LE RACISME LINGUISTIQUE DE L’UNION EUROPEENNE (2 ième partie)

 

Après avoir tracé une géographie de l’utilisation des langues au sein des institutions européennes, géographie qui démontre une hostilité croissante de l’U.E. à l’égard des langues de travail autres que l’anglais, nous allons cerner les explications, officielles mais surtout officieuses, d’un tel comportement. Nous découvrirons alors que le mot « racisme » n’est sans doute pas exagéré, si l’on se réfère à la définition citée dans la première partie.

 

 

Les défenseurs du « tout anglais », et en premier lieu, les anglophones ne manquent pas d’arguments pour justifier la suprématie de la langue de Shakespeare. Étudions la pertinence de ces justifications !

1°) L’anglais est la langue la plus parlée en Europe.

Une telle affirmation prête à confusion. Est-ce la langue maternelle la plus répandue sur le Vieux continent ? Les données montrent en fait que l’allemand est la première, suivie par le français ; l’anglais arrive en troisième position, au coude à coude avec ….l’italien!  (https://fr.wikipedia.org/wiki/Langues_dans_l’Union_europ%C3%A9enne).

Il est vrai cependant que c’est la langue la plus apprise en Europe. Les dernières données d’Eurostat parues en septembre 2015 montrent sans surprise qu’en 2013, l’anglais est la principale langue enseignée à l’école primaire dans les pays européens : plus de 95% des élèves l’étudient (mais étudier ne veut pas dire maîtriser, loin de là !). Le français arrive en deuxième position avec plus de 27% d’apprenants, puis arrive l’allemand avec un taux de 16% (dans les détails, la langue de Goethe est la 2ième langue la plus enseignée en primaire mais le français la supplante dans le secondaire). Si l’on reprend le tableau de Wikipedia cité ci-dessus, le nombre total de locuteurs atteint 41 % en Europe pour l’anglais, environ 26% chacun pour le français et l’allemand. Lorsque l’U.E. choisit de ne communiquer ou de ne travailler qu’en anglais, près de 6 Européens sur 10 en sont donc exclus !

Le plus intéressant dans l’analyse de ces données réside aussi dans leur contenu implicite et les questions afférentes: utiliser régulièrement les trois langues de travail permettrait d’assurer une égalité de traitement pour une majorité d’Européens. Recourir fréquemment à l’italien, à l’espagnol et pourquoi pas au polonais, afin de mieux représenter la partie orientale du continent, permettrait de renforcer cette égalité et enverrait un message fort : l’U.E. s’efforce de travailler avec tous ses citoyens. La question qui découle est donc : pourquoi l’U.E. refuse-t-elle l’équité linguistique ? Un élément de réponse sera fourni ultérieurement…

Autre question : pourquoi l’allemand, langue du pays le plus peuplé et de la première puissance économique d’Europe n’est-il pas mieux représenté ? (cette interrogation est valable dans une moindre mesure pour le français). L’influence prépondérante des États-Unis sur le destin de l’Europe et du monde depuis la fin de la seconde Guerre mondiale apporte certes une première réponse. Cette influence serait-elle donc plus poussée aujourd’hui que dans les années 70 ou 80, période où les trois langues de travail étaient utilisées? Sans vouloir contester ou nous étendre sur une américanisation plus marquée de notre continent, force est de constater que l’Europe culturelle a failli (quels impacts ont sur notre quotidien culturel la nomination de « ville culturelle de l’année » ou autre journée européenne du Patrimoine?), qu’aucune volonté européenne de promotion culturelle n’ a été imaginée ou même pensée. Ne pouvait-on pas créer un G.I.E. du cinéma, de la chanson à l’instar de l’aéronautique ou de l’espace ? La réponse est probablement là-encore oui mais leur absence montre de façon cruelle l’asservissement culturel, pour ne pas dire mental, de notre continent aux thèses américaines et sa plus grande perméabilité à la langue anglaise (américaine en fait). Le français et plus encore l’allemand, moins présents dans le quotidien des Européens, sont en conséquence les victimes collatérales de cette situation. Pourquoi cette absence de volonté de l’Europe de contrer une américanisation de son territoire, alors qu’elle en a certainement les moyens ?

 

2°) L’anglais est la langue de la mondialisation et des échanges ; elle est la langue de communication la plus utilisée dans et en dehors de l’Europe.

