Les chanteurs français aiment l’Amérique

[Article publié sur lefrançaisenpartage le 27-10-2013]

La France et l’Amérique, c’est « je t’aime moi non plus » comme dirait Gainsbourg. Sujet de fascination, de mépris, d’étonnement et d’admiration, on chante l’Amérique en France et depuis un moment déjà. Ce qui ressort des chanteurs que je vais vous présenter, c’est que chacun parle d’une Amérique très différente. Il faut dire que l’Amérique est vaste, que 50 états la composent, et qu’il n’y a pas grand chose à voir entre New York et la Nouvelle-Orléans, entre San Francisco et le Colorado, si ce n’est la langue des gens qui y vivent. L’Amérique est plurielle et a beaucoup inspiré les chanteurs français qui l’adorent. Johnny Halliday est LE chanteur français qui s’inspire sans doute le plus de l’Amérique : tournée 66 pour ses 66 ans, tenue de cow-boy, nom américanisé, style rock et blues (entre autres). On ne compte plus le nombre de chanteurs qui vont puiser leur inspiration outre-atlantique : de Dick Rivers, Eddy Mitchell, Julien Clerc, Nougaro… jusqu’à Christophe Maé pour son dernier album cette année.

La guerre de 1939-45 a amené les chewing-gums en France, mais a aussi créé un pont entre ce pays-continent et la France et entre leurs cultures. Edith Piaf, Gilbert Bécaud et d’autres encore  y sont allé avant que le rock et les yéyés ne viennent inspirer nos chanteurs.

L’Amérique, Joe Dassin veut l’avoir ! (1970)

Joe Dassin est le fils d’un couple ukrainien juif qui avait émigré aux États-Unis, à New-York, là où Joe Dassin est né. En difficulté d’être juif en Europe, l’appartenance au parti communiste de son père le mets en difficulté aux États-Unis et ramène la famille en Europe, en Suisse puis en France. Joe Dassin est ensuite reparti un moment faire ses études d’ethnologie dans le Michigan (États-Unis). Il a donc partagé sa vie entre ces deux pays, et c’est avec un enthousiasme communicatif qu’il chante son désir d’Amérique. C’est l’un des chanteurs français les plus « américains », imprégné de cette culture, chantant les Dalton par exemple ou encore son tube international « L’été indien ». En France, les gens qui ont plus de 30-40 ans connaissent une bonne partie de son répertoire par cœur et les jeunes générations connaissent toujours les plus célèbres : « Les Champs-Élysées », « Salut les Copains », « Siffler sur la Colline ». Pour le découvrir, on commence par sa chanson « L’Amérique », dans laquelle il déclare sa flamme pour ce pays :

 

En route pour la Californie avec Julien Clerc ! (1969)

 

Julien Clerc, c’est aussi une institution en France, et il a traversé les 40 dernières années de la chanson française même s’il a coupé au passage ses cheveux. Il en reste une quantité impressionnante de tubes qui vont chercher leur inspiration en Californie ou aux États-Unis. Car quand Julien Clerc joue, il est américain…:

 

Peu importe qu´on soit / De New-York ou Paris / Quand on est musicien / On est Américain / Si on vit aujourd’hui…
Mais je n´ai pas besoin / De la Californie / Quand je voyage dans ma tête / C´est tout aussi bien / Et ça va plus loin

 

Il n’a pas besoin de la Californie, mais il en rêve quand même dans son lit et visiblement, ça influence sa façon de s’habiller… eh oui, c’est l’époque des yéyés et des hippies :

 

 Nicolas Peyrac est si loin de L.A. (1975)

 

En 1975 sort la chanson légèrement mélancolique d’un inconnu, Nicolas Peyrac : « So Far Away from L.A. » qui lui apporte la notoriété et le succès. Nicolas Peyrac s’était pourtant destiné à la médecine, il avait terminé 6 ans d’études mais la sortie de ce succès changera sa carrière. Presque 40 ans après, elle passe toujours régulièrement à la radio (sur Nostalgie, MFM ou Chérie FM) et est remise au goût du jour par la sortie d’un nouvel album de duo cette semaine : « Et nous voilà! ». Il réinterprète la chanson avec Sofia Essaïdi. J’ai trouvé sur youtube la version originale illustrée par les lieux et les personnes dont il parle, montage vidéo bien fait de celle qui l’a mise en ligne.

 

Nougaro nous emmène à New-York et hésite entre Jazz et Java

 

Nougaro est un monument de la chanson française qui puise son énergie dans la Garonne (il est de Toulouse) et son inspiration à travers le monde, entre chansons françaises, rythmes brésiliens et surtout le jazz. Il a notamment beaucoup écouté Louis Armstrong et lui a écrit une chanson en hommage, « Armstrong » (tout simplement) sur la musique du Gospel « Let my People Go », chanson qui aborde les différences entre blancs et noirs, différences qui parfois ne font pas beaucoup de… différence !  :

 

Armstrong, la vie, quelle histoire? / C´est pas très marrant / Qu´on l´écrive blanc sur noir / Ou bien noir sur blanc / On voit surtout du rouge, du rouge / Sang, sang, sans trêve ni repos / Qu´on soit, ma foi / Noir ou blanc de peau

 

Personnellement, je suis fan, il aborde un peu tous les sujets avec son style si particulier et son écriture est un régal pour l’amoureux des langues que je suis.

Dans Jazz et Java, il nous parle de ses inspirations musicales, notamment le jazz américain, mais c’est surtout dans Nougayork qu’il nous parle de sa rencontre avec l’Amérique. Nougayork, c’est bien sûr Nougaro qui débarque à New York et découvre les « Amerloques » et le « souffle barbare » qui traverse leur pays, sorte d’énergie brute.

Alors pour ceux qui ne connaissent pas Nougaro… Nougaro, c’est un chanteur à la voix puissante, qui ne peut s’empêcher de vivre sa chanson quand il l’interprète, alors il prend une position de combat, il boxe, se voûte, donne un coup… c’est toute l’énergie de sa chanson qui passe à travers lui.

 


 

Je vous mets les paroles pour bien savourer :

 

Dès l´aérogare / J´ai senti le choc / Un souffle barbare / Un remous hard-rock / Dès l´aérogare / J´ai changé d´époque
/ Come on! Ça démarre / Sur les starting-blocks

Gare gare gare / Là c´est du mastoc / C´est pas du Ronsard / C´est de l´amerloc / Sera-ce la bagarre / Ok j´suis ad hoc / J´aurai l´gros cigare / En or, les pare-chocs

Dès l´aérogare / J´ai senti le choc / Faur rentrer dare-dare / Dans la ligne de coke / Un nouveau départ / Solide comme un roc / Une pluie d´dollars / Ici Nougayork

Ici superstar / J´suis gonflé à bloc / C´est l´enfance de l´art / C´est l´œuf à la coque

A moins qu´un lascar / Au détour d´un bloc / Et sans crier gare / Me découpe le lard / Façon jambon d´York

 

Bientôt la suite !

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