Invitation au Ministère de la Culture – Rencontre avec M. Xavier North

(Publié sur lefrançaisenpartage le 30-10-2011)

En mai dernier, j’ai reçu un mél / courriel de la DGLF (délégation à la langue française) pour m’inviter à un entretien au Ministère de la Culture. Ce n’était bien sûr pas Frédéric Mitterrand qui m’invitait, mais Mr Xavier North, le « Mr Francophonie » du ministère, qui voulait s’entretenir avec moi de mon blogue et des thématiques que j’y aborde. C’est bien sûr pour moi une sorte de reconnaissance et un couronnement de mes efforts : pouvoir rencontrer la personne au plus haut poste qui s’occupe de la langue française dans les institutions. C’est un peu comme rencontrer son chanteur préféré ou le Pape pour moi. En effet, le gouvernement se compose du Président, en dessous de lui, de ses ministres, et en dessous, des délégués qui se partagent des champs d’action. Mr Xavier North est le délégué à la Langue Française et aux Langues de France.

Arrivée au Ministère

Moi au ministère2

Mr Xavier North représente le Ministère de la Culture et de la Communication, mais j’ai été surpris d’apprendre que celui-ci semble avoir comme des « antennes ». Ainsi la Délégation Générale à la Langue Française et aux Langues de France (DGLF pour les intimes) est un bâtiment indépendant à deux pas du Louvre et se situe à 300 ou 400 mètres du siège du Ministère de la Culture. La façade qui donne sur la rue est petite comparée à ce que je m’imaginais. Une personne à l’entrée régule les allées et venues et c’est la classe quand un quidam comme moi annonce qu’il a rendez-vous…! Ce qui est étonnant avec la DGLF, c’est de se dire que sur quelques étages et dans ces bureaux est concentré les dizaines ou la centaine de personnes qui travaillent pour la langue française. On se rend compte combien c’est fragile, combien c’est peu au regard de ce que la langue française peut représenter. J’avoue que ça m’a un peu fait peur de me dire que si peu de personnes agissent et travaillent pour notre langue, d’une certaine façon. Il y a bien sûr l’OIF, mais ce n’est pas spécifique à la France, et l’Académie Française, mais dont la fonction ne touche pas à la politique de la langue. Et cela m’a renvoyé à moi, à nous, à tous ces commentaires que je peux lire dans les journaux, sur la toile, concernant (pêle-mêle) : la soi-disant volonté néo-coloniale d’imposer le français, la supposée volonté d’imposer par la contrainte de nouveaux mots, volonté souvent qualifiée de passéiste et de ringarde et j’ai compris le gouffre entre la réalité et les intentions ou le pouvoir que l’on prête au gouvernement, au pouvoir politique, pressentiment à la base de la rédaction de ce cybercarnet / blogue.

La délégation se répartit sur plusieurs étages avec peut-être une dizaine de bureaux par étage avec des délégués et des chargés de mission se répartissant un peu toutes les tâches et les domaines afférant à la langue française. Pour la petite histoire, j’ai d’abord été reçu par une personne qui m’a parlé (de mémoire) de ma pièce de théâtre et du dossier de subvention que je souhaitais monter. Erreur sur la personne, quiproquo, ce n’était pas moi la bonne personne, mais merci pour la visite du ministère.

Rencontre avec Mr Xavier North

Xavier NorthMr Xavier North, agrégé de lettres et diplômé de l’ENS a beaucoup voyagé (Amérique du Sud, États-Unis, Italie…) et a un riche parcours dans le domaine de la culture : travail aux ambassades de France New-York, Rome et Londres, directeur de la coopération culturelle et du français au Quai d’Orsay, etc…

J’ai d’abord été reçu par Mme Stéphanie Guyard, chef de la Mission de la sensibilisation et du développement des publics. Notre discussion a tourné autour de mon parcours et de ce qui m’a amené à commencer mon cybercarnet avant que Mr Xavier North ne me reçoive dans son bureau. Autour de moi, des bureaux, des étagères de dossiers et de livres concernant les langues (pas seulement la langue française), l’histoire, la culture, de nombreux sujets. J’avais d’autant plus les yeux grand ouverts que pour moi, c’est ICI que ça se passe. J’étais un peu au centre du monde, c’était ma gare de Perpignan (cf Dali). Mr Xavier North m’a exposé le fonctionnement du Ministère, son rôle, j’ai ainsi appris qu’il pouvait intervenir à l’Assemblée, et nous avons échangé notamment sur notre vision de la francophonie, sur l’évolution historique de sa situation, discussion très enrichissante pour moi car elle m’a aidé à mieux conceptualiser certains aspects historiques et « sociologiques ». Sans m’étendre sur toute notre discussion, j’ai été frappé par l’état d’esprit au Ministère, un état d’esprit très loin de ce que l’on peut imaginer mais que j’espérais secrètement y trouver.

