Les « fronts » linguistiques de la francophonie

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(publié sur lefrançaisenpartage le 08-05-2010)

Ci-dessous je vais essayer d’établir une petite liste non-exhaustive concernant les endroits où la langue française évolue en nombre de locuteurs ou en situation officielle, où la situation n’est pas figée.

Pour avoir quelques éléments de comparaison, partons de la France : la France est un pays homogène dont la langue est le français. Si de nombreux immigrants viennent en France et peuvent garder leur langue sur une ou deux générations, on ne peut pas dire que cela remet en cause la situation linguistique de la France ; les écoles enseignent en français, la justice délibère en français, la majorité des gens parlent en français. On peut dire que la matrice linguistique est française, c’est-à-dire qu’une dynamique de transmission de la langue française entre les générations est à l’œuvre, à l’exclusion d’autres langues. On parle souvent de l’anglais, mais c’est un épiphénomène, un phénomène de mode (durable, mais cela reste à la surface), le français reste la matrice même si la langue française s’imprègne de mots anglais plus que de tout autre langue.

La situation est très différente dans certains pays.

Europe

En Europe, le français est présent dans 3 autres pays : la Belgique, la Suisse et le Luxembourg. Il est également présent dans le Val d’Aoste qui est une région italienne historiquement francophone.

En Belgique (voir mon article précédent), les lois et les décisions politiques sont à présent souvent pour la défense du néerlandais, mais c’est une réaction à une progression du français. Si aucune décision politique n’est prise, le français se répand.

Au Luxembourg, la situation est difficilement descriptible : la population est très faible et les immigrés européens représentent un grande proportion de la population (presqu’un quart) ; trois langues sont reconnues : le français, l’allemand et le luxembourgeois. Le luxembourgeois est une langue germanique et est donc plus proche de l’allemand. Cependant, c’est le français qui jouit d’une bonne situation au niveau institutionnel mais c’est le luxembourgeois qui est le plus parlé à la maison.

La Suisse, pour sa part, est divisée en cantons et chaque canton a sa langue parmi le français, l’allemand, l’italien et le romanche. Les langues restent à l’intérieur de ces cantons.

Dans les îles anglo-normandes, les gens ont longtemps parlé un français proche du normand malgré le fait que ce soit un territoire anglais. Cependant, avec l’installation de nombreux établissements bancaires, une population anglophone nombreuse y est venu s’installer. On peut donc penser qu’à terme le français va disparaître à moins d’une mobilisation pour que le français y soit aussi enseigné à l’école.

En tant que langue d’apprentissage, le français jouit également d’une situation exceptionnelle en Roumanie et Moldavie et après une expansion assez impressionnante de l’anglais dans les années 80 et 90 au détriment du français, de l’allemand, de l’italien et de l’espagnol, on assiste à un tassement de la situation.

En Amérique :

le français est la langue de la Guyane française (DOM français) et les personnes qui y vivent parlent une multitude de langues de par leurs origines différentes mais se retrouvent autour du français qui est la langue des institutions, de l’école, etc… Cependant le français coexiste avec d’autres langues.

Au Canada, le français est avant tout présent au Québec (très majoritairement), au Nouveau- Brunswick (forte minorité) et en Ontario (une minorité mais regroupée surtout proche de la frontière avec le Québec). Il existe d’autres communautés francophones dans chaque état mais plus faibles numériquement. Le front linguistique est donc celui d’une communauté numériquement surtout située autour du fleuve Saint Laurent qui a longtemps été en position d’infériorité politique (de par les guerres franco-anglaises qui ont vu les français perdre) mais qui depuis le milieu du XXe siècle a su retrouver un élan qui a installé définitivement le français au Québec (région historiquement francophone) et dans une moindre mesure au Nouveau Brunswick et Ontario. Dans les autres états, la possibilité de vivre en français existe mais la connaissance de l’anglais est souvent indispensable pour la vie de tous les jours. L’enjeu est donc pour les français de ne pas se faire absorber dans une matrice anglophone. Contrairement à de nombreux cassandre qui prévoient systématiquement le déclin du français à cause de l’ouverture des francophones sur la culture anglophone, il y a une continuité de la communauté francophone ouverte sur la culture anglophone tout en conservant sa langue. Le maintien du français reste cependant là-bas un sujet sensible et qui ne va pas de soi, en témoignent les vélléités d’indépendance du Québec, les nombreux combats pour installer des départements français au sein des universités, pour avoir des écoles en français, etc… En effet, la constitution assure l’égalité du statut des langues mais le choix de parler une langue n’est pas figé et le français est forcément un peu sur la défensive si l’on considère la présence francophone au sein de l’ensemble Canada / États-Unis.

Ailleurs, on trouve la Louisiane ou quelques 200 000 à 300 000 francophones ont sû conserver le français depuis l’époque de la colonisation, francophones qui commencent à s’organiser après avoir longtemps vu leur langue interdite (la vente de la Louisiane historique (1/4 des États-Unis) par Napoléon aux américains devait se faire avec la possibilité de pouvoir continuer à parler en français mais le français a vite été interdit. Les français sont et resteront probablement une minorité au sein de la Louisiane, notamment autour de Baton Rouge et il est difficile de prévoir l’évolution car tout prédisait l’extinction du français alors que celui-ci se maintient pourtant.

