Le rap français

(Publié sur lefrançaisenpartage le 25-04-2011)

Sans être un expert sur le rap, je veux montrer dans cet article l’importance que le rap a eu et son apport à la culture française. Si le rap nous vient des États-Unis, c’est la production française qui m’intéresse, son rapport à la langue et à la culture française. J’ajoute que je ne suis pas du tout un pratiquant du rap, ce n’est pas « ma famille », même si j’ai pu en écouter un peu (I AM et MC Solaar il y a plus de 10 ans maintenant, le reste je l’ai découvert par des amis). Je ne suis donc pas là pour polémiquer sur ce sujet qui s’y prête mais pour le regarder par le prisme des thématiques de ce blog : langue / linguistique, culture et francophonie. 

 

Introduction au rap

 

Tout d’abord, le rap, c’est une musique clairement urbaine : elle raconte la ville, elle la représente, elle parle du quartier, de la cité, des problèmes de tous les jours. Le rap a longtemps été regardé avec suspicion : il faut dire que le plus connu des premiers groupes français, NTM, alimentait les passions de par son nom (Nique Ta Mère), de par ses thématiques : la drogue (passe le oinj’), et ses « Nique la Police ». Malgré cette bonne dose de violence verbale,  (ou grâce à elle) il y a une énergie dans ce qui se fait, et c’est sans doute cela qui a plu. Le rap décris-t-il la violence de la société ou la véhicule-t-il en lui-même, c’est souvent sujet à polémique. Cela dépend sans doute des groupes et des artistes.

 

Thématiques du rap

 

En observant les groupes de rap, leurs thématiques et leurs noms, je ne peux m’empêcher d’être frappé par un phénomène : beaucoup de groupes de rap semblent prendre plaisir à incarner le refoulé de la société qu’ils racontent.: violence  homophobie, défiance de l’autorité. Cela a sans doute été une des manières de se faire connaître à bon compte en tout cas. Aux États-Unis, les premiers groupes parlaient de leur quartier mais affichaient aussi beaucoup la fascination de l’argent, des femmes, c’est le bling bling, les « chaînes en or qui brillent, pas de pacotille » (I AM), les bitch (prononcé be-ach en France), la haine de la police. Quant aux noms des groupes, si quelques uns font assez sages : I AM, Stomy Bugsy, Fonky Family, Ridan, d’autres affichent la couleur : NTM, Assasin, Sniper, La Fouine, Sexion d’Assaut. Les paroles ont été dans la provocation au départ  de l’histoire du rap, par certains groupes immatures ou irresponsables. Mais aussi, la parole explose : tantôt vulgaire, tantôt agressive, mais aussi parfois poétique dans sa volonté de raconter un quotidien pas toujours facile ; un mélange détonnant qui n’a pas laissé indifférent certains membres de la classe politique, d’où certaines affaires. On peut parfois se demander dans quelle mesure il n’y a pas une volonté de provoquer « la figure du père » et de trasngresser les valeurs de la société : autorité, société ordonnée, culture du mérite et valorisation de l’école. Souvent le rap essaie de mettre du discours et du sens dans les endroits et sur les sujets dont on ne parle pas. Ainsi NTM parle du quotidien du quartier, de la drogue, de la violence, I AM joue aux grands frères, certains parlent des rapports avec la police, avec le racisme, avec leurs parents, le monde du travail. C’est sans doute parce que le rap représente un peu ce côte sulfureux que l’on a du mal à y classer MC Solaar, rappeur en bonne et du forme, mais chez qui on cherchera vainement une parole plus agressive qu’une autre. A ce titre, il restera assez inclassable, à la fois abonné des première places des ventes mais considéré comme à part par le monde du rap.

Aspect linguistique du rap

Au niveau de la langue, on peut dire que c’est là que le rap détonne : déjà le rap est un travail sur la musicalité de la langue. On rappe un texte, c’est-à-dire qu’on le chante d’une certaine façon qui le rend intrigant sur la forme, comme la poésie (travail sur les sonorités, sur les champs sémantiques) ; d’un autre côté le lexique montre une langue vivante, qui s’invente bien souvent. Ainsi dans les années 90, on a assisté à l’utilisation du verlan dans les textes (verlan = « l’envers », manière de dire les mots en commençant par les derniers sons ou syllabes et en remontant vers la première. Mère = reum, fuck = keuf (policier), merde = deumer…). Outre cela , on doit noter l’utilisation de nombreux mots de l’arabe (du Maghreb), de langues africaines, d’argot, d’anglais selon les auteurs et la sensibilité. A ce titre, le rap donne à voir un autre aspect du refoulé de la société (pour le meilleur et pour le pire) dans les thématiques abordées, on voit aussi les minorités que l’on ne voit pas (à la télé, dans les médias), qui sont sous-représentées et qui deviennent inversement sur-représentées dans le rap, comme pour compenser. Il faut donc parler de contre-culture.