La nouvelle mondialisation que nous connaissons depuis un peu plus de 30 ans a été menée principalement par les États-Unis, poussés notamment par leurs multinationales. Celles-ci, pour développer à des coûts toujours plus bas les échanges entres leurs filiales, avaient tout intérêt à promouvoir le libre échangisme. De par leur position dominante, ces sociétés ont réussi à imposer leurs visions du commerce et leur langue, l’anglais, tout en marginalisant les autres langues.

Or, depuis quelques temps, les pays d’Amérique latine, la Chine, une partie de l’Afrique participent désormais à ce grand mouvement mondial, pays qui n’ont pas tous l’anglais comme langue maternelle. L’espagnol, le mandarin, l’arabe, le français sont donc amenés à être utilisés de plus en plus fréquemment. Il n’est pas sûr que les futures multinationales sud-américaines, chinoises, arabes ou africaines se laissent imposer l’anglais comme unique langue de mondialisation… Est- il vraiment opportun de se détourner de ces langues (et d’autres) au profit exclusif de l’anglais ?

Enfin, à quoi sert-il de construire l’Europe si cette dernière ne devient qu’une simple courroie de transmission de la mondialisation ? La construction de l’Europe après 1945 était justifiée au départ par la défense des intérêts des peuples, intérêts économiques mais aussi culturels. Promouvoir l’utilisation de plusieurs langues au sein de ses institutions serait une preuve que le Vieux Continent défend son identité, tout en acceptant la mondialisation. Pourquoi s’est -il détourné de cette mission depuis plusieurs années ? La mondialisation de l’économie ne peut à elle-seule servir d’excuse.

 

3°) Le monolinguisme anglais coûte moins cher que le plurilinguisme.

Cet argument, en ces temps de disette budgétaire, rencontre un fort succès. Il est souvent la doctrine des partisans de la nouvelle gestion publique, doctrine qui cherche à plaquer sur la gestion publique les modèles de la gestion privé. En réalité, il ne résiste pas à une analyse poussée, analyse que M. Dominique Hoppe, président de l’Assemblée des fonctionnaires francophones des organisations internationales a livrée récemment dans un numéro du Monde Diplomatique (mai 2015). J’en reprendrai ici quelques traits :

  • L’Union dépense actuellement 1,1 milliards d’euros chaque année pour les services linguistiques, ce qui équivaut à 0,0087 % du PIB et moins de 1% du budget ! Cela représente 2,7 euros par habitant âgé de plus de 15 ans… Une hausse d’une dépense inférieure à 0,01 % du PIB pour permettre un réel plurilinguisme des langues de travail ne serait donc pas, loin de là, économiquement insupportable…
  • Si l’on s’en tient aux coûts primaires (traductions,interprétariat) et indirects (frais généraux associés aux services linguistiques), le monolinguisme est « gagnant ». Mais, il faudrait aussi tenir compte des charges secondaires et implicites pour apprécier le coût réel d’un choix linguistique, coûts pour l’organisation mais également pour les acteurs concernés (les états par exemple, les associations et organismes divers,les entreprises, les particuliers,…). On peut réduire ou supprimer des traductions mais elles seront effectuées ailleurs, payées par quelqu’un d’autre ; il y en fait un transfert de coûts. La différence entre monolinguisme anglais et plurilinguisme de langues de travail en terme de charges n’est donc plus si évidente…
  • Cette justification numéro 3 est cependant vraie …pour les Britanniques et les Irlandais ! Cette position privilégiée de l’anglais assure un effet de transfert (économie d’effort pour la traduction et l’interprétation, économie dans l’enseignement des langues,etc…) en faveur du Royaume-Uni par exemple qui est estimé à 21 milliards d’euros en 2014…Il est étrange, pour ne pas dire choquant, que les partisans du monolinguisme anglais pour des « soi-disantes » raisons budgétaires, passent sous silence cette substantielle manne financière, privilège d’un seul pays. Rêvons un peu : et si les Britanniques rendaient ne serait-ce qu’un milliard à l’Europe pour favoriser justement la diversité linguistique ?
  •  

4°) A terme, l’anglais doit devenir la seule langue de l’Union. C’est une évolution inéluctable.

