NdL 6 – Le français comme langue africaine

Suite et fin de mes commentaires et notes de lecture (NdL) sur l’excellent livre d’Yves Montenay et Damien Soupart : La langue française : une arme d’équilibre de la mondialisation. Aujourd’hui, nous réfléchirons sur la place des langues dans les entreprises et son usage parfois contre-productif. Quelles sont les raisons qui expliquent la progression de l’anglais en leur sein, parfois au détriment du bon sens au vu des coûts ? En effet, afin de maîtriser les coûts de la formation en anglais, il faut définir des objectifs précis en se posant les questions : l’anglais pour quoi faire ? pour qui ? quel niveau est requis ? plutôt que de se contenter d’un trop général « il faut parler anglais » qui est une source de stress et d’infériorisation des salariés français.

Vers le français langue Africaine ?

Entre défaitisme et optimisme excessif, la réalité du français en Afrique obéit à des phénomènes complexes. Son usage est courant dans le Maghreb, il est langue maternelle dans certaines métropoles autour du golfe de Guinée : « Comme par ailleurs la scolarisation en français est relativement complète et ancienne près des côtes du golfe de Guinée et dans les capitales des pays riverains, donc justement là où il y a des « petites » langues (250 au Cameroun), c’est dans ces régions que le français est devenu la langue de la rue, très souvent de la famille, et de plus en plus la langue maternelle d’une grande partie de la population, comme on peut le constater dans les agglomérations d’Abidjan, de Douala et de Yaoundé. » p. 195

Le français n’est pas qu’une langue d’usage interne (le parler à l’école), c’est aussi une langue d’usage extérieur : parler avec les habitants des autres pays. Lorsqu’on apprend le français au Sénégal et que la majorité de la population parle le Wolof, la langue présente un intérêt limité, bien entendu, mais lorsqu’on se déplace au Mali, que l’on fait des affaires avec des personnes au Gabon ou à Madagascar, on utilisera le français, ce qui renforce l’intérêt de son apprentissage à l’école. Le français permet en effet de voyager du Maroc à Madagascar, soit un espace d’environ 13 millions de km2 (Europe : environ 10 millions jusqu’à l’Oural ; 4,5 millions pour l’UE). L’Afrique dite « francophone » est donc un espace gigantesque qui a la chance d’être à la fois un espace continu (excepté pour les pays de l’Océan Indien) avec une langue véhiculaire commune. C’est un atout formidable pour l’avenir pour peu que ces pays sachent en tirer pleinement profit. Le français est donc un atout majeur pour l’intercompréhension et pour le commerce pour ce vaste ensemble et son usage de langue pivot renforce constamment son poids.

« Mais il faut noter qu’il n’y a pas que le nombre de francophones « réels » qui compte : si un pays de 50 millions d’habitants a le français comme langue officielle ou de travail, et que seuls 10 millions de personnes sont effectivement francophones, le pays « pèse » néanmoins ses 50 millions d’habitants pour les flux commerciaux ou le poids géopolitique, et les contacts correspondants se font en français.

C’était du moins le cas jusqu’à récemment : d’une part les contacts avec la France (…) étaient prépondérants, et d’autre part la communication avec les étrangers se faisait en français. Ainsi, si une entreprise ou une ONG, américaine par exemple, souhaitait travailler en Afrique francophone, elle le faisait en français, tout simplement parce que personne ne parlait anglais. Quand une Américaine du « Peace Corps » est interviewée par RFI, elle répond en français : cet organisme américain recrute des francophones, et l’intéressée sait qu’elle doit parler en français pour que son discours ait un impact. Donc les étrangers, même non francophones d’origine, renforcent le poids du français et indirectement donnent au pays concerné un poids francophone correspondant à l’ensemble de la population, même si la majorité de cette dernière n’utilise que peu ou pas le français. »

L’Afrique « francophone » est pour l’instant une sorte de cadre, ou de réservoir, partiellement rempli de francophones. Au fur et à mesure que la scolarisation progressera (permise par la stabilité politique) et que les échanges avec l’étranger augmenteront, le poids du français se renforcera et la cohésion de cet ensemble se renforcera, sorte de cercle vertueux pour cet ensemble, les échanges économiques renforçant le français, et la progression du français facilitant les échanges intra-économiques au sein de cette zone. L’Afrique et la France sauront-ils profiter de cette chance ?

Sommaire des articles :

NdL 1 – La Louisiane / La Nouvelle-France et la fuite des élites
NdL 2 – le français au XIXe siècle et au XXe siècle
NdL 3 – Uniformisation culturelle et défense du français
NdL 4 – organiser la passage à l’anglais
NdL 5 – L’anglais en entreprise
NdL 6 – Le français comme langue africaine

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