Le Mali, centre musical mondial

Le Mali, pôle musical de premier ordre

Il existe plusieurs pôles musicaux dans le monde : l’Angleterre, la France, les États-Unis, les pays hispaniques et les pays scandinaves (en anglais) sont ceux qui défendent le mieux leur industrie musicale. Mais la musique existe aussi en dehors de l’industrie musicale et d’autres lieux de mélange et de créativité existent… comme le Mali, dont la tradition musicale et vocale (les griots) est très ancienne. C’est aussi l’une des patries de la kora, cet instrument à cordes ancestral.

Pour ceux qui connaissent Youssou N’Dour, un auteur-compisteur-interprète qui vient du Sénégal connu notamment pour son duo avec Neneh Cherry : « 7 Seconds », on ne peut pas parler de pôle musical sénégalais vu de France, car trop peu d’artistes sénégalais se sont fait connaître comme le fruit d’une tradition musicale locale. Il faut au moins deux individus pour commencer à faire une généralité…

En ce qui concerne le Mali, la qualité et le nombre des artistes qui en sont issus est assez étonnante. cela fait plusieurs fois que j’entends parler de ce foyer de création par différents artistes qui l’incarnent ; la particularité y est une tradition qui semble séculaire et de qualité, et qui s’est épanouie à l’abri de l’influence occidentale. C’est donc une singularité tout à fait remarquable et intéressante que la musique malienne. Je vous propose donc de vous faire découvrir quelques artistes coup de coeur à travers lesquels s’exprime cette singularité.

 

Lamomali de -M-, porte d’entrée vers la musique du Mali

M, de son vrai nom Mathieu Chédid, fils du chanteur Louis du même nom, a sorti un album « Lamomali », fruit de sa rencontre avec le Mali et des artistes maliens (Amadou et Mariam, Toumani Diabaté, Fatoumata Diawara, Oxmo Puccino dont j’apprends qu’il est né au Mali, …). C’est une vraie porte d’entrée vers une autre tradition, une autre culture. Ces mots ont d’autant plus de poids qu’il offre une collaboration avec Toumani Diabaté, issu d’une famille de griots africains qui se transmettent leur art de la kora depuis 72 générations.

Si cela vous intéresse, deux musiques très différentes pour vous faire voyager. La première est une rencontre musicale calme et hypnotique, intégrant la fameuse kora, cet instrument d’Afrique de l’Ouest, entre -M-, Toumani Diabaté, Sidiki Diabaté et Fatouma Diawara, intitulée « Manitoumani » :

Pour continuer, je vous propose le titre très funk et délirant, « Le Bal à Bamako ». Le mélange des trois voix, celle déjà assez particulière de -M-, celle très posée et plus grave d’Oxmo Puccino, et la voix aérienne de Fatouma Diawara est très surprenant. La vidéo vaut le détour également, assez loufoque, si vous voulez rire un peu…

 

Si vous voulez en savoir plus sur cette fusion musicale tout à fait singulière, je vous propose un entretien et la bande-annonce de l’album Lamomali (superbe vidéo tournée au Mali) :

Matthieu Chedid alias -M- : « Lamomali est un hommage aux signes intérieurs de richesse »

 

Fatoumata Diawara

Cet album a donc été pour moi l’occasion de vagabonder sur la toile de liens en liens et d’en savoir un peu plus sur cette chanteuse. Je n’ai malheureusement pas encore vu le film, mais elle est l’interprète de la superbe chanson éponyme de Timbuktu, un film sur le terrorisme d’Al Qaïda.

 

Amadou et Mariam

Pour ceux qui ne connaissent pas ce duo musical et marital, Amadou et Mariam ont la particularité d’être tous les deux aveugles et de nous proposer un univers musical exotique (pour moi qui suis français) et de qualité pour peu que l’on prenne le temps de s’imprégner de leur musique. Depuis plus d’une dizaine d’années, plusieurs de leurs chansons sont passées sur les ondes en France et ils jouissent donc d’une certaine notoriété, en plus d’une reconnaissance du milieu musical français. Parmi leurs titres les plus connus, citons :

  • Sénégal Fast Food, en collaboration avec Manu Chao, belle rencontre musicale que je vous recommande, je l’ai longtemps écouté :

 

  • Dimanche à Bamako, le titre qui les a lancés en France
  • Je pense à toi
  • Sabali, issu de leur album « Welcome to Mali » dont la particularité de ce titre est l’introduction de musique électronique, de façon très réussie. Je trouve que la singularité de leur musique est respectée, tout en offrant un titre très aérien. On se surprend à voir nos pensées partir ailleurs sans s’en rendre compte.

 

Mokobé et les autres

Mokobé est un rappeur français également d’origine malienne, connu notamment pour sa participation au collectif 113 (Un gaou à Oran). Je voulais finir cet article par une touche légère en vous offrant ce titre peu connu, dont la qualité musicale n’est pas forcément remarquable, mais assez amusant : Beyoncé Coulibaly. Le titre est un jeu de mots entre ce nom de famille malien très répandu : Coulibaly (c’est un peu notre Dupont ou Martin), et Beyoncé qui exerce une influence sur l’héroïne de la vidéo qui s’y identifie de façon… aigüe.

D’autres artistes maliens ont eu leur heure de gloire :

  • Salif Keita (dont la particularité, outre musicale, est de souffrir d’albinisme et auteur du titre Madan, qui est passé dans le domaine grand public lorsqu’il a été détourné en « Zidane il va marquer »),
  • Inna Modja (qui s’est fait connaître du grand public en chantant M. Sainte Nitouche) …

Voilà pour aujourd’hui, j’espère que ce petit voyage musical vous aura fait plaisir… N’oubliez pas : si cet article vous a plu, cliquez sur 5 étoiles pour permettre à d’autres d’y avoir accès plus facilement.

Petite digression sur l’industrie musicale

J’en profite pour faire une petite digression : c’est grâce à la diaspora malienne que des ponts se sont faits entre notre culture, ses canaux de diffusion musicaux (radio, télé) et la tradition musicale malienne, à travers des artistes qui vraiment gagnent à être connus par leur qualité. C’est par exemple parce que -M- a rencontré Amadou et Mariam en France qu’il a nourri sa curiosité pour ce pays et sa musique. J’y reviens. L’effet est démultiplicateur et c’est une vraie richesse. C’est une opportunité unique qui nous est offerte de découvrir un autre monde, d’autant plus que certains artistes chantent en français et nous rendent leur tradition plus accessible.

Cela renforce mon idée qu’il faudrait renforcer les liens entre les pays de la francophonie et que cela nous ouvrirait de nouveaux horizons intellectuels, artistiques… En cela je rejoins l’idée de M. Pouria Amirshahi qui soutenait la création d’un ERASMUS francophone, de visas pour voyager à travers les pays francophones, de la création d’une revue scientifique francophone de type « Nature », etc… Il me semble que l’on est victime, en France, de l’idée que la solvabilité des États-Unis est une justification de la qualité de leurs artistes et de leurs intellectuels, tandis que les citoyens issus de pays moins riches comme le Mali n’auraient pas grand chose à offrir. Sans doute y a-t-il plein de doctorants, de chercheurs, d’intellectuels et d’artistes en puissance qui n’attendent que d’avoir le pied à l’étrier pour se révéler.

Concernant la musique, domaine qui m’intéresse plus particulièrement, je continue à déplorer que l’on soit inondé de musiques anglo-américaines (non pas qu’elles ne soient pas de qualité), alors que l’on pourrait diversifier les influences musicales en France pour notre plus grand plaisir.

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