On trouve aussi de nombreux francophones au sein des états frontaliers du Canada, notamment le New Hampshire, le Vermont et le Maine.

Le Français est également la langue de la Martinique, de la Guadeloupe et de Haïti. Sans être la langue officielle, un créole français est aussi la langue de la Dominique et de Sainte Lucie. Les situations y évoluent peu.

En Afrique

On dit de plus en plus que l’Afrique est l’avenir du français, et c’est vrai à tel point qu’il est d’ores et déjà plus parlé en Afrique qu’en France même si les francophones parlent souvent le français à côté d’une ou plusieurs autres langues. La situation du français en Afrique est celle d’une langue très dynamique : une situation officielle avantageuse, des élites souvent francophones, une perception du français comme langue d’ouverture, le français comme langue d’union de nombreuses communautés parlant des langues différentes.

Pour se faire une idée générale, on peut estimer que le français va devenir (elle l’est déjà en partie) la langue d’union d’une grande partie de l’Afrique, peut-être la moitié, plus ou moins. Si elle est en compétition au Rwanda avec l’anglais, dans tout le reste des pays, le français est en nette progression comme on peut le constater dans les statistiques communiquées par les gouvernements à l’OIF pour ses rapports sur la situation de la francophonie. Apparemment, les dernières estimations prévoient une hausse importante du nombre de francophones pour les années 2008-2009. Le rapport doit sortir vers Octobre / Novembre cette année.

Le français devient donc la langue des élites dans les villes et son apprentissage est systématique. Les plus grands frein au développement du français sont le manque de professeurs qualifiés et la faible scolarisation (en durée ou en pourcentage) dans certains pays.

Les fronts linguistiques sont les suivants ; au niveau du Rwanda, et depuis le génocide rwandais, une tension avec la France a favorisé l’ouverture vers l’anglais.

En Madagascar, les élites sont souvent francophones, cependant le pays partage une langue qui est la malgache (même s’il y a des variantes et qu’une minorité est réticente à la propagation de la norme de la capitale). On assiste donc à une situation de coexistence. Le président malgache a tenté d’installer l’anglais sans doute un peu pour vouloir montrer qu’ils ne sont pas si liés à la France, mais les remous dernièrement ont mis un frein à cela. A côté de Madagascar existe aussi une présence francophone à la Réunion qui a une offre universitaire pour les étudiants de Madagascar, l’île Maurice où le français est majoritaire même si l’état a pour langue officielle l’anglais.

Au Nigeria, pays le plus peuplé d’Afrique, le gouvernement a tenté d’ajouter le français comme seconde langue officielle au côté de l’anglais un peu pour embêter son ancienne puissance colonisatrice avec qui il était en froid. Cela n’a pas duré longtemps faute de moyens.

Au Cameroun, pays constitué d’une petite partie héritée historiquement d’une colonie anglaise et d’une grosse partie héritée d’une colonie française, la majorité francophone tend à vouloir imposer sa langue mais parfois le français se mélange avec l’anglais.
Certains pays sont entourés de pays francophones et adoptent également le français : Sao Tomé et Principe, le Ghana, la Sierra Leone, les Guinées Bissau et Équatoriale.

En Afrique équatoriale, le français s’impose comme langue véhiculaire dans de nombreux pays : Gabon, RDC, Congo, Togo, Bénin, Côte d’Ivoire, Niger, Tchad, etc…

Au Sénégal, les élites parlent généralement français mais le Wolof tend à absorber les autres communautés linguistiques.

Au RDC, le français se répand mais en parallèle de quatre autres langues véhiculaires (lingala…). J’ai du mal à cerner quelles sphères occupent chaque langues.

Au Nord, le français est souvent en compétition avec l’arabe, souvent l’arabe classique car les gouvernement veulent s’inscrire dans une politique d’arabisation : en Mauritanie et en Algérie. En Mauritanie, le gouvernement arabophone veut imposer l’arabe tandis qu’une partie de la population parle un arabe dialectal et une autre le français ainsi que d’autres langues. En Algérie, après avoir voulu supprimer le français et être parti de la francophonie, le gouvernement montre des signes d’apaisement sur la question linguistique. Le français jouit de par sa présence historique d’une très large diffusion et les pays du Maghreb (Maroc, Tunisie et Algérie) tablent sur cet héritage pour favoriser l’ouverture à l’international.

Au Sud, le français est en situation avantageuse : il existe une forte demande de français dans les pays tels que le Mozambique, l’Angola notamment mais aussi en Afrique du Sud.

En Asie

En Asie, les élites des anciens pays colonisés (Cambodge, Viet Nam et Laos) sont souvent francophones. Le Japon et surtout la Corée du Sud sont des pays très francophiles avec une forte demande d’apprentissage de la langue française. Le français est également parlé en Nouvelle Calédonie, Wallis-et-Futuna et en Polynésie Française.

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