La traduction simultanée: utopie aujourd’hui, réalité demain?

[Cet article en réponse à Jean-Marc, a été initialement publié sur le forum dans la rubrique Géopolitique et Francophonie le 9 Mai 2013]

Oui, la traduction automatique des conversations est en marche, en particulier dans les téléphones portables. Je parle à mon interlocuteur dans le téléphone et lui reçoit une voix robotique qui traduit mes paroles. Le procédé n’est pas encore tout à fait au point selon certains mais devrait être complètement fonctionnel d’ici peu de temps. Par comparaison, les applications de dictée vocale qui traduisent des paroles en texte rivalisent aujourd’hui avec les dactylographes professionnels. Ces logiciels font déjà des accords grammaticaux ou en tout cas proposent des alternatives (achevé, achevée, achevés ou achevées par exemple).

Il en sera de même bientôt pour les applications de traduction.
Actuellement le Galaxy S4 propose une application de traduction instantanée voix-texte et inversement qui fonctionne pour les courriels, les SMS et la messagerie de dialogue en ligne (chat). De même pour l’iPhone 5.
En ce qui concerne les styles de traduction, le locuteur aura le choix entre plusieurs traductions stockées sur serveur distant. C’est ce qui se passe actuellement avec l’iPhone 5 partiellement ; puisque la personne qui dicte son texte n’a pas à apprendre aux processeurs sa façon de parler : la plupart des variations d’accent sont déjà listés sur les ordinateurs de la marque. Naturellement, dans le cas d’une conversation dans la vraie vie, lorsqu’on se trouve en situation de parler à un étranger qui se trouve en face de soi, le téléphone intelligent (smartphone, ou ordiphone selon France Terme ), restera la médiation incontournable encore pour un temps, avant la possible installation de puces électroniques sous-cutanées.
Je pense même que les logiciels de traduction ne se limiteront pas aux langues étrangères. Ils pourront même s’adapter au niveau de langue que tout un chacun pratique dans la vie tous les jours. On pourra alors, lorsque nous vient une idée d’article, la dicter rapidement sur un téléphone, l’application se chargeant de réécrire en langage soutenu, ce qu’on a voulu exprimer de façon spontanée. Du logiciel traducteur on passera au logiciel éditeur.
Le risque de babélisation et de repli sur soi me semble à cet égard faible.
Certes, d’un côté il y a repli puisque on n’a plus besoin d’apprendre les langues étrangères, mais de l’autre il y a ouverture parce que, précisément, on peut se perfectionner en langue étrangère, en particulier pour les francophones qui maîtrisent mal la langue française et qui pourront se faire corriger dans le feu de l’action.
Les hommes pourront alors se perfectionner quotidiennement dans plusieurs langues à la fois dans une seule et même journée. Nous aurons alors de parfaits polyglottes qui pourront s’affranchir partiellement ou totalement de ces machines linguistiques. On changera alors de langue au cours de la journée, comme on peut changer de montre : une pour faire du sport, une pour le bureau, une pour sortir le soir. Par ailleurs, le mélange des langues pourra être pratiqué plus aisément de façon à rendre sa pensée plus subtile, dans le cas où la réflexion doit s’appuyer sur des univers mentaux et culturels différents. C’est ce qui s’est passé jusque dans les années 50 lorsque les textes savants étaient truffés de citations latines ou grecques qui souvent n’étaient même pas traduites. Aujourd’hui elles sont non seulement traduites, sans forcément le texte original en vis-à-vis, mais la démagogie ambiante pousse même les rédacteurs à transcrire les caractères grecs en caractères latins.
Bien entendu pour le cas particulier des mots anglais introduits dans un discours français, un usage trop abusif mènerait à une substitution progressive du français par l’anglais. Il n’y a en effet aucune commune mesure entre l’usage de ci de là du mot combinazione dans un texte consacré à la politique italienne et du surusage de mots techniques anglais dans un mode d’emploi informatique. Mais ce problème a déjà été abordé dans ce forum. Ici .
Chacun sera alors un petit Charles Quint, qui parlait en allemand à son cheval, en français aux hommes, en italien aux femmes et en espagnol à Dieu. Et Charles Quint n’avait pas d’iPhone.
Je rejoins donc Jean-Marc quand il dit que « les deux phénomènes ne sont pas incompatibles et peuvent être concomitants. »
Dans ces conditions, la francophonie devrait avoir de beaux jours devant elle, car, avec le développement de l’éducation et la croissance des compétences linguistiques de chaque habitant de cette planète, les hommes utiliseront de plus en plus de mots, de citations, ou même de textes entiers en langue française à chaque fois que l’usage partiel ou total de l’univers francophone témoignera d’une originalité intraduisible, typique de ce qu’on appelle l' »esprit français », dans les autres langues. Encore faut-il que cet esprit français perdure à travers le futur et qu’en conséquence, les Français continuent à faire preuve de leur éclatante originalité dans de nombreux domaines. Ce ne sera pas forcément l’apanage des élites françaises de France mais certainement celui des francophones du monde (en y incluant les Français hors de France).

Michel
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