Jean-Luc Mélenchon fait du bien à la francophonie

Quelle surprise ! Après avoir eu l’impression de prêcher un peu dans le désert pendant des années, voilà qu’une bonne partie des idées et arguments défendus sur ce blogue sont repris par Jean-Luc Mélenchon dans une émission grand public : le « On n’est pas couché » du 8 avril. Cela mérite d’y revenir.

Retour sur notre combat

Déjà, notre choix tactique, sur ce blogue, c’est de s’adresser à des convaincus et de leur faire gagner du temps en leur fournissant des arguments, des données, des chiffres et des analyses. On avait aussi choisi de se faire l’écho des bonnes nouvelles, car pendant longtemps, la francophonie était directement synonyme de langue du passé, de colonialisme, de réactionnaire, de trop compliquée, et on ne pouvait rien dire d’autre. La langue anglaise serait-elle indemne de ces défauts ?

Nous nous sommes attachés à déconstruire ces représentations (la langue anglaise est très compliquée dès qu’on a passé les débuts, c’est une langue bourrée d’exceptions ; quant au colonialisme, on sait bien que les Etats-Unis sont un pays qui se sont bâtis sur le génocide d’un peuple et l’exploitation d’un autre ; il ne s’agit pas de les critiquer aujourd’hui pour des fautes passées, mais d’être raisonnables et équitables dans ses jugements). Par ailleurs, nous avons cherché à nous concentrer sur ce qui fonctionne plutôt que de nous laisser dicter les termes du débat par les gens hostiles à l’épanouissement de notre langue, à sa vivacité, à son utilisation.

Nous nous sommes donc fait l’écho du rapport de Pouria Amirshahi, député PS, qui proposait notamment la création d’une grande revue scientifique en français. C’est indispensable. Cela donne un débouché aux travaux universitaires. Pourquoi l’anglais est devenu la langue de la science ? Parce qu’il faut publier dans une revue anglophone pour être reconnus (pour ensuite se faire piller les idées par tous les anglophones de la planète, ou mieux, par des cerveaux français établis aux États-Unis, alimentant ainsi la fuite des cerveaux). Eh bien, qu’à cela ne tienne, créons une revue francophone qui permettent cette reconnaissance qui manque à nos chercheurs ! Arrêtons de courir derrière les anglophones, et de nous laisser dicter des règles du jeu qui organisent notre asphyxie culturelle, financière, économique et scientifique. Inventons des règles pour nous. Retrouvez une synthèse des meilleurs passages et mesures sur notre site, et profitons-en pour remercier Michel qui a parcouru le rapport pour nous.

Jean-Luc Mélenchon prend le relais

Jean-Luc Mélenchon

Jean-Luc Mélenchon

Jean-Luc Mélenchon reprend donc une des mesures phares du rapport Amirshahi, la création d’un ERASMUS francophone : c’est le meilleur moyen de faire vivre la francophonie. Si tout le monde étudie en français dans les pays francophones mais qu’au final les mouvements à l’international se font toujours dans des universités anglophones (y compris en France, que vous le croyez ou non, la réforme Fioraso avait pour ambition de faire rayonner la francophonie en attirant des étudiants « internationaux » (ce qui veut dire anglophones, parce que ceux qui parlent français dans un autre pays que la France ne sont pas internationaux bien sûr!) en permettant des cursus 100% anglophones. Si même les écoles françaises parlent anglais, si on ne permet plus de continuer ses études en français en France, où nos étudiants pourront-ils le faire ! On marche sur la tête. Donc il faut échanger au sein de la francophonie. C’est un peu la même situation que les États-Unis qui devaient forcément passer par l’Angleterre pour pouvoir commercer avec ses voisins (Antilles par exemple). Cela renforçait l’Angleterre qui prenait des droits de douane au passage, mais c’était au détriment des intérêts américains. Eh bien là c’est la même chose, arrêtons de passer par l’anglais pour se parler entre nous.

Jean-Luc Mélenchon parle également d’un basculement que nous évoquions il y a de cela quelques années, à savoir que le français est maintenant davantage parlé en Afrique qu’en Europe (il l’annonce dans le futur immédiat, mais c’est normalement déjà fait depuis 3 / 5 ans je crois). On ne nous croit pas tant que ce n’est pas dit « à la télé » ; eh bien maintenant c’est fait, personne n’a sourcillé lors de l’émission. Bon, soyons justes, d’autres personnalités politiques en ont parlé, François Hollande, Marine Le Pen, pour parler de ceux que j’ai entendu avec certitude.

Elargir l’Académie et autres mesures

dictionnaire académieAutre mesure qui nous est chère, et qui a été reprise du Rapport Amirshahi précédemment cité, c’est de faire évoluer l’académie française, de la dépasser, en la faisant devenir une académie francophone. Quel est l’intérêt ? Il est évident, celui d’intégrer tous les peuples et écrivains francophones, et pas seulement les Français, dans l’élaboration et la création associée à notre langue. Il faut accepter que si l’on veut que notre langue serve en dehors de la France (ce qui est déjà le cas), que cette langue ne nous appartient pas uniquement. Si on n’accompagne pas ce mouvement, cette réalité qui est déjà là, cela se fera d’une autre façon. Et c’est bien l’honneur d’un homme politique que de savoir accompagner la réalité.

