Les rendez-vous manqués 1 & 2 : Commentaires

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Je reste toujours ébahi devant cette cascade de dégringolades (et ce n’est pas fini !).

Ébahi, oui, depuis l’enfance avec les premières leçons d’Histoire (la Préhistoire étant négligée en Primaire) :
Leçon 1 :  Nos ancêtres les Gaulois (qui vivaient dans des huttes basses).
Leçon 2, sans transition : Alésia.
Ça commençait très fort.

À une époque (le milieu des années 50) où les Français sortaient de l’Occupation (le temps de mon père, travailleur requis en Allemagne), et n’étaient pas encore tout à fait sortis de la Première Guerre mondiale (le temps de mon grand-père, quatre années dans les tranchées).
Sans oublier la défaite humiliante de 1870 (mon arrière-grand-père). 
J’ai débuté ma carrière d’amateur d’Histoire dans une France meurtrie, quasiment par nature ; ce n’était pas très stimulant pour faire éclore le sentiment de patriotisme.
Lorsque Charles De Gaulle est arrivé au pouvoir en 1958, cela correspondait à mon entrée au Collège : lorsqu’il parlait de « la grandeur de la France », franchement je ne voyais pas ; je comparais cette France déclassée avec les civilisations de Sumer, de Babylone, d’Égypte, que l’on étudiait en classe de Sixième.
Et puis la guerre de Cent Ans, aussi longue que triste, et qui commence très mal, sauf à la fin. Encore aujourd’hui, l’implantation des résidences secondaires britanniques est corrélée avec les limites de l’empire des  Plantagenêt (à l’exception de quatre départements). [Cliquer pour agrandir]

Est-ce que la solution eût été de fonder un seul pays comme l’écrit Éric Zemmour dans Mélancolie française (2010) ?
« Un royaume franco-anglais d’abord, avec la Manche comme lac intérieur, de l’Écosse aux Pyrénées, dont les deux pôles Londres et Bordeaux mettaient en branle une formidable dynamique marchande et maritime, la première puissance de l’Atlantique bien avant le Royaume Uni et les États-Unis, le royaume rêvé et forgé par Henri Plantagenêt, très sérieusement envisagé pendant tout le Moyen Âge, enjeu tardif et déjà suranné de la guerre de Cent Ans, et dont l’écho mélancolique perce encore dans l’offre mirobolante d’union des deux pays par Churchill le 10 juin 1940. »

Je suis sûr que nous avons hérité partiellement dans notre inconscient collectif de Français de cette mentalité de vaincu qui a traversé tous les siècles jusqu’à aujourd’hui. Pour m’en tenir au XXe siècle, je citerai Pierre Laval (« Je souhaite la victoire de l’Allemagne »,)  Christopher Soames,  gendre de Churchill (« Dans une organisation internationale, il faut toujours mettre en français à la tête, car les Français sont les seuls à ne jamais défendre les intérêts de leur pays »), Jean Claude Trichet, premier président de la BCE («I am not a Frenchman» : voir cet article grinçant de 2010 dans Causeur), le personnage principal du dernier roman de Michel Houellebecq (Soumission).

Et pourtant, pour contredire ce point de vue, crépusculaire j’en conviens, que de sursauts au bord de l’abîme !
Les vaincus pourtant ne  ne sont jamais redevenus vainqueurs, parce ce n’était pas les mêmes. Ce ne sont pas les Gaulois qui ont repris leur liberté mais des peuples tiers (dont les Francs) qui ont éliminé les Romains. La noblesse française est certes revenue après 1814 et 1815 mais dans les fourgons de l’ennemi. Quelle pantalonnade que ces allers-retours (depuis Liège) du prétendant Louis XVIII  entre Fontainebleau et Waterloo ! N’y a-t-il pas plus ridicule ? À cette époque, pour les monarchistes, seuls les Vendéens ont fait bonne figure, mais tous les Français monarchistes n’étaient pas vendéens.
La France a retrouvé son rang en 1945, grâce à la détermination nietzschéenne d’un
De Gaulle ; mais il a dû passer la guerre à Londres parce que les Français de 1940 n’étaient pas des Vietnamiens prêts à la guérilla. Éric Zemmour, dans Le Suicide français (2014)
écrit : « De Gaulle à Georges Pompidou qui n’est encore que le directeur anonyme de son cabinet : « La décadence française a débuté au milieu du XVIIIe siècle. Depuis, il n’y a eu que des sursauts. Le dernier fut en 1914. Moi, j’ai bluffé, et en bluffant, j’ai pu écrire les dernières pages de l’histoire de France. ».
De même, les élites d’aujourd’hui ne sont plus les mêmes que celles d’hier. Éric Zemmour toujours : « Nos élites bien-pensantes détestent ce que fut la France, et ne font que mépriser ce qu’elle est aujourd’hui. »
Et  les artistes ne sont pas les derniers à pousser à ce mouvement de dégringolade : «Renaud chante « Hexagone », une chanson dans laquelle il traite les Français de roi des cons. » Et il a des successeurs !

En tant qu’ancien résident aux États-Unis,  j’avais des contacts naturels avec mes collègues historiens. Tous ces universitaires avaient une ascendance européenne plus ou moins ancienne. Si je laisse de côté ceux d’origine anglaise, car la coexistence  devait rester courtoise, j’ai toujours vu dans leurs propos, ainsi que dans leur regard, une teinte d’ironie quant à l’importance de la France en Amérique au XVIIe et XVIIIe siècle. Pour eux,  (et en particulier pour les descendants d’Allemands parfaitement  étrangers à cet antagonisme franco-anglais), les Français en Amérique ont fait preuve d’un total amateurisme : s’ils ont perdu successivement la totalité du Canada d’alors (le Québec et l’Ontario d’aujourd’hui), le tiers du territoire états-unien (le bassin du Mississippi jusqu’aux Grands Lacs), c’est qu’ils l’ont bien mérité. Ils me faisaient comprendre, certes avec tact, que les Français n’avaient pas vraiment le niveau.

Oui la Belgique était la seconde puissance industrielle de l’Europe au XIXe siècle et a échappé à l’orbite de la France pour une histoire de panache au temps de Louis XV dit « Le Bien-Aimé » (au début de son règne) ; mais les rattachistes en Wallonie sauvent l’honneur.

Préférer les Îles à sucre aux arpents de neige du Canada. Comparer aujourd’hui la superficie combinée des Antilles françaises et de Haïti avec celle du Canada (du Yukon à la Gaspésie) signifie quelque chose : Que de rendez-vous manqués, comme le dit si bien Marc avec son érudition puisée aux bonnes sources de l’histoire d’Angleterre, en particulier.

J’ajouterai deux autres rendez-vous manqués : 

1/ Le frère de Christophe Colomb vient voir la régente de France, Anne de Beaujeu, fille de Louis XI,  pour lui demander une somme modique afin d’affréter trois navires. La France était en paix et ses finances étaient assainies. la France de l’époque a préféré  les guerres en Italie et a laissé à l’Espagne le soin de découvrir les Amériques.
2/  Louis XIV, en paix avec l’Europe, va faire le choix d’attaquer la Hollande qui va en conséquence s’allier à l’Angleterre. La France sera alors à deux contre un et  perdra systématiquement  sur les mers.

Et pourtant nous sommes toujours là, à deviser entre Français. Le président Macron parle d’égal à égal avec Poutine, avec Trump ou avec Xi Jinping. Nous sommes d’incorrigibles Français.

Et justement pour cette raison, si nous avons fait beaucoup de choses, c’est qu’il nous était donc interdit de faire tellement mieux.

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