TOUTE L’ACTUALITE 2115 DE LA FRANCOPHONIE EN UN SEUL CLIC !

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Anglais: n. m. et adj. ; langue parlée par plus de 2,4 milliards de personnes (données au 27 mars 2115 à 17h30), principalement dans la partie américaine des États Unis Trans-Atlantique (É.U.T.A.), en Australie (la plus grande île terrestre) et au Royaume-Uni (région insulaire de l’ouest de l’Europe). L’anglais est la langue qui, dans l’ histoire de l’humanité, fut la plus répandue au monde. A son apogée, vers l’an 2060, on estime que plus de la moitié de la population terrestre parlait ou comprenait assez bien cette langue. Cette propagation à l’échelle de la planète-mère s’expliquerait, d’après l’historien congolais Jean-Baptiste M’ Bongo, par plusieurs facteurs :

  • Une expansion coloniale britannique menée à partir du XVII ième sur tous les continents, avec installation massive de colons et priorité donnée au commerce.

  • Des génocides massifs de populations entières (tribus indiennes dans les anciens «États Unis d’Amérique», aborigènes en Australie, peuples africains, …) concomitants à ces colonisations. Dans La guerre des langues sur Terre aux XX et XXI ième Siècle, M’Bongo explique: «…Toutes les langues coloniales furent génocidaires..Ce fut le cas pour le français aux Antilles, l’espagnol en Amérique latine…mais l’anglais fut, et de loin, la plus génocidaire, tant en nombre de personnes tuées que de peuples ou civilisations exterminés…

    Quand ces peuples survivaient, leur civilisation fut réduite à néant ou disparut, intégrée dans le mode de vie des vainqueurs (indiens aux États Unis, et dans une moindre mesure, aborigènes en Australie)… Dès lors, le regard rétrospectif de l’historien sur cette période est pour le moins ambivalent : fascination de la puissance linguistique de l’anglais mais aussi incompréhension de l’attitude des hommes de cette époque. Comment des pays entiers, qui pour beaucoup avaient subi le joug colonial britannique, ont-ils pu accepter la domination écrasante de cette langue dans de nombreux domaines ou pire, l’ont même. encouragée? N’était-ce pas valider tous ces massacres et accepter implicitement que la langue la plus génocidaire du monde terrestre soit «récompensée»?…

  • La suprématie (l’hyper puissance) économique, technique, culturelle et militaire des États Unis d’Amérique, sans concurrence pendant des décennies et qui imposa une mondialisation anglo-saxonne.

  • Des moyens considérables et puissants de la diffusion de la culture anglo-saxonne, sans contre-poids des autres «puissances» (Europe, Chine jusque vers 2050). «Globalization is ours», pouvait fièrement proclamer tout citoyen américain et que l’on pourrait traduire par : la mondialisation , c’est nous qui la faisons à notre manière.

  • Un total asservissement culturel des élites de la plupart des nations, surtout européennes, à la puissance américaine, bientôt imité par une partie des populations mondiales. Le pouvoir attractif des riches universités américaines ainsi que celle de groupes de réflexion (think tanks en anglais) implantés en Europe et largement subventionnés par le Département Américain, permit d’une part de diffuser parmi l’intelligentsia les idées anglo-saxonnes, vite relayées par les médias et d’autre part, d’imposer peu à peu l’anglais comme langue commune parmi les décideurs.

  • Une politique de diffusion de l’anglais méthodiquement menée sur tous les fronts : dénigrement des autres langues (en particulier le français), chantage économique au Maghreb, éviction de la langue officielle après des génocides (Vietnam, Rwanda), imposition exclusive de l’anglais dans de nombreuses conférences internationales,…

L’invention de la traimique ( TRAduction Instantanée par Micropuce Incorporée au Cerveau, TRAIMIC, que l’on orthographie de plus en plus «traimique») devait sonner le glas de cette domination linguistique. La nécessité d’utiliser l’anglais comme langue-pivot dans les domaines commerciaux, scientifiques ou économiques, diminua considérablement dès 2070 mais resta encore prépondérante pendant quelques décennies. Aujourd’hui, on peut affirmer que l’anglais fut la dernière (mais la plus puissante) lingua frinca de l’humanité. Nombreux sont les nostalgiques de cette ancienne suprématie linguistique mais les progrès considérables et constants de la traimique rendent illusoire tout retour à cette situation.

