Un peu de lecture avec M. Cerquiglini

(publié sur lefrançaisenpartage le 05-01-2012)

Voici un article que j’ai trouvé à la fois intéressant, instructif et agréable à lire sur la langue française, avec quelques jolies phrases et des réflexions bien senties. Il donne également un éclairage historique à l’évolution de notre langue avec des petites anecdotes, un retour sur le contexte de la génèse de l’académie française. L’ensemble de cette allocution gagnerait à être davantage connu.

C’est, comme on peut s’en rendre compte de par le ton, un texte transcrit de l’oral, étant à la base une conférence donnée par Mr Cerquiglini, ancien délégué général à la langue française et aux langues de France (DGLF) (maintenant, c’est Mr Xavier North), actuel recteur de l’AUF (Agence Universitaire de la Francophonie), et ce, depuis 2007.

A retrouver dans un fichier format PDF en cliquant ici.

Voici quelques morceaux choisis qui vous donneront peut-être envie d’en lire plus :

« La langue française est à la francophonie ce qu’a été la reine d’Angleterre au Commonwealth. »

« Toutes les langues empruntent des mots. Il n’y a que des langues mortes qui n’empruntent plus. »

« La qualité du français n’est pas pire qu’avant. Et d’ailleurs, comment juger de cette qualité ? La langue actuelle n’est pas celle de Proust, qui n’est pas celle de Hugo, qui n’est pas celle de Racine, qui n’est pas celle de Villon. Dans chacune de ces langues, on a écrit des chefs-d’oeuvre. Demain on écrira un chef-d’oeuvre dans la langue française actuelle. »

« Le seul risque et il est majeur, est celui de l’abandon : qu’en France, en francophonie, dans certains secteurs on abandonne la langue française. C’est cela, le danger. [mon surlignage] Qu’on fasse de la science, de l’économie, de la gestion d’entreprise dans une autre langue. L’anglais pour ne pas le nommer. C’est cela qui est grave. C’est beaucoup plus grave qu’un mot d’anglais par-ci par-là. Le risque est qu’une autre langue – l’anglais à l’évidence – porte les couleurs de la modernité. Et que l’on considère que pour dire le monde moderne, il faut une autre langue. Que le français n’est pas capable de dire la modernité. Nous savons que certaines entreprises françaises en France ont des conseils de direction en anglais. Le français est une langue internationale, une langue officielle aux Jeux Olympiques, en particulier, à Bruxelles. Le gouvernement français m’a envoyé à Nagano, au Japon pour vérifier que le français était présent aux Jeux Olympiques. J’ai passé une semaine aux Jeux Olympiques avec les sportifs. C’était passionnant ! J’ai employé ma journée à demander les toilettes, à dire que j’avais perdu un enfant, à écouter la remise des médailles. Et j’ai vérifié que le français était présent aux Jeux Olympiques. Et, de même, à Bruxelles nous veillons à ce que le français soit présent. Si l’on abandonne le français, c’est qu’il n’est pas senti comme une langue de la modernité : c’est là le vrai défi. »

« Il est évident que le monde moderne est scientifique et technique. Si l’on veut dire ce monde, il faut du vocabulaire. »

« Les journaux publiaient des articles amusés sur ces « braves gens qui créent des mots en français ». Amusés, au mieux amusés, au pire, ironiques. Alors qu’il faut créer du vocabulaire. Il faudrait donc qu’enfin on accepte aussi facilement un mot nouveau français qu’un mot anglais ! Or, il y a de très grandes réussites.

J’ai pris l’exemple de logiciel tout à l’heure. Qui penserait que logiciel a été créé par une commission ? Le président de la République, François Mitterrand me demande : « Monsieur le Délégué Général, que faites-vous dans vos fonctions ? » Une question terrible ! « J’aide à créer des mots, Monsieur le Président. » « Ah bon, citez-m’en un ! » Par modestie, je cite un mot que mes prédécesseurs avaient aidé à créer. « Monsieur Le Président, le mot logiciel. » « Ah bon, mais personne n’a créé ce mot, c’est un mot de la langue, un mot naturel. » J’ai répondu : c’est la rançon du succès. »

« Une centrale nucléaire, c’est vingt mille mots. Et il faut traduire les normes, les manuels. Les manuels d’entretien d’un Boeing entassés pèsent aussi lourd que le Boeing. Si on veut pouvoir entretenir un Airbus en français, il faut tout un vocabulaire, que l’on doit créer mais surtout accepter. Donc ne pas sourire. »

2 commentaires

  1. Passionnant et tellement pertinent. Comment aider à intervenir auprès des décideurs ? je suis motivé pour les contacter, les harceler ! JDBoyé

    • Bonjour et merci pour votre commentaire. J’ai parcouru votre blogue, nous partageons visiblement beaucoup dans nos analyses. Si vous voulez agir au niveau des décideurs, je vous conseille de vous mettre en lien avec les associations ALF ou AFRAV (je suis moi-même adhérent des deux) si ce n’est pas déjà fait. Vous trouverez leurs contacts en ligne aisément. Ils ont chacun leurs campagnes d’actions propres et ils accueillent à bras ouverts les personnes qui partagent leurs convictions. L’avantage pour vous, c’est qu’à travers ces associations, vous disposez d’un outil patiemment affûté : réseau de personnes ouvertes, campagnes en cours, lettre-types…
      Concernant ce site, il a principalement pour objet d’être une caisse de résonance des bonnes nouvelles de la francophonie, et également de proposer des analyses. Le rythme des articles s’est ralenti faute de temps en ce qui me concerne (paternité et travail obligent) mais c’est une noble cause à laquelle je ne renonce pas. N’hésitez pas à laisser des liens vers votre site dans la partie forum, ne serait-ce qu’en vous joignant au forum et en ajoutant l’adresse de votre site dans votre signature électronique. Il est important de se mettre en réseau !
      Au plaisir de vous lire.

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