Une linguiste à découvrir : Henriette Walter

(publié sur lefrançaisenpartage le 30-05-2010)

Henriette Walter est une linguiste réputée et est professeur émérite à l’université de Haute-Bretagne à Rennes. Elle a écrit un certain nombre de livres dont certains sont abordables pour les non-spécialistes.

Pour ma part, j’ai lu deux de ses livres qui m’avaient beaucoup intéressé à l’époque et je vous les recommande :

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Honni soit qui mal y pense est un livre sur les apports de la langue française en anglais, dont l’importance est surprenante pour quelqu’un qui se penche sur le sujet pour la première fois. En effet, l’anglais est une langue germanique, dont ses premiers locuteurs venaient d’un endroit vers le nord de l’Allemagne, en dessous du Danemark, si mes cours d’histoire linguistique sont exacts. Cette langue était donc l’ancêtre de l’allemand moderne mais a bifurqué sous l’influence de l’histoire et de la géographie. Ainsi, les ancêtres des anglais qui se sont installés en Angleterre ont pris des mots aux personnes qui y vivaient déjà mais ont également subi des apports massifs du français deux fois. La première, lors de l’invasion de l’Angleterre par Guillaume le Conquérant qui y a amené ses amis, sa cour, sa langue. Sa langue n’était pas le viking mais le français tel qu’il était parlé en Normandie. Ainsi, j’ai appris récemment que Richard Coeur de Lion ne parlait pas anglais mais français et préférait séjourner à Rouen qu’en Angleterre. La perte des terres françaises a obligé les monarques anglais a apprendre la langue de leurs sujets d’outre-Manche et a donc paradoxalement diminuer l’influence du français sur l’anglais. Cependant, la Renaissance a apporté une deuxième vague de mots français, ou latins mais par l’intermédiaire du français. Le français a donc influencé l’anglais pendant assez longtemps. Ce qui est amusant, c’est d’observer certains phénomènes comme :

– savez-vous que catch et chase viennent du même mot français (chasser) mais que le premier est arrivé par le français normand car on prononçait le son ‘k’ quand les français de Paris prononçaient le son ‘ch’. Le mot chase, lui, est arrivé lors de ou après la Renaissance.

– savez-vous que les noms de certaines viandes en anglais sont différents du nom des animaux qui donnent cette viande ? Ainsi, pour les viandes, on aura : beef (du boeuf), veal, mutton tandis que pour les animaux, on dira ox, calf et sheep. On peut facilement imaginer que la noblesse, qui parlait le français, demandait du « boeuf », du « veau » et du « mouton » à manger à leurs serviteurs, tandis que les paysans continuaient à utiliser leurs mots de « ox », « calf » et « sheep » mais pour parler des animaux qu’ils élevaient et non pas de la viande. Ainsi on retrouve souvent des doublons en anglais, un mot d’origine française ou latine et un mot d’origine anglaise (ou germanique, pour le coup) pour désigner la même chose.

Un professeur irlandais de linguistique nous avait dit que l’anglais était un français mal prononcé. Sans aller jusque là, l’influence du français a été très grande sur la formation de l’anglais moderne, à tel point que l’on peut parfois comprendre de l’anglais écrit à partir de mots qui se ressemblent.

Je vous conseille donc d’autant plus ce livre qu’il y a de nombreuses activités ludiques qui permettent d’apprendre plein de choses étonnantes dans ce genre.

 

Le français d’ici, de là, de là-bas est un livre très intéressant qui essaie de faire le point sur les différentes formes que prend le français en métropole ou ailleurs. On y découvre beaucoup de régionalisme. Cela m’a d’autant plus intéressé qu’il y avait tout un chapitre sur les régionalismes normands et là j’ai été surpris de me rendre compte que des mots que j’utilisais souvent et m’imaginais français n’était utilisé qu’en Normandie et pas forcément partout. Notre « passer la toile » ou chez moi « passez l’emballage » (passer le serpillère) était loin d’être connu partout. J’imagine que l’on pourrait faire un film un peu comme Bienvenue chez les Ch’tis avec notre « ililement » « il fait quoi le monsieur? » (le « il » qui sert de pronom à mi-chemin entre le « tu » et le « vous », mais sans doute plus proche du « vous » de par la distance respectueuse. A noter aussi un chapitre sur le pain et les différents noms à travers la France. Où l’on voit que le pain est une vraie institution ! 

 

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