L’assimilation linguistique

(Article publié sur lefrançaisenpartage le 19-11-2012)

Si l’on met des personnes de langues différentes à vivre ensemble, il y aura une forte propension à l’homogénéisation de la langue en commun, c’est ce que l’histoire nous enseigne. La question que l’on peut se poser, c’est de savoir quels facteurs provoquent le mouvement vers une langue plutôt qu’une autre ? La réponse n’est pas forcément binaire puisqu’il a existé tout au long de l’histoire des phénomènes de créolisation.

Assimilation et créolisation : exemples avant la Renaissance

En France, les Gaulois ont appris le latin, lui même influencé par le grec de par l’occupation romaine. Les Francs qui ont ensuite pris la relève des Romains se sont assimilés eux-mêmes à cet ensemble et la langue de l’ensemble des personnes tend à s’homogénéiser au bout d’une période. C’est ainsi que dans ce cas, les Francs ont laissé leur langue germanique de côté même s’ils ont apporté du vocabulaire dans ce qui est devenu le français, dont le nom vient de la peuplade des Francs mais qui est en réalité plutôt un rejeton du latin avec un soupçon de lexique germanique.

Autre exemple : quand les Vikings sont arrivés pour piller la France et ses monastères au IXe siècle, notamment le long de la Seine jusqu’à Paris, le roi de France Charles le Simple leur a accordé le comté de Rouen (Haute-Normandie actuelle) en 911, en échange de quoi leur souverain, Rollon, devenait un vassal du roi, ses vikings (devenus Normands) défendaient la Seine (l’entrée de Paris) et la Normandie contre les pillages et ils se convertissaient au christianisme. Les Normands se sont donc installés. 155 ans plus tard, Guillaume Le Conquérant réclame le trône d’Angleterre et l’obtient (victoire de Hasting) ; quelle langue parlent ces conquérants descendants de Rollon et de ses hommes ? Une langue scandinave ? Non, le « normand » si l’on peut dire, variété dialectale du français. C’est que les envahisseurs se sont fait assimilés, du fait de leur infériorité numérique pour une part et du fait de leur mélange avec la population autochtone.

Les nouveaux souverains d’Angleterre imposent donc leur langue à leurs vassaux. Il faut dire que ces souverains ont des possessions continentales, la Normandie, qui est l’un des duchés les plus prospères de France, si ce n’est d’Europe. Cela affecte durablement la langue « anglaise » : l’élite dirigeante, les Normands, parlent entre eux le français normand et gardent des attaches en Normandie. A tel point que le fameux roi anglais Richard Coeur de Lion ne parlait pas anglais mais français ; il n’a d’ailleurs passé que quelques mois en Angleterre en tout, partagé entre ses territoires continentaux : Aquitaine, Poitou, Normandie…

La conséquence de cela à l’époque, c’est que le français influençait l’anglais et non l’inverse puisque l’élite normande n’avait pas besoin d’apprendre la langue de ses sujets, la réciproque n’étant pas valable. Je n’ai pas fait de recherche suffisamment approfondie pour que j’en sois certain, mais il me semble qu’aucun historien ne conteste le fait que le basculement se fait lorsque les anglo-normands perdent progressivement leurs territoires en France : leurs sujets vivent tous en Angleterre ! Cas pittoresque de l’histoire ! Ils doivent donc apprendre la langue de leurs sujets, l’anglais, sauf qu’après plusieurs centaines d’années, cette langue a bien changé : c’est maintenant un mélange de syntaxe et grammaire anglaise et de lexique (vocabulaire) franco-normand. A tel point que certains considèrent que l’anglais est un français mal prononcé. C’est là l’exemple typique d’un créole : une langue qui subit l’influence d’une autre commence par subir un changement au niveau de son vocabulaire et en tout dernier de sa grammaire et syntaxe. Ainsi le haïtien, ou le « kréyol » sont des langues à vocabulaire d’origine française mais qui ont gardé les structures de langues africaines.

Bilan des facteurs favorisant l’assimilation linguistique

Je prends ces exemples pour montrer différents modèles d’évolution des langues sous l’influence d’autres langues.

A partir de ces exemples (on pourrait en prendre d’autres), on peut en déduire certains modèles d’explication :

– les Romains qui se sont installés en Gaule (France) l’ont occupée (1) ainsi que d’autres territoires autour de la méditerranée, tout en gardant un lien avec un territoire (grosso modo l’Italie) et sa langue (le Latin) et une norme (2) ; ils ont imposé une organisation de société (armée, commerce, institutions) (3).

