Les gilets jaunes au lycée, une occasion de parler francophonie

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A première vue, il est difficile de voir ce qui peut relier le combats des gilets jaunes au thème de la francophonie. Et pourtant, c’est une occasion intéressante d’en parler. Explications.

Revendications des lycéens gilets jaunes

Le mouvement des « gilets jaunes » est un mouvement qui met en avant de nombreuses revendications, parfois contradictoires. Au lycée, l’inquiétude pour l’avenir est un des moteurs, si bien que des lycéens réclament la suppression de Parcoursup, la plateforme d’accès aux études supérieures, ainsi que la baisse des taxes, en tant que futurs conducteurs et l’abrogation de la réforme du lycée. Autre source de révolte qui m’a interpellé : de nombreux lycéens s’offusquent du projet du gouvernement de vouloir mettre en place des droits d’inscriptions à l’université autour de 3000 euros.

Des points de vue différents

Le gouvernement justifie ce choix par le principle : ce qui ne se paie pas n’a pas de valeur. Autrement dit, les élèves étrangers auraient l’impression que les diplômes français sont au rabais car on paie une somme dérisoire (170 euros pour une année de licence) par rapport à son coût réel (environ 10 000 euros). (Source : (1)) Cela a sa logique qui peut être contestée.

Des lycéens gilets jaunes estiment qu’il y a une forme d’injustice, et on privera effectivement d’études supérieures des personnes qui auraient pu venir en France finir leurs études. Ainsi j’ai entendu cet étudiant de l’université de Dakar qui voulait parfaire son éducation universitaire par un master en France, mais qui ne pourra pas assurer 3000 euros de frais.

Poussons l’analyse

Bien sûr, on peut dire que tout a un coup, et que cet argent qui n’est pas payé devra être payé par le contribuable français. Cependant, ces étudiants qui viennent en France sont des étudiants formés et motivés. S’ils restent en France, ils pourront faire bénéficier à notre pays leurs compétences, et s’ils repartent, ils repartiront comme des ambassadeurs de la France ; pour reprendre Michel, mon coéquipier en francophonie :  » Un étudiant étranger qui a effectué des études en France est un ami de la France pour la vie, c’est une formule que nos ministres emploient. « (2)

On peut également écouter le point de vue de Pouria Amirshahi, que je vous cite avant de vous proposer mon idée pour sortir de ce mauvais pas :

De plus, les expériences dans d’autres pays ont montré qu’à moyen terme une augmentation ciblée sur les étrangers s’étend progressivement à tous les autres. Ainsi en Grande-Bretagne où, à la suite de la hausse discriminatoire envers les étrangers décidée par Margaret Thatcher en 1980, ce sont désormais tous les étudiants britanniques qui doivent débourser plus de 11 000 euros par an. En Suède, la même logique a provoqué un effondrement du nombre d’étudiants. Moins diplômés, moins payés. (3)

Sortir de l’impasse par le haut, en réaffirmant l’ambition francophone

Deux solutions paraissent envisageables. Première solution, on reste sur un statu quo, pas de hausse. Deuxième solution, on envoie un message fort à la communauté francophone pour une fois, et je sais que M. Macron est sensible à ce qui a trait à la langue française (se référer à ses discours et son soutien au projet Villers-Cotterêts). Dans le projet, les étudiants français sont exemptés de cette augmentation. Pourquoi ne pas étendre cette exemption aux ressortissants des pays francophones et aux étudiants sortant du système d’étude français (lycée français à l’étranger) ? En effet, le pouvoir d’achat d’un étudiant chinois issu de la classe moyenne, d’un étudiant américain ou d’un étudiant sénégalais n’est pas le même. Pourquoi fermer les portes à des étudiants qui ont fait l’effort de se former en français ? Ce serait le premier pas d’une vraie politique de l’enseignement supérieur francophone. Ce principe pourrait servir de base à une réciprocité avec des universités des pays francophones, et servir à bâtir un ERASMUS francophone, une des idées défendues par M. Pouria Amirshahi, auteur d’un rapport qui a fait date : Pour une ambition francophone, dont notre site avait proposé une synthèse (4).

On rendrait ainsi concret le sentiment d’appartenance à la communauté francophone. J’en profite pour rappeler d’autres idées sur le développement de la francophonie au sein de l’enseignement, issues du Rapport Attali sur la francophonie, dont Michel avait également proposé une synthèse (5); les propositions sont issues cette page (6) :

Proposition n°13 : Transformer le bac de français en bac francophone.

Proposition n°15 : Rendre l’obtention d’un visa étudiant quasi-automatique pour les boursiers francophones ayant obtenu le droit de poursuivre leurs études en France.

Proposition n°51 : Mettre en place un guichet pour les francophones dans les aéroports des pays francophones, à l’instar de ce qui se pratique actuellement pour l’espace Schengen.

Enfin, je vous renvoie vers la dernière intervention de Pouria Amirshahi sur le sujet :

Les étrangers cobayes de l’université

On retrouvera avec intérêt cet autre article plus ancien :

Pouria Amirshahi : « L’archaïsme, c’est de croire que tout passe par l’anglais. »

Comme d’habitude, je vous invite à mettre 5 étoiles à cet article si vous estimez qu’il mérite plus d’attention, et pourquoi pas à le faire suivre. Peut-être fera-t-il son chemin…

Un commentaire

  1. Varlet /

    La volonté du gouvernement français d’augmenter les frais à l’université pour les étudiants étrangers s’inscrit dans une politique initiée depuis quelques années : faire entrer les études post-bac dans un marché concurrentiel entre les facultés des pays. Dans cette logique, faire payer plus cher est une technique d’optimisation économique : il y aura moins d’élus mais le système sera plus rentable. Il faut donc attirer les étudiants « banquables » et ouvrir les facultés aux « riches étrangers ». Ces derniers n’appartiennent pas encore à la majorité des pays francophones mais plutôt aux pays anglo-saxons, à la Chine, à certains pays émergents (Inde par exemple). Promouvoir l’anglais dans l’enseignement supérieur apparaît donc naturel dans cette logique.
    Pour en sortir, il faudrait arrêter de considérer les études supérieures comme un marché ; l’Allemagne, qui est réputée pour son enseignement, ne me semble pas avoir fait le choix français. S’en porte-t-elle plus mal ?…Surtout, il faudrait changer de système de pensée et considérer, comme vous l’écrivez dans votre article, l’enseignement supérieur comme un formidable levier potentiel pour la francophonie.

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