Les rendez-vous manqués du français avec l’histoire – 1 – le Moyen-Age

Le français occupe une place non-négligeable dans le monde d’aujourd’hui (parlé sur les 5 continents, environ 270 millions de personnes sont considérées comme francophones par l’OIF, et c’est une des langues les plus apprises au monde à tel point qu’on manque de professeurs de français). Ceci dit, la première place est indiscutablement occupée par l’anglais, grâce notamment à l’influence des États-Unis aujourd’hui, et du Royaume-Uni au XIXe siècle. En tant que français, nous connaissons tous nos défaites fameuses (Waterloo, Trafalgar) qui ont mis hors d’atteinte une plus grande expansion du français. Mais le français aurait pu avoir une place plus importante… sans guerre. On ne refait pas l’histoire, mais il est bon de ne pas dévaloriser son histoire. Savoir ce que l’histoire doit au hasard permet à chaque peuple de retrouver une place d’égaux. Aujourd’hui, pour faire un peu les chauvins (et gratter là où ça fait mal), nous allons voir les rendez-vous manqués du français avec l’histoire. (ou avec une plus grande histoire, parce que le français est loin d’avoir disparu !)

L’Angleterre, Aliénor d’Aquitaine, la peste noire et la langue française

Les personnes qui s’intéressent à l’histoire du français sont en général bien au courant que Guillaume Le Conquérant l’a « importé » en Angleterre après la bataille de Hastings. Celui-ci s’est installé durablement : beaucoup de moines le parlaient et l’enseignaient, on le parlait à la cour. Le français avait d’autant plus d’importance que par une série d’unions, les rois d’Angleterre se sont retrouvés à la tête d’un royaume dont la superficie était plus grande en France qu’en Angleterre (merci Aliénor d’Aquitaine qui apporta la moitié du royaume de France en quittant le roi de France Louis VII pour Henri II). Le français ne s’en portait pas si mal puisque les rois d’Angleterre le préféraient à l’anglais. Richard Coeur de Lion, fils d’Aliénor d’Aquitaine et d’Henri II d’Angleterre parlait français et passait plutôt son temps en France. 

On peut imaginer … que le statut quo aurait vu la préférence du français se répandre en Angleterre.

On peut imaginer … que si Aliénor d’Aquitaine ne s’était pas remariée, la France n’aurait pas eu autant à faire la guerre. Les français n’auraient pas eu à reconquérir leur pays.

On peut imaginer … que si le parti de la France avait perdu, la réunion du royaume de France et d’Angleterre aurait favorisé le français.

Au lieu de cela, Philippe Auguste a dû batailler de nombreuses années pour reprendre les territoires perdus par alliance. Mais plus tard ressurgit la question de l’influence de l’Angleterre en France. Edouard III est descendant d’un roi de France, Philippe le Bel, mais par une femme, ce qui contrevient à la loi salique (Accessoirement, il est roi d’Angleterre). C’est donc le neveu de Philippe le Bel, Philippe VI de Valois qui lui est préféré  car il descend de la famille royale de fils en fils (mais pas aîné) (vous suivez?). Edouard III, accepte cela, mais Philippe VI soutient la rébellion écossaise, ce qu’Édouard III ne peut accepter. On connaît la suite : Guerre de Cent Ans. On peut imaginer ce qui se serait passé s’il n’y avait pas eu ce problème de succession.

Mais deux épisodes retiennent particulièrement mon attention, moi qui n’aime pas les guerres mais qui aime bien la langue française…

La Peste Noire

Au XIVe siècle, le français est encore très présent en Angleterre parmi les nobles. L’éducation est alors beaucoup assurée par des religieux (moines). C’est alors qu’intervient la Peste Noire (1347-1352). Elle se transmet bien sûr par contact, par échange, ce sont les gens isolés qui sont le mieux protégés et ceux qui ont des activités en interaction avec beaucoup de monde qui contractent cette maladie plus facilement. C’est donc toutes la classe ecclésiastique anglaise et francophone qui est rayée de la carte, et par là, c’est toute la transmission du français en Angleterre qui en souffre.

Quel aurait été l’avenir du français en Angleterre sans la peste noire ? 

La guerre de Cent Ans

Le dernier épisode d’aujourd’hui, c’est la succession de Charles VI. Lors de la Guerre de Cent Ans, un ensemble de circonstances (et de défaites) amènent Henri VI, roi de France vers la folie, et il accepte le mariage de sa fille Catherine de Valois avec le roi d’Angleterre Henri V, et accepte la transmission des deux couronnes à leur fils, Henri VI (en déshéritant le dauphin), par le traité de Troyes (1420). A la mort d’Henri V et de Charles VI, les deux belligérants d’avant, Henri VI est mineur mais réunit les deux couronnes. Le dauphin, écarté de la succession, conteste cela, mais est en position très inférieure. Seul un miracle pourrait empêcher la fusion de ces deux royaumes !

On peut donc imaginer… que si la situation avait perduré, les deux royaumes auraient pu continuer à être unis et se seraient à terme homogénéisés linguistiquement. Quand on connait l’influence des royaumes de France et d’Angleterre sur l’histoire du monde, on peut imaginer que l’alliance des deux aurait changé le visage du monde. Mais Jeanne d’Arc a bouté les Anglais hors de France et ça a été le début de la fin du français en Angleterre.

En effet, on a une élite qui parle français en Angleterre alors qu’elle n’a plus de possession en France : la situation du français est donc de plus en plus hors sol et la prédominace du français qui avait déjà été mise à mal par l’épisode de la peste noire sera alors interrompue. L’élite, anciennement anglo-normande, sera maintenant davantage anglaise que normande…!

 

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