La francophonie au XXIIème siècle

[Article publié initialement sur le forum dans la catégorie Géopolitique et Francophonie le 3 Février 2013]

Le couple Chine Afrique est le véritable avenir de la francophonie.

Nous partons d’une hypothèse francophone basse. Le français n’est plus parlé en France à la fin du XXIe siècle. Il est en effet remplacé soit par l’anglais, soit par une ou plusieurs autres langues pouvant apparaître sur la scène linguistique. En tout état de cause, dans ces conditions extrêmes, le français, hors du sol de France, accéderait néanmoins de plein droit au statut de langue ancienne, avec le prestige lié à cette nouvelle situation.
Le Français deviendrait alors une langue enseignée dans les universités, ou dans ce qui en tiendra lieu ; ces universités seront étrangères, chinoises en particulier. Ce phénomène sera similaire à celui qu’a connu le grec ancien au XXème siécle. On enseigne en effet le latin, le grec, dans les grandes universités européennes, américaines, et il est facile de voir qu’il y a plus de spécialistes du grec ancien dans les universités d’Europe occidentale et d’Amérique que dans toute la Grèce réunie.
Si les Français se désintéressent de leur langue, et si le français de France devient une langue morte en France, hypothèse basse donc, le français va demeurer une langue ancienne prestigieuse dans les lieux de savoir des autres aires culturelles.

Avec une exception de taille : l’Afrique. L’Afrique, dans sa partie francophone au sens large, en partenariat avec la Chine, sera désormais le lieu de la francophonie vivante.
Le centre de gravité de la pratique du français comme langue vivante, et non plus comme langue ancienne, se déplacera alors en Afrique. En 2100, l’Afrique sera industrialisée partiellement et devrait avoir accédé à la démocratie, tout comme la Chine. Cette Afrique industrialisée sera en partie sinisée, mondialisée, moins exploitée par des pays étrangers à ce continent, et francophonisée en totalité dans l’aire géographique des pays africains francophones d’aujourd’hui, c’est-à-dire, grosso modo, au nord d’une ligne qui joindrait l’Angola à Djibouti. Il faut faire une exception avec le Nigéria, autre géant démographique, mais anglophone cette fois.
Il est possible d’envisager pour ce processus un parallèle avec l’Angleterre de la fin du XXe siècle. L’Angleterre, en tant qu’État, avec sa langue existe toujours, mais les États-Unis d’Amérique sont tout de même l’endroit où les productions artistiques et intellectuelles d’expression anglophone sont dominantes dans le monde entier.
Il y aura alors peut-être une émigration des derniers francophones de France, de certains de nos petits-enfants en fait, qui voudront garder le contact avec leur langue d’origine ; une émigration donc vers l’Afrique à partir d’une France dépossédée de sa langue et sans doute anglicisée. Si on poursuit sur plusieurs décennies la courbe actuelle représentative de la démission de nos élites par rapport aux technocrates de Bruxelles, acharnés à favoriser la prédominance de l’anglais, le français ne serait plus parlé que dans les campagnes reculées, toujours rétives à la mondialisation.

Considérons maintenant l’équation « explosion démographique de l’Afrique » et « dynamisme économique de la Chine » :
La France, actuellement, compte 60 millions d’habitants, et peut-être en 2100, 80 millions ; l’Afrique, quant à elle, dans sa partie francophone seule, approchera le milliard avant la fin de ce siècle, la transition démographique n’étant pas achevée avant 2060.
La Chine et les États-Unis sont en rivalité pour l’exploitation des ressources naturelles de l’Afrique. On peut affirmer pour le moins, et s’il n’y a pas de guerre entre les deux puissances, que les Chinois, sans forcément évincer les Américains , exerceront avec eux un condominium de fait sur le continent africain. Nous serons alors en présence d’un couple constitué d’une vaste aire démographique d’un côté, et de la première puissance industrielle mondiale de l’autre. En termes linguistiques, les Chinois qui se présenteront en quelque sorte comme des visiteurs, auront beaucoup de mal à imposer le mandarin standard aux Africains, puisque ceux-ci utilisent déjà le français comme langue véhiculaire qui fait office de point de passage avec leurs propres langues vernaculaires. L’adjonction d’une troisième langue, le mandarin standard, variante officielle du chinois en République populaire de Chine, à la suite de la langue maternelle et du français, compliquerait les choses. Cette hypothèse, selon laquelle il y aura davantage de Chinois qui apprendront le français que d’Africains qui apprendront le mandarin standard, est construite sans doute à partir de l’observation des contraintes géopolitiques. Mais cette même hypothèse peut être vue en même temps comme une proposition à suivre par les hommes politiques de l’époque afin de les inviter à infléchir le cours des choses en ce sens.
Dans cette optique, le français continuera à conserver son rôle mondial et ce, bien au-delà de la résistance linguistique du Québec, de la situation dans les pays limitrophes de la France comme la Belgique et la Suisse, et de la pratique de la langue française par nombre d’élites cultivées du monde entier.
Le moteur de la vitalité et de la croissance de la francophonie, autrement dit la pérennité de la langue française renouvelée à travers les siècles, dépendra du couple Chine Afrique. Les Africains seront alors les premiers à contribuer à l’expansion de la francophonie. En participant au développement de l’Afrique, les Chinois contribueront de facto au maintien du français comme langue d’importance mondiale.
Déplacer géographiquement l’espoir d’une francophonie vivante et en expansion, c’est constater que le français sera parlé de plus en plus comme langue maternelle par plus d’un milliard d’individus, donc dans une proportion bien plus grande par rapport à la population mondiale que celle d’aujourd’hui. Le français pourra alors développer, dans sa littérature, et dans d’autres productions dont on a peine à imaginer les formes en ce début de XXIème siécle, et continuer à faire croître ce que les encyclopédistes du XVIIIe siècle appelaient l’esprit français.

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Michel
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