L’esprit gaulois. Indiscipline et rébellion ?

Article initialement publié sur le Forum de la voix francophone dans la rubrique Géopolitique et Francophonie du 21/05/2013.

Le monde gaulois a été littéralement détruit par les Romains. Le monde français aurait pu, lui aussi, être détruit par les Anglais au Moyen Âge, les Espagnols au début du XVIIe siècle, les coalisés au temps de la Révolution Française, les alliés en 1815, les Prussiens en 1870, les Allemands en 1940, les Américains mêmes avec le plan Amgot (Allied Military Government of Occupied Territories) les Soviétiques pendant la guerre froide, et ce n’est pas fini car d’autres périls nous attendent. Mais il a jusqu’à présent survécu, contrairement à son prédécesseur, le monde gaulois.

Les Gaulois, en effet, n’étaient pas organisés en royaumes alliés de Rome et plus ou moins indépendants. Ils étaient seulement intégrés au sein des provinces romaines. Et les gallo-romains en conséquence avaient un degré d’autonomie politique absolument nul ; raison pour laquelle le monde gaulois au sens culturel a entièrement disparu. En comparaison, les Français de l’occupation, au moins jusqu’en 1942, avait une autonomie politique bien plus grande que les tribus gauloises dans l’Empire Romain : le régime de Vichy entretenait des ambassadeurs avec ceux qui avaient été ses ennemis quelques mois plus tôt, nommait les fonctionnaires et les gouverneurs dans son Empire, exploitait les ressources de l’Indochine en coopération avec les Japonais.

On parle de francité, de francophonie, mais on parle peu de celtitude.
Pourtant l’esprit gaulois a perduré à travers l’esprit français.
La francophonie commence, certes en ses tous débuts, avec Clovis, puisque depuis ce premier roi, la continuité politique de l’État a été intégralement préservée. Mais il reste quelque chose de la celtitude, déjà remarquée par César : l’indiscipline, la désunion, la tendance à l’anarchie ainsi que son contraire, la propension à accepter un pouvoir fort.
Pour l’indiscipline, voyez les Gaulois avant Alésia, la Fronde, les révolutionnaires contre les émigrés, les jacobins contre les girondins, les pacifistes contre les va-t-en guerre, les collabos contre les résistants, les communistes contre les gaullistes…
Pour le pouvoir fort, voyez la facilité avec laquelle les Gaulois ont accepté la puissance des Césars, Charlemagne après les rois fainéants, Napoléon après la Révolution, De Gaulle après Pétain…
Les Gaulois, Les Francs, les Français sont un peuple divisé, à l’opposé des Anglo-Saxons qui sont fédéralistes au sens large. Voyez Le Royaume Uni, d’Angleterre, d’Écosse, du pays de Galles et d’Irlande du Nord ; que serait l’Angleterre sans l’Écosse, sans le pays de Galles et sans l’Irlande du Nord ? Les Américains aussi sont fédéralistes. D’un point de vue juridique, la jurisprudence, donc le consensus, est la base du droit anglo-saxon.
Les Français comme les Gaulois sont des adeptes de la critique. Michel Serres disait que si les Français ont l’esprit critique, les Américains ont l’esprit positif. Avec l’esprit critique exacerbé, les Français sont dans une logique cyclique de destruction et de renaissance. On le voit bien à travers l’histoire ; c’est la raison pour laquelle l’esprit français est un esprit formidable, au sens étymologique de ce mot, qui témoigne de la capacité qu’ont les Français à rebondir en de multiples circonstances. La déconstruction en est un exemple les plus récents avec le remarquable succès des théories de Jacques Derrida en Amérique universitaire. Et en France même, il y a tellement d’hommes politiques de tous les bords qui veulent renverser la table..

Michel
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