La parisienne et le paysan du Mali

Article initialement publié sur le forum de la voix francophone dans la rubrique Géopolitique et Francophonie du 26/02/2013.

Ces réflexions sur la dualité linguistique (viewtopic.php?f=3&t=131) m’amènent à partager avec vous ce constat selon lequel il y a une opposition interne entre l’universalité voulue de la francophonie et le côté élitiste de l’usage que font certains de la langue française. Le français a un côté manifeste de distinction. Et c’est une des deux causes principales de son développement, à côté de celle de la démographie. Il ne s’agit pas d’un développement simplement produit par l’accroissement de la population, mais d’un français qui s’étend parce qu’il est choisi et non subi. Pour faire court, c’est toute la différence entre les émules étrangères de la parisienne et le paysan du Mali.

La shanghaïenne cultivée, épouse d’un milliardaire chinois (un tycoon en globish), veut posséder quelque chose en plus que n’ont pas les épouses des autres milliardaires chinois ; elle parle donc le français. Elle aura certes appris notre langue d’abord en Chine, mais elle aura eu l’occasion d’en polir la pratique avec les vendeuses de l’avenue Montaigne ou de la rue du Faubourg Saint Honoré.

Les enfants des prep schools et autres boarding schools huppées de la Nouvelle Angleterre ne vont pas parfaire leur français au Québec, malgré la proximité géographique, mais à Paris, et, de préférence dans les beaux quartiers. Que nos camarades canadiens francophones ne m’en veuillent pas de rapporter ce signe de dédain manifeste qui correspond malheureusement à la réalité.

Il y a donc deux types de francophonie, une francophonie de territoire, et une francophonie de distinction. Pour ce qui est du premier type, les gens naissent dans un territoire où on parle déjà le français : en Afrique en particulier, le français est une langue qui permet de faire le pont entre les différentes langues vernaculaires, et le français voit augmenter le nombre de ses locuteurs par le jeu de la démographie. Pour ce qui est du deuxième type, on peut prendre l’exemple des Américains, et en particulier, exemple entre mille, celui de John Kerry, actuel Secrétaire d’Etat, qui parle français comme vous et moi. Beaucoup d’Américains des classes favorisées parlent le français plutôt que l’espagnol, même si le nombre d’hispanisants augmente par ailleurs, à cause de la croissance des hispanophones. Le français et l’espagnol sont tous deux des langues de culture, mais le français, en tout cas tel qu’il est perçu aux États-Unis, est à la fois une langue de culture et aussi une langue de distinction. C’est également le cas au Japon où les Japonais (disons plutôt les Japonaises) apprennent cette langue. L’étude du français s’accroît au Japon, non pas parce que les Japonais sont nés dans un environnement francophone, mais parce que, le niveau de richesse augmentant, les Japonais des classes supérieurs éprouvent de plus en plus le besoin de se distinguer de leurs concitoyens qui ne parlent qu’une seule langue étrangère (c’est à dire l’anglais) et non deux, (c’est à dire le français et l’anglais).

Michel
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