Il est vrai qu’ écouter certaines radios ou flâner, au gré des musiques diffusées dans des centres commerciaux en Europe, peut donner l’impression que l’Europe parle déjà une seule langue. Et pourtant, combien de personnes, en France, en Italie ou même en Allemagne seraient capables de comprendre les paroles diffusées? Une très très faible minorité probablement, même si l’anglais est la langue la plus apprise. Qu’importe pour ses défenseurs, qui la verraient bien être enseignée à la place des langues nationales ( voir article http://lavoixfrancophone.org/pires-ennemis/ ) ! Là-aussi, M. Hoppe nous apprend que des études ont été faites pour connaître le coût de la conversion volontaire de tous les pays européens à l’anglais.( Notons que l’idée même de cette étude en dit long sur la mentalité des gens qui l’ont commandée). Si l’on vise une acquisition de compétences linguistiques suffisante pour que chaque pays ou chaque citoyen puisse intervenir et participer de façon équitable dans les affaires européennes, il faudrait dépenser au minimum 48 euros par citoyen et par an, soit près de 20% du budget européen consacré uniquement à cette tâche  pendant des décennies ! Estimation certainement largement minorée et qui ne tient pas compte de tous les coûts (formation des professeurs, détournement de budget au détriment d’autres disciplines, reconversion des professeurs des autres langues, réorientation des filières universitaires, etc…) Sans compter l’investissement considérable en temps dans le processus d’apprentissage pour des résultats incertains… La comparaison avec les 2,70 euros du plurilinguisme évoqués précédemment est dès lors accablante…

N’oublions pas non plus les conséquences sociétales que cette conversion induirait : exclusion plus marquée de catégories de la population qui ne maîtriseraient pas une nouvelle langue, oppositions allant jusqu’à la violence (l’exemple corse pour la France paraitrait alors presqu’anodin !), échecs scolaires démultipliés, sentiment d’appartenance à un pays fortement ébranlée, …Là-encore, les coûts augmenteraient rapidement et deviendraient vite insupportables.

 

Les raisons avancées pour justifier l’hégémonisme de l’anglais ne résistent donc pas à l’analyse. Mais, elles vont permettre cependant de comprendre les véritables arguments, les raisons officieuses qui se cachent derrière ces « écrans de fumée ». Revenons à tous ces « pourquoi » évoqués ci-dessus. Pourquoi l’U.E. refuse-t-elle de plus en plus d’appliquer une équité linguistique dans ses institutions, alors même qu’elle y aurait intérêt tant sur le plan budgétaire que sur le plan démocratique ? Pourquoi est-elle à ce point aveugle sur les conséquences désastreuses qui en découlent: prédominance des acteurs anglo-saxons et de leurs idées, américanisation accrue de la culture européenne, indépendance diminuée vis -à- vis des États Unis et des multinationales, identité européenne de plus en plus méprisée ? Pourquoi les instituions européennes, perçues de plus en plus comme des tours d’ivoire isolées du continent, ne cherchent-elles plus à communiquer au plus grand nombre d’Européens par le biais du multilinguisme ?

Toutes ces interrogations aboutissent ainsi au même constat : les justifications dont elles sont issues ne sont fondamentalement pas fondées. Ces dernières ne sont que des prétextes pour dissimuler les vraies raisons de l’hégémonie de l’anglais, raisons qui maintenant, pour utiliser un terme de photographie, apparaissent en négatif :

1°) Un désintérêt croissant, pour ne pas dire un mépris, des élites européennes, de la classe dominante européenne dans son ensemble (dont sont issus beaucoup d’eurocrates) pour les autres classes de la société et en parallèle, une défense de leurs intérêts de classe exacerbée depuis 30 ans. Or, les membres de cette classe sont pour beaucoup passés soit par des universités américaines soit par des systèmes universitaires très « anglo-saxonnisés (pour la France, écoles de commerce et de gestion , ENA ,…). En outre, les plus influentes de ces personnes sont courtisées depuis des années par des groupes de réflexion (« think tank), qui se chargent de diffuser les idées américaines, en économie par exemple. Le sentiment très fort d’appartenir à une élite, sentiment qui transcende les frontières, induira ainsi une recherche de démarcations face aux autres classes de la société, et l’adhésion aux thèses de la puissance dominante et à sa langue en sera une parmi d’autres. Cela n’est pas sans rappeler d’ailleurs la colonisation de la Gaule par les Romains, colonisation largement relayée en son temps par la classe supérieure gauloise…Ne nous étonnons donc pas si M. Seillières, président de la fédération des entreprises européennes de 2005 à 2009, refusa, alors qu’il en avait la possibilité, de s’exprimer en français et lui préfèra l’anglais. Ou que l’anglais soit la seule langue utilisée à la Banque Centrale Européenne, pourtant située au cœur de la première puissance économique et démographique de l’Europe…