« Par exemple, on pourrait imaginer que l’Académie Française cesse d’être française et devienne une Académie Francophone. »

M. Mélenchon propose également de favoriser l’échange pour l’enseignement professionnel. Il met dans la balance le fait qu’il existe de nombreuses places non pourvues, que l’on pourrait offrir à des étudiants francophones, en échange de places dans les écoles dans leurs pays. J’aime bien sa conclusion lorsqu’il souligne que cela permettrait à nos jeunes étudiants de « commencer à faire humanité avec ceux qui parlent la même langue qu’eux ».

Retrouvez son intervention en vous rendant directement à la minute 43 :

La langue française rebaptisée ?

Je note au passage une idée intéressante, et à ma connaissance inédite, au détour d’un argument :

 » (…) et il va se passer une chose extraordinaire, c’est que la langue française, j’aimerais mieux si on pouvait l’appeler autrement, ça m’arrangerait, la langue commune, je sais pas, va être le 3e groupe de locuteurs dans le monde (…) »

Idée très très intéressante. Pourquoi ? Si on dit « langue française », on sous-entend la langue parlée en France. Certes, la langue est originaire de France, mais elle a essaimé partout, notamment en Afrique. Donc, si on veut que tout le monde puisse se l’approprier sans qu’il y ait une forme de verticalité, avec des locuteurs supérieurs, et d’autres inférieurs, avec une norme centrale, et le reste considéré comme une norme déformée (comme les patois), il faudra bien reconnaître cette diversité dans l’appellation. M. Mélenchon ouvre donc un champ de réflexion très intéressant, que j’aimerais bien voir aboutir. J’avais bien pensé au « francophone », ce qui fait moins centralisé que « français », mais toujours un peu. Langue commune pourrait faire un peu « hors sol », mais au final pas tant que ça dans la mesure où on le dit en français, pardon, en langue commune. A réfléchir.

Comme le dit Jean-Luc Mélenchon sur ses vidéos, si vous aimez nos articles et nos analyses, n’hésitez pas à le noter avec 5 étoiles pour permettre à notre site d’être mieux référencé…!

Pour aller plus loin

Amirshahi

Pouria Amirshahi

Si vous voulez approfondir votre réflexion ou puiser de nouvelles idées, notre site vous propose plusieurs synthèses : celles du rapport de Pouria Amirshahi, comme indiqué plus haut, les notes de lecture du rapport de Jacques Attali sur la francophonie (merci encore à Michel pour son travail de Titan). J’avais également mis en ligne mes notes sur la journée d’étude sur les 20 ans de la Loi Toubon ; je vous propose notamment de (re-)lire les Remarques et Commentaires (qui contiennent plusieurs pistes). Pour se cultiver, retrouvez mes notes de lecture sur le livre d’Yves Montenay en collaboration avec Damien Soupart : La langue française, une arme d’équilibre dans la Mondialisation. Ces notes sont plus générales et permettent d’enrichir ses connaissances sur l’histoire de la langue française, sa géographie, sa situation actuelle. Encore mieux : vous pouvez vous procurer cet ouvrage, source fertile de réflexions. Enfin, sur le site de l’OIF, un rapport qui sera dorénavant mis en ligne tous les 4 ans (avant c’était 2 ans) fait l’état des lieux de la langue française, pays par pays, et par domaines (culture, projets…). Le dernier date de 2014. Logiquement donc, le suivant arrivera l’année prochaine, ce sera l’heure des bilans, puisqu’on estimait à 274 millions le nombre de personnes utilisant le français au quotidien en 2014 dans les pays francophones, après le chiffre de 220 millions en 2012 (sur des critères plus stricts)

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2 commentaires

  1. Cette locution « Académie française », à mon sens, doit rester une locution insécable.
    Je pense que pour Jean-Luc Mélenchon, dans son esprit, l’Académie française est en fait, telle qu’elle est aujourd’hui, une académie de France.
    C’est cela qu’il veut modifier, sans doute pour des raisons idéologiques. Il confond la France avec ce qui est français.
    Il propose Académie Francophone. L’adjectif francophone renvoie à quelque chose de technique, de linguistique, de géopolitique (voir l’OIF). Cet adjectif ne recouvre pas toute la réalité vécue par tous ceux qui parlent le français.
    On parle bien de l’esprit français ; parler de l’esprit francophone serait réducteur.
    De même l’Alliance Française qui contribue concrètement à l’expansion du français dans le monde, ne s’appelle pas Alliance francophone parce que le public qui fréquente cette institution, en cherchant à apprendre la langue française, vient chercher quelque chose de plus, qui, précisément, est français, et pas seulement francophone.
    Le Baiser profond en anglais se dit French kiss. On ne dit pas French-speaking kiss. Puisque, en le pratiquant, on ne peut pas parler.
    Paradoxalement les francophones ont un langage non verbal qui est distinct de ceux qui ne sont pas francophones. Ce qui prouve bien que l’extension du signifié francophone est incluse dans celle du signifié français.

  2. Bonsoir. Je n’ai rien à ajouter, ni encore moins à contester du commentaire de Michel; j’apprécie l’humour et, à propos du langage non verbal ça me fait penser justement à l’avancement prononcé des lèvres, de la bouche du francophone lors de la prononciation de certaines voyelles (bouche, peau, brute,son)je crois que ça contribue à la sensualité du français. Quant à Mélenchon, j’ai été destinataire d’une annexe remarquable de son programme pour la francophonie. Ce travail a été accompli par Bernard Cassen que j’ai connu étudiant à Vincennes en 1970 ! je peux le faire parvenir à qui me le demande.Il faut le faire parvenir à Macron et plutôt à ses conseillers ! jean-didier.boye@laposte.net

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