«La roue de l’Histoire tourne, implacable et indifférente aux tourments humains. Les anciennes suprématies résistent certes, peuvent parfois freiner le mouvement mais, épuisées par leurs efforts de Sisyphe, finissent par s’écrouler, sans espoir de se relever…» (M’ Bongo)

Avenir de la Langue Française (A.L.F.) : Association créée à la fin du XX ième siècle et qui avait pour buts de défendre et promouvoir le français. Bien que son action fut relativement discrète, elle obtint quelques francs succès: inscription dans la Constitution française de la phrase:la langue de la République est le français, reconnaissance de la francophonie, combats pour imposer un affichage essentiellement francophone, promotion du multilinguisme.

Constituée principalement de notables, son action demeura longtemps largement méconnue du grand public. En 2035, la création annoncée des É.U.T.A. la fit connaître du grand public, grâce à une intense campagne médiatique. Son slogan: Les É.U.T.A, c’est la mort du français ! eut un grand retentissement et provoqua une profonde interrogation dans le peuple français. Fallait-il, au nom de la rentabilité économique et pour contrer la puissance chinoise, se rallier définitivement aux États Unis d’Amérique et adopter leur langue ? Sa lutte pour garder le français comme langue de la République ne fut pas vain, même si on imposa l’apprentissage de l’anglais dès la maternelle et que les É.U.T.A virent le jour en 2042.

Aujourd’hui, de nombreuses associations de promotion du français se revendiquent héritières de l’esprit de l’A.L.F. Parmi elles, le N. É..F. (Nouvel Élan Francophone) combat pour un enseignement unilingue en français. Ses arguments ne manquent pas d’être convaincants : anglais peu ou mal maîtrisé par les petits Français (et leurs parents) malgré un «bain» linguistique précoce, maîtrise de moins en moins assurée du français – la plupart des pédagogues, y voyant une relation de cause à effet – ; sentiment d’infériorité développé dans la population francophone vis à vis des Anglo-saxons ; temps d’apprentissage retiré aux autres matières, notamment en arts ; diffusion et perfectionnement constant de la traimique, économiquement plus rentable que le coût éducatif de l’anglais.

La pertinence de ces arguments rencontre un écho favorable dans les derniers sondages ; en 2115, environ 86% des Français jugent l’apprentissage précoce de l’anglais comme «inutile de nos jours» ou «préjudiciables aux autres matières». Une réforme vers un retour au français comme langue unique d’enseignement semble inéluctable dans la prochaine décennie….

Eurovision: Mot féminin formé à partir des mots Europe et Télévision. Émission de télévision axée sur la variété et très populaire en Europe entre la fin du XX ième siècle et les années 2030. Rappelons que la télévision est l’ancêtre de notre holovision; la réception des émissions nécessitait l’emploi de téléviseurs (voir ce mot à l’article éponyme) et les images n’étaient diffusées qu ‘en deux dimensions.

A l’origine, l’Eurovision devait célébrer la diversité linguistique de l’Europe en proposant au vote des Européens des chansons interprétées dans les différentes langues nationales. Elle se déroulait une fois l’an, en mai. Cependant, dès le début du XXI ième siècle, la plupart des candidats chantait en anglais. Il est vrai que la musique anglo-saxonne était omniprésente dans les médias du Vieux Continent depuis plusieurs décennies et que cette accoutumance aux sonorités de la langue de Shakespeare handicapait lourdement les autres langues, moins diffusées. Une règle non écrite mais implicite semblait régner : ou vous chantez en anglais et vous avez une chance de gagner; ou vous chantez dans une autre langue et là, vos chances sont quasiment nulles… Cette règle, d’abord suivie par les pays nordiques, fut ensuite «adoptée» par les autres pays, à l’exception notable de certains pays latins comme la France ou l’Italie.