– les Francs qui se sont installés en Gaule l’ont occupée (1) tout en gardant leur territoire de base au début du moins (2) mais ils se sont assimilés à la communauté existante (conversion au christianisme, conservation d’institutions (monastères), référence au modèle romain : ainsi encore au Moyen-Age concernant les empereurs du Saint Empire Romain Germanique). L’église a joué un rôle majeur dans la transmission de la culture latine. Les deux langues ont fusionné : la syntaxe, la grammaire et la plupart des mots sont restés romains mais il y a eu un apport de lexique germanique.

– Les Normands installés en Normandie l’ont occupée (1) mais ont dû devenir vassaux du roi de France tout en se convertissant. Ils ont donc perdu leur attache avec leur patrie (2). Ils ont certes organisé leur territoire à leur idée (administration) (3) mais leur nombre était largement inférieur à celui de leurs vassaux. Ils ont adopté la langue de leurs vassaux (le franco-normand ou normano-picard pour les spécialistes) et on peine à retrouver des traces de leur apport linguistique. Facteur très défavorable à l’imposition du « viking » également : le fait que les territoires adjacents à la Normandie étaient de langue française et en lien régulier avec la Normandie (contrairement aux Romains dont le territoire formait une continuité).

– Les Normands qui ont envahi l’Angleterre (parlant français) l’ont occupée (1) tout en gardant leur territoire en France (Normandie puis davantage grâce aux mariages (Aliénor d’Aquitaine). La perte de leurs territoires français a mis un terme à l’usage du français par les élites de l’Angleterre (probablement fin du XIVe siècle) car ceux-ci n’avaient plus de lien avec le « territoire-patrie de leur langue ». (2) Du vocabulaire français est entré continuellement en anglais durant toute cette période jusqu’au XIVe siècle modifiant durablement la langue anglaise à tel point que c’est une langue germanique à part, car largement latinisée, contrairement à l’allemand par exemple.

On voit donc certains facteurs très importants se dessiner lorsque deux langues sont en contact. Voici succinctement une liste de certains facteurs sur l’impact positif d’une langue :

  Effet
La langue est celle de l’occupant ++
Le territoire occupé est dans la continuité du territoire de départ ++
L’occupant impose ses institutions, sa religion ++
  Effet
L’occupant est en infériorité numérique face à ses vassaux
L’occupant s’est assimilé (conversion, garde les institutions pré-existantes)
Le territoire occupé n’est pas dans la continuité ou est loin de celui de départ

Assimilation : exemples de la colonisation

Qu’est-ce qui fait que les Anglais qui ont colonisé l’Irlande au Moyen-Age se sont assimilés tandis que ceux qui sont venus vers après 1600 ou 1700 ne l’ont pas été ?

 

Lors de l’établissement de forts et de colonies au Canada, le Roi de France avait pour projet de faire des personnes vivant dans les territoires contrôlés des vassaux et des sujets. Malgré toute la bonne volonté, il a dû se rendre à l’évidence, les colons français avaient une nette tendance à devenir des « sauvages » et à perdre leur langue ou leurs attaches avec la communauté française, rendant le contrôle de la colonie et du commerce un brin difficile ! Il y avait beaucoup trop de mariages entre Français et Amérindiens et beaucoup de Français adoptaient le mode de vie des Amérindiens plutôt que l’inverse.

Les Anglais ont pu constater la même chose en Irlande : leurs sujets qui allaient s’y établir se fondaient dans la communauté irlandaise et s’assimilaient.

Certaines mesures et lois ont donc été passées : ainsi les Anglo-normands s’installant en Irlande avaient l’interdiction de se marier avec des Irlandais, ainsi les terres agricoles étaient-elles confisquées pour en faire des « plantations » (des colonies fermières).

Au Canada, du côté français, on a décidé d’interdire également les mariages interculturels et on a fait venir des femmes de France, les « filles du Roy »; en effet, le Canada n’était pas vraiment une colonie de peuplement jusque-là et ceux qui s’établissaient au Canada étaient en général des hommes. En leur donnant une femme française, le Roi a ainsi permis la naissance d’une communauté française distincte au Canada, une communauté qui garde sa langue, sa religion et ses coutumes.

On pourrait multiplier les exemples : l’apartheid en Afrique du Sud a permis au groupe blanc de conserver sa singularité et son mode de vie sans peur d’être dilué, assimilé. La forté cohésion du groupe juif (règlementation stricte des mariages avec des non-juifs, la religion commune) a assuré la survie de la communauté sur des siècles malgré l’absence de patrie où ils étaient souverains. Le peuplement des États-Unis a également suivi ce modèle : les blancs (les européens) restaient entre eux et bâtissaient une société distincte de celle des amérindiens qu’ils repoussaient toujours plus loin au fur et à mesure que leur communauté grossissait.

