surgissent dès lors qu’il s’agit de défendre le français. Tout de suite, de nombreuses personnes pensent colonisation (donc cela fait fasciste / colonialiste de vouloir imposer le français), triomphe de l’anglais (donc il faut s’y mettre).

Défendre le français… La tâche peut sembler tellement immense qu’elle en est effrayante. Mais ce combat, ce n’est pas juste utiliser le mot courriel et s’énerver de voir un pays comme le Rwanda qui généralise l’usage de l’anglais. C’est peut-être bien mais cela n’est pas forcément très efficace, voire même utile, même si cela peut nous réconforter de se retrouver dans le même combat. Pour avancer dans un combat, il faut savoir dans quel cadre on agit, quels sont nos objectifs, etc… Déjà il faut bien admettre que l’on avance dans un cadre légal : il ne s’agit donc pas de décider à la place des autres (souhaiter l’imposition du français dans un pays souverain comme le Rwanda) mais d’agir là où l’on a le droit d’agir. Cela restreint donc le combat : en France pour ceux qui y vivent et dans les institutions où l’on peut utiliser le français.

Déconditionnement

D’abord il faut se déconditionner :

tout le monde ne fait pas la loi et est complètement indéfini. Si l’on parle de la France, tout le monde ne parle pas anglais. Pour parer à cet argument, il faut bien avoir en tête que tout le monde est bien souvent synonyme de : les plus forts. Actuellement les anglophones, demain peut-être les sinophones. Donc les plus forts (économiquement, militairement) parlent anglais, certes, mais nous sommes un pays souverain et indépendant. Il faut garder cela en tête et nous avons le droit d’utiliser notre langue, ici et dans les institutions où cela est permis.

– être pour le français, est-ce être contre l’anglais ? Pas forcément. Encore une fois, il faut définir le cadre.

Apprendre l’anglais, oui, pourquoi pas. Se le voir imposer à tout-va dans des publicités, non ! Que des personnes soient licenciées parce qu’elles ne parlent pas anglais quand bien même ce n’est pas leur métier (ingénieurs), c’est une discrimination et des entreprises ont été condamnées pour cela. Voir à ce sujet le jugement rendu dans l’affaire GEMS qui peut servir d’exemple pour des salariés discriminés parce qu’ils ne parlent pas suffisamment anglais.

– le combat pour le français, ce n’est pas un combat de popularité. il ne s’agit pas d’attendre que l’ensemble du peuple américain décide dans une grande liesse populaire que dorénavant tout le monde devrait apprendre le français et que l’anglais serait interdit, pour que nous, français, commencions à songer à un début de défense de notre langue… là où elle est légitime. Attendre des anglophones qu’ils défendent le français, c’est comme expliquer à un commercial de Huis Clos que l’on ne veut pas de sa fenêtre. Tant que l’on discute, le commercial se dit que la vente est encore possible.

Loi du plus fort et loi tout court

villepinIl ne s’agit pas de supplier des gens d’utiliser le français, mais d’exiger des nôtres qu’ils utilisent et défendent notre langue, par exemple au sein de l’Europe ou dans le domaine scientifique et d’utiliser les droits et lois à notre disposition. Nous parlons français ici ou là parce que cela est permis ; il n’y a donc pas lieu de protester. Le français a le droit d’exister et a sa place au niveau international. Un exemple : apparemment, cela provoque des remous lorsque certaines personnes utilisent le français à l’ONU. C’est ce que j’ai lu. C’est ce qui s’appelle la dictature de la majorité ou de l’opinion. Pourtant, la langue française est une des deux langues officielles à l’ONU, et a le droit d’être utilisées à ce titre. Il ne s’agit donc pas de parler anglais pour faire plaisir à ceux qui râlent, mais d’interpeller ces personnes qui protestent quant à l’usage du français : « messieurs, l’usage du français est officiel et permis au sein de l’ONU, nous respectons la loi, je vous demanderais d’en faire de même.  » Cela ferait une bonne scène au sein de l’ONU, digne d’un film, digne du NON de Dominique de Villepin par rapport à la guerre en Irak. En attendant, comme cela a été souligné lors du sommet de la francophonie au Québec en 2008, il faut être vigilant quand à l’utilisation du français au sein des institutions internationales. Il faudrait déjà que les 70 pays qui ont le français comme langue officielle l’utilisent au sein des institutions internationales plutôt que d’attendre que d’autres pays nous permettent d’utiliser le français. Si nous ne défendons pas le français, qui le fera ? Je sais que cela peut sembler décourageant, pourtant il suffirait de quatre ou cinq personnes employées en France pour faire appliquer la loi Toubon pour que tout rentre dans l’ordre et d’un peu de bonne volonté au niveau international. De plus, au fur et à mesure que l’on franchit des obstacles, on se rend compte que ce n’est pas si difficile. Un combat qui n’est pas mené ne peut être qu’une défaite.