« Engluée dans sa fascination du tout-anglais, l’Europe offrait au reste du monde, à l’occasion de cette manifestation, le reflet de son assujettissement culturel aux Etats Unis » (Antoine Tananamé dans Les relations Europe-EtatsUnis au cours du XXI ième siècle)

Outre cette anglicisation massive, plusieurs autres facteurs expliqueront le désintérêt croissant de cette compétition auprès du public. Déjà en 2015, un chercheur allemand, Ernst Gluckman, qui étudiait l’Eurovision depuis plusieurs année, affirmait : « Dans ce concours, l’artiste compte pour 5%. Les 95% restants dépendent d’autres critères qui n’ont rien à voir avec la musique. » Le géographe Jean-François Gleyze, après avoir épluché les résultats entre 1993 et 2008, renchérissait : « Les votants privilégient les candidats des pays voisins ou ceux qui ont des accointances culturelles avec eux. A ce jeu, trois groupes de pays se retrouvent avec une solide base électorale: le bloc viking avec les pays scandinaves et l’Estonie, le bloc balkanique avec les états de l’ex-Yougoslavie et de la Turquie et enfin un bloc d’Europe orientale constitué de la Grèce, Chypre, l’Ukraine,la Russie,la Roumanie,.. » Effectivement, l’analyse des pays vainqueurs de l’Eurovision entre 2004 et 2044 montrait qu’ils provenaient pratiquement tous d’un de ces blocs…

Au milieu de ces zones d’influence, la France se retrouvait bien isolée, soutenue uniquement par les Suisses, les Belges votant plutôt pour les Pays-Bas.

Las d’être le principal bailleur de fonds d’un concours qui l’excluait de fait, l’Hexagone se retira de l’Eurovision en 2023, tout en assurant toutefois sa diffusion sur une chaîne publique. D’autres pays latins suivirent peu à peu le mouvement. En 2037, faute d’audience et de partenaires financiers conséquents, la compétition s’arrêta.

Aujourd’hui, Vox Latina lui a succédé dans les pays de l’Europe du Sud, avec le succès que l’on sait. Le North European Grand Song Contest rassemble lui, mais de moins en moins semble-t-il, les peuples du Nord de l’Europe.

Une réédition de l’Eurovision, fidèle à l’esprit européen du début, est régulièrement évoquée mais sa concrétisation paraît peu probable à court ou moyen terme…

Français : nom masculin et adjectif. Actuellement, le français est parlé par 1,7 milliards de personnes (chiffres du 27/03/2115, 17 h). Selon Claire Martin, linguiste spécialisée dans l’histoire des langues à l’Université Diouf II de Kinshasa, « Le français a connu une évolution totalement inattendue depuis 400 ans. Langue de l’élite européenne au XVIII jusqu’au milieu du XX ième siècle, son déclin s’amorça dès la fin de la seconde Guerre Mondiale (1939-1945) vis à vis de l’usage de l’anglais. » Les raisons furent multiples (voir l’article « anglais »)

« Vers 2010, explique Claire Martin, son sort paraissait scellé. Langue du passé pour beaucoup, l’anglais devait logiquement lui succéder et s’imposer tout naturellement…Pourtant, des forces invisibles pour les contemporains de l’époque étaient déjà à l’œuvre, qui allaient bientôt redonner à cette langue une nouvelle vigueur. »

Peu de monde en effet dans les années 2010-2020 avait remarqué que le nombre de francophones avait pratiquement triplé en 30 ans, passant de 120 millions d’individus en 1987 à presque 360 millions en 2018. En 2050, environ 600 millions de francophones étaient comptabilisés. Encore faut-il préciser que cette estimation n’englobait que les personnes sachant lire et écrire le français pour une utilisation quotidienne. En étaient donc exclues les nombreuses personnes qui le maîtrisaient à l’oral mais non à l’écrit.

A partir des années 2030, le centre de gravité du français bascula définitivement en Afrique. La croissance économique et démographique des pays francophones ainsi que les progrès de la scolarisation apportèrent à cette langue un important renouveau : diffusion mondiale facilitée, introduction de termes innovants, création d’académies comme la renommée ALFY (Académie de la Langue Française de Yaoundé)…

Comme le souligne Claire Martin, « Tel le phoenix qui renaquit de ses cendres, le français connut et connaît encore une véritable renaissance. Exprimée en termes de psychologie, on peut parler de résilience linguistique tant les conditions de départ lui furent défavorables…. »

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3 commentaires

  1. Torsade de Pointes /

    D’abord, je suis heureux de vous savoir de retour. J’avais craint un moment que vous n’ayez définitivement éteint la lumière (il est vrai qu’il y a de quoi parfois se décourager).

