Philosophie et Francophonie

[Article publié initialement sur le forum dans la catégorie Géopolitique et Francophonie le 4 Juin 2013]

Le rapprochement entre la lente disparition du latin dans l’enseignement secondaire français, concomitant de la mise en place du plan Marshall (voir ici) me fait penser à un phénomène similaire, mais cette fois-ci tourné vers la langue allemande : Michel Onfray a bien montré à quel point l’ensemble de l’enseignement de la philosophie en France s’est aujourd’hui germanisé.
Pour réussir l’agrégation dans cette matière, il faut bien connaître Platon, Descartes et Kant. Mais la connaissance approfondie de Kant, de Kant et de Kant, généralement suffit.
Les philosophes français du XVIIIe siècle, ceux de la période hellénistique, et bien sûr les contemporains, en particulier français, sont absolument à éviter. Il ne faut jamais en parler devant les dévots de la chose kantienne, qui tiennent fermement les rênes des concours de recrutement.
La tendance précisément s’est accentuée depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Il n’y a pas de hasard : à cette époque, l’antiaméricanisme était de rigueur dans les milieux universitaires. Mais ces mêmes élites, toutes universitaires qu’elles fussent, ne pourront pas échapper à ce lent mouvement de décentrement pratiqué par les élites économiques et politiques. Puisqu’il ne pouvait pas y avoir de décentrement vers l’Amérique, pour des raisons idéologiques, elles ont choisi de décentrer le centre de gravité de la philosophie française (à la Victor Cousin, à la Auguste Comte, à la Henri Bergson), non pas vers le positivisme saxon, mais vers l’aire de la philosophie allemande. Marx, Nietzsche et Freud, et plus tard Husserl ou Heidegger plutôt que Pierce ou Russel.
Elles ont pour ainsi dire quitté les subtils babillages de Condillac pour l’imposant grondement des machines outils de la philosophie allemande.
Aujourd’hui pourtant, la philosophie analytique anglo-saxonne commence peu à peu à avoir droit de cité dans l’université française ; certains y parlent encore d’impérialisme mais de façon plus atténuée. Les réflexes pavloviens commencent à disparaître.
L’évolution de la francophonie en France a beaucoup dépendu de la démission des élites ; on voit que ce comportement s’est étendu à la communauté universitaire qui a participé de son côté à l’entreprise de lente dépréciation de tout ce qui ressort de la tradition française ; à sa manière, elle s’est tournée vers l’histoire de la philosophie allemande afin d’acquérir son brevet d’anti patriotisme linguistique auprès des diverses décideurs qui nous ont gouverné depuis.
Ce réflexe de démission fait penser au pacifisme de certains Allemands à l’époque de la guerre froide : « Plutôt rouge que mort ». Ici nous avons : « Plutôt allemand (parce qu’il est impensable d’être américain) que français intellectuellement patriote ».

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Michel
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