La transition linguistique

[Article publié originellement sur le Forum dans la catégorie Débats et Réflexions le 4 Juin 2013]

Nous vivons une époque de mutation : on parle de transition démographique achevée (exemple : Europe), en passe d’être achevée (exemple : Maroc), pas encore commencée (exemple : Afrique sub-saharienne). D’autres parlent aussi du grand remplacement. Vient le moment de parler de la transition linguistique.
La transition linguistique, en ce qui concerne la francophonie, ne tuera pas forcément celle-ci ; mais il faut considérer que le phénomène existe, de façon évidente, pour des fragments de la population francophone.
Au premier chef pour les Français expatriés.
Si l’on prend l’exemple des couples de Français installés de façon durable en Amérique du Nord ou du Sud (hors Québec et Antilles), la langue française est certes toujours pratiquée à la maison ; mais la transition linguistique se fait au niveau des enfants. Échapper à la transition linguistique pour les Français établis sur le continent américain, est un luxe d’universitaires, de fonctionnaires internationaux, de commerciaux de haut vol qui peuvent se permettre de faire des va-et-vient avec la métropole. Leurs enfants choisissent : certains retourneront en France, généralement pour préparer des grandes écoles (qui leur permettront, à leur tour, d’exercer éventuellement leur talent à l’étranger de façon occasionnelle ou durable), d’autres préféreront les grandes universités américaines. À la base, ces jeunes issus de l’immigration française en Amérique constituent le public habituel des lycées français. Mais pour la grande majorité, ceux dont les parents n’ont pas un métier à cheval sur les deux rives de l’Atlantique, la transition linguistique sera de règle.
Si ce raisonnement ne peut que s’appliquer dans une moindre mesure à l’Europe, et pas du tout à l’Afrique (pour l’instant), il est tout à fait adéquat pour les Français expatriés dans les pays asiatiques.
Pourra-t-il un jour s’appliquer à la France même ? On peut imaginer que les élites urbaines anglicisées iront de temps en temps, accompagnés de leur progéniture imparfaitement francophone, dans leur résidence secondaire, afin de s’y ressourcer ; cette même résidence sera située dans la campagne restée francophone.

Michel
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