    Concernant la francophonie en Afrique, puisque vous évoquez le sujet dans votre encyclopédie intergallactique, je viens de lire ceci d’Éric Ersenna :

    « Enfin, je voudrais, à propos de la francophonie, rétablir la vérité et aller contre un optimisme récurrent et malhonnête. Il faut ne pas être sorti de l’hôtel Teranga ou du Sofitel local pour croire qu’on parle encore français en Afrique. En effet, l’apprentissage du français est lié à l’enseignement et, quand l’enseignement s’effondre, c’est le français qui s’effondre. Au Sénégal, dès qu’on s’éloigne de la Place de l’Indépendance, il faut avoir une oreille fine et beaucoup d’imagination pour entendre parler français. Les langues locales ont repris un pouvoir énorme et le français comme langue d’unification s’est complètement effondré. Dire que grâce à l’Afrique, on aura, sans rien faire, 250 millions de locuteurs français à la fin du siècle est absolument malhonnête. Il faudrait pour cela relancer l’enseignement. Dans l’enseignement primaire les professeurs sont trop peu nombreux, mal et irrégulièrement payés. Au niveau du collège et du lycée la situation est un peu meilleure. À l’université c’est une catastrophe. Les étudiants qui ont les meilleurs résultats viennent en général de familles riches. En raison des réductions constantes des bourses offertes aux meilleurs étudiants étrangers, les étudiants africains ne viennent plus en France mais dans les pays de langue anglaise. Les rapports qui se succèdent sur le glorieux avenir de la francophonie sont donc au mieux des vœux pieux, au pire des mensonges. »

    Fin de citation.

    Que faut-il en penser ? Le constat est-il exact ? Les chiffres faramineux sur le nombre de francophones qu’on nous balance régulièrement à la figure (1 milliard à l’horizon 2050 etc.) me laissent évidemment sceptique. (D’ailleurs, une croissance démographique d’une telle ampleur, que lesdits chiffres impliquent logiquement, n’est aucunement souhaitable.) Mais de là à dire que le français cesserait d’exister dès qu’on s’éloigne de plus de 500 m de l’hôtel, voilà qui me paraît tout aussi faux, en tous cas contraire aux informations que j’ai pu glâner çà et là. Et surtout, je m’interroge sur les véritables positions d’Éric Orsenna, et sur ses véritables desseins. Récemment, j’ai vu figurer son nom parmi les signataires de quelque manifeste ultra-européiste, dont vous m’excuserez de n’avoir pas gardé les références. Or, on le sait aujourd’hui, on ne peut à la fois défendre le français et prôner l’unification européenne ; ces deux objectifs sont incompatibles, voire contradictoires.

    Le texte d’Éric Orsenna est ici : http://www.fondation-res-publica.org/Intervention-de-M-Erik-Orsenna_a882.html