Contrairement à ce que l’on peut voir ou lire concernant la défense de la langue française, l’état d’esprit est dynamique, serein et ouvert. Les personnes travaillant au Ministère ne sont pas là pour déplorer ceci ou cela, mais pour mettre en œuvre des projets enthousiasmants, pour rencontrer les auteurs comme moi d’initiatives individuelles (« accompagner (ou rencontrer) la société civile » a-t-il dit, de mémoire). C’est tout à fait l’état d’esprit que j’aime : nous ne sommes pas là pour déplorer certaines choses ou se démoraliser face à des situations (l’hégémonie actuelle de l’anglais), ce n’est pas une concurrence, chose pas toujours facile à accepter, c’est un dépassement de soi-même. Que voulons-nous faire pour notre langue, que peut-on faire de sympa, etc… Et l’on est surpris du nombre de « petites mains » qui s’activent anonymement pour notre langue, du nombre d’initiatives modestes mais pourtant enthousiasmantes qui se montent, que ce soit par des personnes de la délégation ou par des personnes comme moi. Ainsi, Mme Stéphanie Guyard a encadré la mise en place de « dis-moi dix mots », initiative annuelle qui vise à jouer, créer, faire rimer, calligraphier… autour de dix mots de la langue française choisis autour d’un thème. J’ai trouvé cette idée géniale, et n’est pas pu m’empêcher de me dire que décidément, les femmes sont plus concrètes que nous les hommes, chose que je constate dans mon couple tous les jours (mais je n’en dirais pas plus !).

Pour revenir à Mr Xavier North, j’ai été très admiratif de cette qualité qu’il a d’avoir un esprit à la fois positif et bien fait. J’ai vraiment eu l’impression que s’il est responsable de la langue française, alors celle-ci est entre de bonnes mains, dans les mains de quelqu’un qui construit son travail et sa réflexion à partir de bonnes intentions et sur des bases (intellectuelles et morales) solides.

Bilan et impressions

Comme je le disais plus haut, j’ai été frappé par le fait que c’est LA que cela se passe, et que pour résumer, si toutes les personnes qui travaillent là démissionnaient en même temps, il n’y aurait plus vraiment personne pour veiller au niveau de nos représentants à tout ce qui touche à la langue française. Ça donne un peu le vertige. Quand on prend conscience de la fragilité de tout cela, on comprend difficilement l’acharnement que certains ont à voir des intentions autoritaires (ou néocoloniales ou quoi que ce soit d’autre de négatif) dans ceux qui sont chargés de s’occuper de notre langue. J’ai croisé des personnes d’à peu près mon âge, qui n’ont aucun pouvoir occulte d’imposer tel mot français à la place de tel mot franglais, ou de renverser un quelconque gouvernement africain pour imposer notre langue. Non, j’ai rencontré des bonnes volontés, des gens qui œuvrent dans l’anonymat, qui font du travail de fond, qui lisent, rencontrent des personnes, montent des projets. Voir tout ça, c’est un peu se dire que finalement personne ne défend vraiment la langue française dans le gouvernement (de la façon que l’on pense souvent) et cela me renvoie à nous, au fait que si l’on veut cracher sur ces personnes et leur mettre des bâtons dans les roues en dénonçant de mauvaises intentions, cela marchera et que rien ne se passera. J’ai vraiment eu cette impression que le fait que beaucoup de gens prêtent autant de pouvoir au gouvernement et à nos responsables est en décalage total avec la réalité et qu’il ne faut pas attendre de changement de la part d’en haut si nous-même nous moquons de tout ça car ils n’ont pas le pouvoir d’agir contre notre volonté. Ainsi, la majorité des français semble bien souvent acquis à l’idée que l’anglais doit être généralisé, par exemple dans notre système scolaire, que c’est une fatalité : et bien c’est ce qui se passe ! Méfions-nous de nos désirs ! Ou même : prenons-en conscience ! Pour moi, la vraie question n’est pas « le français a-t-il un avenir » (la réponse souvent donnée est : non ») mais « voulons-nous que le français ait un avenir ? » Et là, nous sommes face à notre responsabilité de citoyen, qui, de par ses désirs et les informations dont il dispose, a seul le pouvoir de changer les choses.

Afin de mieux connaître notre Délégué à la Langue Française, voici un entretien qu’il a donné à France Culture et que vous pouvez trouver à ce lien. Il existe d’autres vidéos (une conférence sur les langues notamment, écoutez ci-dessous) de Mr Xavier North disponible sur Dailymotion. Bonne écoute !


X. North, conférence – part 2 par mlf_ecoles

Vous pouvez aussi prendre connaissance d’un entretien qu’il a eu avec Claire Goyer, présidente de l’association DLF Bruxelles-Europe (Défense de la Langue Française).

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