Il faut donc bien se rendre compte d’une chose : une communauté ne garde sa spécificité et sa langue que dans la mesure où elle ne s’intègre pas à une communauté existante mais qu’elle fonde sa propre communauté. Ainsi en Irlande ou au Canada, la « survie » d’une communauté anglaise ou française « hors sol » ne passe que par l’établissement d’une communauté distincte de celle pré-existante (Irlandais, Amérindiens) et qui ne se mélange pas. Le cas échéant, on assistera à des phénomènes d’assimilation ou de créolisation si les arrivants sont suffisamment structurés, puissants et / ou nombreux

Assimilation : l’exemple de l’immigration aux États-Unis

Pourquoi, malgré l’apport linguistique de populations d’un peu partout en Europe, l’anglais s’est-il imposé aux États-Unis ? L’espagnol a-t-il une chance de s’y établir de façon permanente vu l’apport migratoire énorme ?

Depuis le Moyen-Age, d’autres facteurs se sont ajoutés à ceux évoqués plus haut. Ainsi, je citerais trois changements majeurs : 1) la mise en place des États-nations avec la naissance du sentiment patriotique et la centralisation que cela implique, 2) la généralisation de l’enseignement obligatoire et 3) l’avènement des médias de masse.

L’usage d’une langue dépend de ses occasions d’utilisation. Ainsi, il existe plusieurs « couches » d’un millefeuilles linguistique.

– I) la langue parlée à la maison

– II) la langue parlée dans la communauté (si des personnes vivent au milieu d’autres personnes parlant la même langue ou pas, phénomène des « ghettos », des Little China, Little Italy…): langue de la famille, des amis, des voisins.

– III) la langue de l’école

– IV) la langue utilisée au travail

– V) la langue utilisée dans les médias

– VI) dans les institutions autres que l’école

Plus il y a de strates linguistiques réunies en faveur d’une langue, plus celle-ci a de chances de survivre. Inversement, une langue s’impose d’autant plus à ses immigrants qu’elle réunit de conditions en partant de la VI et en remontant vers la I). Chaque strate est une occasion, voire une incitation supplémentaire à parler la langue dominante. Ainsi aux États-Unis, la langue des institutions et de l’école est l’anglais, mais c’est aussi la langue des médias, le plus souvent la langue du travail. Les langues « apportées » ne survivent que lorsqu’une communauté reste soudée, ainsi pour certains habitants de Pennsylvanie qui parlent encore allemand de par la cohésion de leur société, ainsi pour les quartiers ethniques : little Italy, little China qui permettent (un temps) à ses habitants de conserver leur langue maternelle dans le cadre de leur vie de voisinage notamment. Ceci dit, la scolarisation, l’arrivée de nouveaux voisins de langue différente et les médias font que l’assimilation aura, à mon avis, inéluctablement lieu.

Un cas à part est celui des hispaniques dans les sud des États-Unis : l’importance de l’immigration, la continuité territoriale avec le Mexique, la disponibilité de médias hispanophones font que les nouveaux arrivants mettent plus de temps à s’assimiler car ils en ont moins besoin. Le président Obama a d’ailleurs donné récemment un entretien à un journal états-unien hispanophone. Cependant, l’avenir de l’espagnol aux États-Unis ne pourra être assuré que si (d’après ce que j’ai dit auparavant) des écoles en langue espagnole existent, ce qui n’est pas le cas actuellement je crois.

Assurer le développement d’une communauté linguistique : l’Irlande.

Si l’on prend le problème à l’envers, pour assurer la survie d’une communauté linguistique, il faut que celle-ci ait un maximum de « strates linguistiques » disponibles.

Le fait qu’un pays ait une langue officielle ne dit rien de son utilisation par ses citoyens ou de sa situation. Ainsi le gaélique est langue officielle en Irlande mais est très peu parlé, le français n’est pas langue officielle en Algérie mais est très largement parlé.

Notons cependant des exemples de politique linguistique qui ont réussi : la création de l’état d’Israël s’est accompagné de la naissance d’un Hébreu version moderne. Cette utilisation a sans doute été facilitée par le fait que les nouveaux arrivants juifs parlaient de nombreuses langues différentes et avaient besoin d’une langue en commun. Ainsi la nécessité a rejoint le but politico-linguistique.