On pourra répliquer, très justement, que cette volonté de démarcation de l’élite a toujours existé. S’est-il pour autant exacerbé ? Oui, car nous en avons une preuve indirecte : les écarts de revenus entre les plus riches et les plus pauvres composantes sociétales au sein des états membres de l’O.C.D.E. n’ont cessé de se creuser depuis les années 80. Ce creusement des inégalités, de par sa persistance et son étalement dans le temps, ne peut être imputé simplement à des crises économiques, il résulte bel et bien de choix opérés par les classes dominantes et de leur sentiment d’être « au-dessus des autres ». Et pour elles, parler anglais de façon presque fluide, refuser d’utiliser leur langue maternelle quand elles en ont la possibilité, c’est afficher leur mépris, leur volonté de non communiquer avec l’ensemble de la société, mais c’est aussi et surtout, un moyen d’imposer plus facilement des changements voulus par elles et uniquement par elles, changements induits par le néo-libéralisme.

2°) Le néo-libéralisme, deuxième raison officieuse de l’hégémonie anglaise.

Il ne sera pas ici question de développer la partie économique ni de retracer l’histoire de cette doctrine économique, mais de s’attacher à ses conséquences linguistiques.

Le néo-libéralisme fut popularisé dans les années 80 par M. Reagan aux États Unis et Mme Thatcher au Royaume Uni. Un fameux acronyme est attribué à cette dernière : TINA (There Is No Alternative, pas d’autre option). Ce que l’on sait moins, c’est que Mme Thatcher (ainsi que certainement la majorité des gouvernants ou économistes anglo saxons ) estimait que TINA s’appliquait pour la politique économique mais aussi pour les langues : l’anglais était ou devait être la seule langue dominante, la langue du monde, la seule option. Cela faciliterait ainsi la constitution d’un immense marché mondial. Or, affirmer une telle « vérité idéologique », c’est défendre l’ idée d’une hiérarchie écrasante entre les langues qui les relègue toutes, à l’exception de l’anglais, à un statut subalterne. Cette hiérarchie des langues n’est sans doute pas écrite dans les manuels vantant le néo-libéralisme, mais il est difficile de croire que les auteurs de ces manuels n’en aient pas eu pleine conscience. Peut-être pensaient-ils que cette évolution s’inscrivait dans le cours naturel des choses (comme la doctrine qu’ils professaient) et qu’elle était un bien pour l’humanité …Le néo-libéralisme est donc une idéologie raciste du point de vue linguistique, de par ses conséquences implicites et par sa pleine mise en œuvre.

Cette doctrine, l’adhésion de l’élite européenne à cette doctrine et la domination linguistique accrue de l’anglais qu’elles induiront, justifieront quelques années plus tard, l’éviction programmée de toutes les autres langues des institutions européennes.

Enfin, et cela n’est pas le moindre des effets recherchés, en n’utilisant que l’anglais, l’application des politiques néo-libérales décidées au niveau communautaire sera facilitée : les comptes-rendus des décisions, rédigés déjà dans un style très ampoulé, seront d’autant moins compris et remis en cause !

 

A l’issue de cette deuxième partie, nous pouvons donc désormais affirmer qu’il existe bien  un racisme linguistique de l’Union Européenne, porté et induit par le néo-libéralisme. Peut-on s’y opposer et le combattre ? Ce sera l’objet de notre prochain exposé.

2 commentaires

  1. Marc Beaufrère /

    L’exposé est implacable.
    La « réalité » économique est souvent mise en avant, de façon simpliste, mais on comprend bien ici qu’elle ne résiste pas à une étude sérieuse. L’uniformisation culturelle a un coût. Pas le même pour tous d’ailleurs. C’est d’ailleurs la même histoire que pour l’écologie : la coût des dégâts (santé notamment) dus aux pollutions n’est pas inclus dans le coût des produits vendus.
    En Grande-Bretagne, il n’est plus obligatoire d’apprendre une langue au lycée et c’est à mon sens le seul pays de l’Union Européenne dans ce cas. A contrario, l’impératif d’apprendre l’anglais est très fort partout. Il y a donc un avantage compétitif indéniable pour les populations anglophones à l’heure de « la compétition libre et non faussée » (chimère sous habit néo-libéral). Il me semble que si on prenait la peine de mieux étudier le coût de tout cela au niveau européen, la solution s’imposerait d’elle-même. Si par exemple le coût de l’apprentissage de l’anglais (Education Nationale ou autre) se faisait au niveau européen, et qu’on le mettait face à une alternative avec davantage de traductions (traductions de logiciels, traductions de lois, etc…), la décision serait vite prise. Il nous faudrait un audit sur le thème « se comprendre en Europe : quel coût, quelles alternatives ? »