Le problème en France :

Contrairement au Québec, la question linguistique ne soulève pas les foules car le danger d’assimilation linguistique immédiate est faible. Cependant, on peut dire que l’on est beaucoup plus exposés au monde culturel anglo-saxon (publicités, enseignes des magasins en anglais). Ce n’est pas grand chose mais c’est devenu une norme qui implique que tout le monde parle anglais. C’est discriminant pour ceux qui ne le font pas, et c’est méprisant de s’adresser à des gens dans une langue autre que la leur, comme des colons ou des maîtres du monde qui sont en terrain conquis.

En France, il existe des lois, notamment les lois Toubon, sur lesquels on peut s’appuyer pour entamer des procédures. Bien souvent, j’ai l’impression qu’en France, on pense qu’une loi se défend toute seule. Si la loi est votée, on est sauvés ! Or une loi ne sert que si des personnes s’en servent pour l’imposer. Ce que je veux dire, c’est qu’il n’y a personne en charge de faire appliquer les lois Toubon et le fait que le français est la langue de la République. C’est un peu effrayant lorsque l’on s’en rend compte. C’est comme si le navire était sans capitaine ou avec un capitaine qui n’est pas à notre service. Au Québec, des personnes, simples citoyens se sont retrouvés devant des magasins avec des enseignes en anglais pour protester et demander la traduction en français de l’enseigne. Ainsi, Kentucky fried Chicken s’appelle Poulet frit du Kentucky. Et pourquoi pas ? En France, en toute violation de la loi, des grandes écoles souvent de commerce veulent (ou le font déjà) faire leurs cours en anglais. Non pas apprendre l’anglais mais faire les cours en anglais ce qui implique que quelqu’un qui  n’est pas très bon en anglais peut retourner chez lui. Autre exemple : Mr Ravat, de l’AFRAV (Association France Avenir) a interpellé la mairie d’Avignon concernant une violation de la loi Toubon : la mairie a répondu que rien ne changerait car aucune sanction n’est prévue si l’on enfreint cette loi. Je ne suis pas sûr que ce soit vrai mais cela reste impensable. A un moment, il faut revenir à la lutte, malheureusement. Non pas une lutte d’agression, mais de défense d’une intégrité.

Mon rôle, mes principes

En ce qui me concerne, j’ai estimé qu’il manquait d’informations et d’arguments en faveur du français sur la toile et en France, alors je me consacre à fabriquer un argumentaire qui permet de convaincre, utile aussi bien aux francophones qu’aux locuteurs d’autres langues. Ce site est venu naturellement de billets que j’écrivais déjà sur un autre site, jusqu’à ce que je me rende compte que je commençais à devenir monomaniaque!!! J’essaie aussi de faire connaître ce qui existe déjà : parutions de l’OIF et autres sites internet. Outils, chiffres, argumentaires, lois… beaucoup de choses existent déjà, il n’y a pas besoin de réinventer la roue !

Pour moi, le moyen d’être convaincant, ce n’est pas d’être le plus fort (il ne peut y en avoir qu’un, c’est le règne de l’uniformité), mais d’être juste (cela permet de coexister en paix dans la diversité). Ainsi, il me paraît injuste de se réjouir de l’usage forcé et imposé du français quelque part et en même temps de défendre le français en France ou ailleurs. Il faut donner les moyens à chacun de vivre selon la façon qu’il a choisi.

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