J’avais déjà fait un article sur l’exemple du Pays de Galles et de ses résultats encourageants sur le front linguistique. Je connais mal l’exemple de la Bretagne et des écoles Diwan mais il existe des initiatives analogues en Irlande. Voici quelques exemples et enseignements que l’on peut en tirer. Tout d’abord, j’ai pu constaté en tant qu’élève que tous les petits irlandais avaient des cours à l’école élémentaire de gaélique (irlandais). En effet, tous les instituteurs doivent maîtriser le gaélique (je ne sais pas si c’est vraiment le cas). Le gaélique est un cours obligatoire jusqu’à l’équivalent du bac.

En soi, cela ne suffit pas : si l’on appliquait la même chose en France avec le latin, cela ne ferait pas forcément de nous des utilisateurs du Latin au quotidien. Cependant, cela fait d’une grande majorité d’Irlandais des locuteurs passifs du gaélique : autrement dit, ils comprennent dans une certaine mesure le gaélique sans forcément le parler.

Si l’on voulait inverser la tendance, il faudrait ainsi permettre au « millefeuille linguistique » de grandir. L’un des gros problèmes notamment, c’est que l’irlandais est largement utilisé dans les campagnes (l’anglais s’est d’abord répandu par les villes et par le haut de la société puisque le pouvoir s’est imposé par le haut) et que lorsque les locuteurs gaélophones quittent leur territoire pour chercher du travail ailleurs, ils doivent s’intégrer dans un groupe anglophone (sauf peut-être à Galway). A l’inverse, si des locuteurs uniquement anglophones arrivent dans un territoire gaélophone (gaeltacht), il ne leur est pas forcément nécessaire de parler gaélique, ce qui fait que les occasions de parler anglais se multiplient au sein des territoires gaélophones et que ce sont les locuteurs gaéliques qui s’assimilent.

Face à l’échec de la politique de gaélisation (l’irlandais n’a cessé de reculer depuis l’indépendance), le gouvernement a donc pris d’autres mesures : il a créé des écoles d’immersion (strate III), comme les écoles Diwan, afin que tous les cours soient en gaélique (maths, histoire…). Le gaélique devient donc un médium d’enseignement et non plus seulement un objet d’enseignement. Certains petits Irlandais deviennent donc locuteurs actifs et passifs, bilingues pour certains.

Pour que le nombre de locuteurs gaélophones croissent, il faut que la communauté qui utilise encore cette langue croisse et qu’on lui donne les moyens de vivre dans cette langue. Il ne faut donc pas « perdre » les locuteurs actuels du fait qu’ils déménagent dans un environnement anglophone et il faut favoriser l’intégration de nouveaux locuteurs dans la communauté.

Ce qu’il faut donc, c’est agir sur les 6 strates linguistiques :

I) A la maison

Cas 1) la langue parlée à la maison est le gaélique : c’est bien. Cas 2) Les deux parents sont anglophones : les enfants parleront anglais à la maison mais pourront devenir des locuteurs gaéliques grâce à l’école. Cas 3) L’un des parents est de langue maternelle gaélique : pour que les enfants aient une chance de parler gaélique à la maison, il faut que le deuxième parent au moins comprenne le gaélique ou que l’enfant parle en gaélique avec le parent de langue maternelle.

II) Dans la communauté, quartier

Des mesures ont été prises pour permettre l’établissement de quartiers gaéliques au sein de Dublin notamment : ainsi les nouveaux arrivants peuvent-ils garder leur langue au sein de leur voisinage, sans être obligés de s’assimiler à un environnement anglophone. Il faut permettre la réunion des personnes de langue gaélique et faire en sorte que ceux qui arrivent dans ces quartiers ou dans les gaeltacht (région de langue d’usage gaélique) aient au moins une connaissance sommaire. On sait très bien par l’exemple du Québec que lorsque 5 francophones et un anglophone sont réunis et que l’anglophone ne maîtrise pas le français, tout le monde parle anglais car les francophones maîtrisent tous l’anglais. Il est donc impératif que tous les irlandais aient au moins une certaine maîtrise du gaélique pour leur permettre de s’intégrer dans un environnement gaélophone sans imposer l’anglais.

III) A l’école

Cela rejoint le point II). Il s’agit de développer le nombre d’enfants bilingues en favorisant les écoles d’immersion : les enfants apprendront de toute façon l’anglais de par l’environnement (médias) et de par son enseignement en langue étrangère.