  2. jean-Marc /

    Bonjour,
    Merci pour votre commentaire. Beaucoup de questions sont soulevées, je vais essayer d’y répondre dans l’ordre.
    – Je ne suis nullement découragé dans le combat pour la francophonie. Mais, il faut du temps pour écrire un article et trouver le thème qui vous inspire. A côté de cela, la vie de famille et mon métier occupent naturellement une grande partie de mes journées.
    – Je connaissais l’article d’Orsenna par l’intermédiaire du blogue d’ALF (Avenir de la Langue Française). Je suis d’accord avec ce qu’il écrit sur certains points : le wolof tend à gagner du terrain au Sénégal mais devons-nous nous en inquiéter ? D’une part, c’est depuis longtemps la langue maternelle de nombreux Sénégalais, la situation n’est pas nouvelle ! D’autre part, il est normal que les Africains se réapproprient leurs propres langues : la francophonie ne doit pas être cause de nouveaux génocides linguistiques. Nous avons un peu le même problème en France avec nos langues régionales. C’est un vieux débat sur ce forum et les avis sont partagés. Pour ma part, je ne vois pas de menaces à faire coexister langue régionale/langue africaine et français…
    – Il est donc normal d’entendre parler wolof ou une autre langue africaine dans la capitale du Sénégal. Mais, si vous demandez votre chemin en français, vous trouverez assez facilement quelqu’un pour vous renseigner puisqu’on continue d’enseigner la langue de Molière dans les collèges et lycées. Orsenna est comme beaucoup d’intellectuels français : ils se désespèrent depuis des années du niveau de maîtrise du français dans certains pays francophones, notamment à l’écrit. Ils ont comme référence leur propre scolarité et les codes qui s’appliquaient à leur époque à une certaine élite. Aujourd’hui, la diffusion en masse du français impose de revoir ces critères. Peu importe si certains francophones maîtrisent mal l’imparfait du subjonctif ou écrivent des « bijous » comme je l’ai vu au Maroc. A nous d’adapter la langue et une langue est d’ abord faite pour communiquer oralement. Ne décourageons pas les gens d’apprendre le français et excusons certaines erreurs (pour nous!)
    – La situation est autre apparemment dans les universités mais cela concerne bien moins de monde et seuls les plus aisés – donc une faible minorité- peuvent étudier dans les pays anglophones. Et à nous d’encourager la venue d’étudiants francophones !
    – Le français garde encore une place privilégiée ; ce n’est pas une langue étrangère comme l’anglais car on l’utilise dans les médias, il fait donc partie de la vie courante des Sénégalais urbains. Orsenna a raison d’insister sur l’importance de son enseignement . C’est le seul moyen d’assurer sa pérennité. Un Erasmus francophone renforcerait encore sa présence dans les pays francophones. Il y a donc des solutions mais les hommes politiques français ne sont pas conscients de la situation, à part semble-t-il, les dirigeants du Front National ! Le fait que des initiatives privées, comme l’intérêt des groupes de médias français pour l’Afrique, se multiplient, va peut-être secouer tout ce monde !
    – Le wolof peut-il supplanter le français comme langue unitaire ? C’est une possibilité mais qu’en pensent les Sénégalais eux-mêmes,surtout ceux qui parlent une langue africaine minoritaire ? Encore une fois,le français pourrait malgré tout se maintenir si les échanges entre francophones étaient encouragés…
    – Les estimations sur le nombre de francophones sont relatives. Un milliard de francophones pour 2050 me paraît exagéré mais pourquoi pas ? Cela dépend de la définition d’un « francophone » L’OIF prévoit plutôt environ 650 millions de « vrais » francophones » (qui maîtrisent l’écrit en gros) à condition que l’enseignement se développe mais si on ajoute ceux qui le maîtrisent surtout oralement… L’important dans ces estimations est de casser des préjugés : oui, le français a un avenir, il est de plus en plus parlé et sa croissance ces dernières années est l’une des plus fortes ; non, nous ne sommes plus insignifiants numériquement parlant et il n’y a pas de fatalité ou de destin écrit d’avance qui donnerait une situation monopolistique de l’anglais sur la planète.
    – Votre dernière phrase sur l’Europe m’interpelle car je pense écrire mon prochain article justement sur la situation des langues dans les institutions européennes. Quand vous aurez la possibilité de compléter mes propos, surtout n’hésitez pas !

    • Ajoutons qu’Erik Orsenna se limite surtout à la situation du Sénégal, l’un des pays francophones d’Afrique subsaharienne qui a déjà une langue majoritaire. Cela est donc un frein évident à la généralisation du français dans la vie courante. Mais ce n’est pas la situation des autres pays du golfe de Guinée : Côte d’Ivoire, Togo, Bénin, Guinée, Cameroun et Gabon dont la situation linguistique a favorisé l’utilisation du français. Le français y est largement utilisé dans la rue, et même à la maison dans les villes côtières d’après Yves Montenay (voir les articles que je publie en ce moment) : Abidjan, Cotonou, Brazzaville, Pointe-Noire… Je ne vis pas en Afrique mais il serait intéressant d’avoir des commentaires de personnes y vivant ou qui y ont vécu pour corroborer ces informations.
      La diffusion plus poussée du français repose sur deux facteurs : le fait que les langues, y compris le wolof, sont, à l’échelle du bloc continu des pays francophones en Afrique subsaharienne, des langues minoritaires. Le français garde donc son intérêt même dans des pays avec des grandes langues. Deuxième condition sur laquelle de nombreux commentateurs insistent : le nécessaire progrès de la scolarisation et je rajouterais, pour le niveau universitaire, le besoin d’échanges inter-régionaux. Mais les progrès de la scolarisation se feront aussi s’il y a un besoin de français comme langue d’interface avec l’extérieur, et donc si les échanges universitaires et commerciaux progressent. Le constat est donc nuancé selon les régions d’Afrique et la situation reste fragile dans certains endroits.

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