La pluie et le beau temps

Retour d’Amérique, vingt ans après : Chronique n° 3

Je publie ici chaque quinzaine une chronique à propos d’anecdotes vécues aux États-Unis d’Amérique à la fin des années 80 et au début des années 90. Je m’attacherai à mettre en face de chaque anecdote, un événement similaire ou apparenté que j’ai vécu en France après mon retour d’Amérique.

Aujourd’hui, la pluie et le beau temps. Autrement dit : What a beautiful day to day.

À New York, dans un grand immeuble, lorsqu’on ne prend pas l’ascenseur express, qui souvent le matin est bondé (il s’arrête à tous les 10 étages), on a le loisir de cohabiter avec ses voisins pendant un temps certain à mesure que l’ascenseur ordinaire s’arrête pratiquement à tous les niveaux.

J’ai remarqué que beaucoup d’Américains étaient incapables de rester dans un espace clos sans parler.

What a beautiful day to day. Quelle belle journée aujourd’hui ! L’absence de fenêtres (les ascenseurs tout en verre sont plus fréquents dans les séries télé que dans la plupart des immeubles new yorkais) ainsi que les mauvaises nouvelles qui s’affichent sur les présentoirs des journaux, ne m’incitent guère à le penser ; même si le ciel est uniformément bleu, en particulier en hiver, lorsque les grands froids tombent sur la ville. Que ce soit pour le New York Times (tremblement de terre au Japon, coup d’état en Afrique) ou le New York Post (meurtre à Brooklyn, retour de la violence dans la 144e rue), non, rien ne m’incite à penser que cette journée va être une belle journée. Le Français, par rapport à l’Américain, est réputé pessimiste, voire défaitiste.

 Cet optimisme culturellement enraciné dans l’esprit de chaque Américain m’a changé. Je suis devenu plus souriant, plus « positif » à mon retour en France. Je me souviens de ce mot de Michel Serres à ses étudiants de Stanford : « Les Français ont l’esprit critique, les Américains ont l’esprit positif ». Je retrouve aujourd’hui cet optimisme un peu forcé, pour ne pas dire forcené, qu’on s’efforce d’inculquer aux étudiants des écoles de commerce françaises. Mon biculturalisme m’a permis à la fois de rester critique, tout en demeurant, en plus, positif.

 Cela ne m’empêche pas néanmoins de continuer à pratiquer l’esprit critique, dans une de ses manifestations les plus outrancières, j’ai nommé le ricanement. On retrouve cette pratique aussi bien dans la France dite profonde que chez les Français en voyage à l’étranger. 

Ce devait être le cas également des notables gaulois promus sénateurs qui devaient bien rire, derrière leurs grandes moustaches, dans les estaminets romains, le soir, après une longue journée passée au Sénat, en buvant de la cervoise .

 Plût au ciel que cet esprit critique, que d’aucuns considéreront comme caustique, perdurera à travers les générations suivantes.

 Je pense encore aux sénateurs gaulois volontiers critiques. Leurs fils, qui épouseront des jeunes filles de l’aristocratie patricienne, le seront un peu moins. Et leurs petit-fils plus du tout. N’ayons pas peur des mots : c’est de cette façon que les civilisations peu à peu s’effacent au fil du temps. 

Michel
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