IV) Le monde du travail

L’une des clés pour que le gaélique soit utilisée est son usage au travail. Non pas de forcer les anglophones à parler gaélique au travail, ni d’être obligatoire au travail, mais de permettre à ceux qui parlent gaélique de ne pas avoir à parler anglais au travail pour ne pas perdre des locuteurs de gaélique. Il y a une grande réflexion à faire là-dessus, qui pourraient trouver matière à inspiration dans l’exemple québecois qui accorde des « certificats de francisation » aux entreprises qui permettent à leurs employés de travailler en français. Celles qui ne le peuvent pas doivent suivre un programme pour le permettre à terme. Il s’agit donc de ne pas faire entrer le loup dans la bergerie : les entreprises et commerces où l’on parle en gaélique doivent pouvoir continuer à le faire et on doit leur permettre le recrutement de locuteurs gaéliques ou assurer leur formation afin que le gaélique s’insère dans le monde de l’entreprise. (Ça, c’est du long terme!)

V) Les médias

Il est utopiste de penser que toutes les musiques et les chaînes doivent être en gaélique. Encore une fois, il faut sortir de l’idée qui consiste à penser que l’on va contraindre les gens à parler gaélique. C’est impossible s’ils ne le veulent pas et si c’est trop difficile. La philosophie qui sous-tend cet effort de gaélisation consiste à préserver et faire grossir la communauté gaélophone plutôt que d’agir par la contrainte. Par conséquent, il s’agit de permettre à ceux qui parlent déjà gaélique d’avoir

accès à des médias, journaux, dans leurs langues, un peu dans l’esprit d’un service public, afin de leur permettre d’assouvir leurs besoins d’information dans leur langue, sans avoir à chercher dans une autre langue. Il faut donner les moyens de vivre son quotidien en gaélique pour que les gens n’aillent pas chercher dans une autre langue ce qu’ils ont besoin. D’où l’importance d’avoir un journal d’information, d’avoir des films doublés en gaélique, etc…

VI) Affichage

Un important effort a été fait pour que tous les panneaux soient bilingues anglais / gaélique. Il faudrait poursuivre cet effort sur d’autres domaines : noms des magasins, affichage en vitrine par exemple. Ou au moins dans un certain nombre d’entreprises ayant un « certificat de gaélicisation ». Il faut également que dans leur vie quotidienne, les locuteurs de gaélique puissent avoir accès aux services publics dans leur langue (le tout dans le but de rendre la maîtrise de l’anglais superflue dans la vie quotidienne). La police (guardai) doit ainsi (normalement, mais dans les faits, difficilement) maîtriser le gaélique. Ce qui serait dommage, c’est que les policiers maîtrisant la gaélique soient envoyés dans un endroit anglophone et que des policiers ne le maîtrisant pas soient envoyés dans les gaeltachts. Il ne faut pas éparpiller les locuteurs du gaélique mais au contraire les réunir et faire grossir cette communauté en leur permettant de vivre leur vie dans leur langue. Ainsi d’autres personnes s’agrégeront à cette communauté ou tout du moins observera-t-on des mariages mixtes qui déboucheront sur le fait que l’enfant utilisera d’abord le gaélique, ce qui serait une réussite.

Il faudrait rajouter un autre aspect, mais qui est prématuré dans le cas de l’Irlande puisque la majorité des Irlandais ne maîtrise pas le gaélique, aspect indispensable, c’est de scolariser les nouveaux arrivants dans des écoles d’immersion. Il faudrait pour cela que la communauté gaélophone (de langue maternelle) atteigne une taille critique ; 25 à 30% par exemple pour que cela ait du sens. Actuellement, on peut estimer que c’est un objectif non prioritaire.

La politique de francisation au Québec s’est appuyée sur l’ensemble de ces facteurs avec succès : elle a permis aux francophones de parler français au travail, de faire s’envoler la connaissance du français chez les anglophones du Canada (condition pour que les enfants issus d’un mariage mixte puisse parler français à la maison et favorise cette langue une fois adulte), il a imposé un environnement francophone : panneaux routiers, affichage en magasin, tout un ensemble de mesures qui mises bout à bout ont favorisé la possibilité d’utiliser le français au Québec. Ainsi les Québecois francophones ne s’assimilent plus à la communauté anglophone (c’est l’inverse qui se passe) car ils se sont donnés les conditions qui leur permettent de vivre en français. Il s’agit pour eux de ne pas perdre les avancées qu’ils ont obtenu et d’assimiler les nouveaux arrivants en les scolarisant dans des écoles francophones, sinon ces néo-québecois s’intégreront à la communauté anglophone. Tout cela demande une volonté populaire forte et une vigilance certaine. Concernant le cas irlandais, l’avantage est que le peuple irlandais est souverain et peut donc décider pour lui sans en référer à la Grande-Bretagne comme avant l’indépendance.

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