Le rap évolue ; il n’y avait que quelques artistes au départ, puis est arrivé le ministère AMER et toute une ribambelle de rappeurs à leur suite. Aujourd’hui, on en trouve un peu pour tous les goûts : rap féminin, rap conscient (j’ai pris connaissance de ce genre dans la wikipedia), rap rangé… Aujourd’hui, le rap est, commercialement parlant, l’un des premiers (ou le premier) genres musicaux en termes de vente d’artistes d’expression française et la deuxième scène du hip hop après celle des États-Unis. Je me devais donc d’y consacrer un article même si je comprends difficilement les raisons du succès de ce genre.

Quelques clips sélectionnés pour se faire une idée :

 

Voici donc quelques extraits que j’ai essayé de choisir de façon représentative, même si le rap est un courant très vaste. Ce n’est pas une musique très festive, c’est plus une musique pour dire et raconter, mais je vais essayer de vous rendre le voyage au pays du rap (relativement) agréable.

 

MC Solaar

Tout d’abord, l’un des premiers rappeurs, un grand calme habitué des disques d’or, MC Solaar dont j’aimais beaucoup le titre Caroline :

Il a écrit d’autres chansons très sympa dont Nouveau Western (sur un sample de Gainsbourg), Qui sème le vent récolte le tempo, plus tard, il a également commis quelques réussites commerciales (trop pour certains) comme Les temps changent,  Clic clic (ambiance tropicale…).

NTM, le rap côté Paris

Dans un tout autre style, il faut citer NTM, groupe (malheureusement) incontournable dans le monde du rap : textes crus, hostilité affichée et revendiquée à la police, dégaine de « bad boy ». Je leur reconnais un souffle, leurs concerts sont des déchaînements d’énergie, c’est à ce titre qu’ils figurent dans cet article, car pour le reste, je trouve ça « laid ». Parmi leurs incontournables, on peut citer Passe le oinj’, (tout un programme), Ma Benz (métaphore très subtile…). On peut citer aussi leurs tentatives de paraître sages (difficile pour eux!), en endossant le rôle des grands frères du quartier : Laisse pas traîner ton fils, Pose ton gun. NTM reste cependant la référence du rap français, en tant que quasi fondateurs du genre en France.

I AM, le rap côté Marseille

 

Si on devait garder un groupe du lot, je choisirais sans doute I AM. Plus sages que leurs confrères parisiens de NTM, nos marseillais abordent des thèmes sensibles de façon plus responsable et introspective ; l’irresponsabilité est parfois le sésame du succès commercial, les I AM ont su éviter ce piège avec un certain talent et leurs textes peuvent être (la plupart du temps) écoutés par des ados et par des adultes, chacun y trouvera son compte entre travail sur les textes, réflexion et regard se voulant à la fois moral et lucide sur la société (moral n’est pas un gros mot dans ma bouche). Je vous offre Petit Frère en clip, réflexion sur l’influence de « la société » sur une certaine jeunesse :

Bon allez, on sait aussi faire la fête chez les I AM et dans le monde du rap, retrouvez Je danse le MIA (cliquez sur le titre).

Si vous voulez vous amuser avec les textes aussi, retrouvez le rap qu’ils avaient proposé pour la BO de Star Wars en français : l’Empire du côté obscur. C’est un titre un peu à part cependant.

Ridan, le rap introspectif

 

Dire que Ridan est un rappeur n’est pas tout à fait juste. Certes, il revendique ce genre à ses débuts mais le ton de ses chansons n’a rien à voir : sobriété des instruments, voix posée et calme, on pense davantage à la continuité de ce qu’on appelle chanson française, il revendique d’ailleurs l’influence de Georges Brassens, mais en plus urbain.  Quelques succès commerciaux l’ont fait connaître du grand public : Laisse Béton, Heureux qui comme Ulysse (reprise du poème de Du Bellay), L’agriculteur (cri de révolte d’un citadin qui vivrait bien à la campagne)…

Sexion d’assaut, le rap provoc’

 Pour finir, un groupe plus récent qui a pas mal fait parler de lui l’année dernière à la fois par le succès commercial de son Désolé et de son album et par le nom du groupe de très mauvais goût : Sexion d’assaut (les Sections d’Assaut étaient des groupes paramilitaires liées à l’accession des nazis au pouvoir, bref…). C’est l’exemple type du rap qui agace car volontairement provocateur. Mais bon, je trouve que ceux-ci ont un certain talent, j’aime beaucoup leurs voix, leur diction et leurs thématiques. Encore un effort et vous serez fréquentables !

 

Celle-là est super belle aussi :

Le mérite des rappeurs, c’est d’utiliser le français et ce qui est intéressant c’est la façon dont les auteurs s’emparent de la langue française.  On y trouve beaucoup d’innovations dans le vocabulaire, les tournures de phrase. La créativité du rap peut être le résultat d’un travail des auteurs ou l’utilisation de vocabulaire argotique ou étranger dans des textes français. Ici, la créativité n’est pas l’œuvre d’un groupe de linguistes, d’une académie, mais plutôt le résultat des influences nombreuses (langues, argot, verlan) utilisées et popularisées par les rappeurs.

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