L’anglomanie des élites courtisanes

[Article publié originellement dans la rubrique Revue de Presse du Forum le 4 Février 2013]

Olivier Magny, dans un article sur Atlantico , intitulé Paris est-elle vraiment la capitale de l’arrogance et de l’hostilité, montre les raisons qui ont contribué à faire de Paris la « capitale du conformisme et de la bien-pensance ».
Je cite :
« Les pouvoirs qui demeurent en France sont en effet tous concentrés à Paris. Mais ils relèvent principalement d’une gestion territoriale : le pouvoir financier réel est à Londres et à New York, le pouvoir politique à Bruxelles, etc. Le lustre lié aux postes de pouvoir parisiens s’étiole lorsque l’on comprend que le pouvoir n’est plus à Paris. Les postes proposés sont donc des postes de gestion, pas de pouvoir. Cela draine une certaine population, qui est certes plus « éduquée », mais qui est également une population qui accepte cet état de fait. Paris n’est plus une ville de contestation politique ou culturelle; elle est au contraire devenue une capitale du conformisme et de la bien-pensance. »
Les Français ont perdu également le pouvoir militaire, puisque l’armée française est intégrée à l’OTAN. Ils ont perdu aussi le pouvoir économique qui se trouve, pour l’Europe, à Berlin, puis pour le reste du monde, à New York, à Shanghai, et bientôt à New Delhi ou Rio. Et comme Olivier Magny l’a indiqué, ils ont perdu le pouvoir financier, déplacé à Francfort, à Londres, à New York, ainsi que le pouvoir politique, lui-même transporté à Bruxelles. Il leur reste évidemment le pouvoir symbolique, qui fait de la France encore aujourd’hui une superpuissance culturelle.
Je me risque ici à faire une comparaison avec la France de 1660.
Les Grands du Royaume sont les Français et Louis XIV correspond aux élites mondialisées, surtout anglosaxonnes.
Les Français, depuis la fin du XXe siècle, se trouvent dans la position des Grands du royaume, juste après la Fronde et avant l’avènement du règne personnel de Louis XIV. Les Grands du royaume se sont transformés en courtisans. L’élite française est devenue une élite courtisane. Elle n’a plus besoin de former en quantité des cadres pour la nation, puisque les décideurs sont recrutés dans d’autres pays. Les résultats sont en baisse, selon le classement dit de Shanghai, mais la France d’en haut fait toujours des pieds et des mains pour envoyer ses rejetons dans les meilleures universités américaines.
Cette attitude courtisane explique bien l’anglomanie qui est devenue quasiment universelle au sein de nos élites. Les élites courtisanes vivent toujours dans l’ombre de Versailles ; elles appartenaient elles-mêmes à la Grande Nation, comme disaient les Allemands, mais avaient perdu leur pouvoir de décision, d’essence féodale.

Michel
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