  2. Attitude d’hostilité systématique à l’égard d’une catégorie déterminée de personnes.
    Sémantiquement il vaudrait mieux parler de « sectarisme ». Initialement le mot racisme était utilisé dans un contexte exclusivement ethnique : aujourd’hui il est utilisé dans toutes sortes de situations (racisme anti-vieux, antifumeurs etc.) qui n’ont plus de rapports avec le concept de race, quelle que soit l’étendue sémantique de ce mot. Il est trop tard aujourd’hui pour renverser la vapeur ; mais il faut profiter du fait que la seconde définition citée du Larousse correspond bien à la situation ; là où il y a (et il y avait) racisme, il y a violence (verbale, physique ou symbolique) ; les attitudes des « intolérants linguistiques » sont souvent violentes, en particulier au niveau symbolique : les commerçants de l’Ouest de la Belgique qui refusent de vous répondre en français quand vous vous avisez de faire des courses outre-Quiévrain, les difficultés des Québécois en Ontario. La célèbre réplique de Jean-Claude Trichet (premier président de la Banque européenne) devant le Parlement Européen ; « I am not a Frenchman » suscite au moins une double indignation, sinon une violence contenue : d’abord parce ce membre de l’oligarchie renie le pays de sa naissance et ensuite parce qu’il n’utilise pas la langue du gouvernement du pays qui l’a plus ou moins placé à ce poste. Si Jean Claude Trichet avait été slovène ou slovaque, il n’aurait jamais dirigé la Banque européénne. On peut parler à ce titre de racisme dans le sens dérivé décrit ci-dessus.

    et si les Britanniques rendaient ne serait-ce qu’un milliard à l’Europe pour favoriser justement la diversité linguistique ?
    « I want my money back » disait Margaret Thatcher à la table européenne en 1979 à Dublin ; c’est le bon moment pour leur rendre la monnaie de leur pièce.

    C’est une évolution inéluctable.
    En logique argumentative, cela s’appelle l’aveu d’impuissance. « On ne peut rien faire, donc ne faisons rien ».

    Et pourtant, combien de personnes, en France, en Italie ou même en Allemagne seraient capables de comprendre les paroles diffusées ?
    À propos de la musique de supermarché : je l’appellerais volontiers musique d’ascenseur, voire musique d’escalator (escalier mécanique en québécois) ; en effet, dans un supermarché, le seul endroit où on peut écouter la musique diffusée est bien l’escalier mécanique puisqu’on ne fait rien ; on attend que ça se passe, surtout en cas de forte affluence.
    Un deuxième point :
    Beaucoup de chansons en langue anglaise (mais pas toutes) que l’on diffuse dans les supermarchés ont des paroles d’un insipidité rare; pour celui qui ne les comprend pas, ou même celui qui ne les comprend que partiellement (à cause de l’accent, des contraintes de la voix qui suit le rythme et la musique, de la médiocre qualité de la sortie audio), les paroles ne sont qu’une ligne mélodique de plus, exactement comme la partie chant dans la musique de Wagner (pour les non germanophones) ou l’opéra italien (pour les non italophones).
    Paradoxalement cette musique non signifiante est plus facile à supporter que si elle était intégralement comprise.

    exclusion plus marquée de catégories de la population qui ne maîtriseraient pas une nouvelle langue
    C’est un signe de distinction dans le sens de Pierre Bourdieu. Mais la langue française a une carte à jouer en la matière. Marc en a déjà parlé sur le forum.

    Cela n’est pas sans rappeler d’ailleurs la colonisation de la Gaule par les Romains, colonisation largement relayée en son temps par la classe supérieure gauloise…
    Il y a toujours eu des résistants et des collabos, dans tous les pays, mais en France cette opposition est particulièrement marquée et même conceptualisée à longueur d’articles, de débats. Nos ancêtres les collabos ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

  Il y a 1 commentaire sur le forum.