Retour sur les progrès de la sensibilisation autour de la francophonie depuis 2010

(Publié le 20-05-2012 sur lefrançaisenpartage)

Les informations du rapport de l’OIF 2010 ont été popularisées

Il y a 3 ans, je commençais mon carnet et il y a à peu près deux ans, je découvrais le rapport de l’OIF La langue française dans le monde 2010 qui contient une quantité d’informations intéressantes très importantes : nombre de francophones dans le monde, répartition géographique, progrès, évolutions, initiatives prises en sa faveur, etc… Je mesurais le gouffre entre ce qui se fait et qui m’a surpris par l’ampleur des actions et de la dynamique, et ce que le grand public en sait. Auparavant, personne ne savait quel était le nombre de francophones dans le monde, les chiffres allant de 70 millions (version du site ethnologue je crois, que je soupçonne de francophobie patente) à 500 millions pour les exaltés de la francophonie. On se battait à coup de chiffres sans aucune source vérifiable, certains se cantonnant à la population de la France + Belgique francophone, d’autres y ajoutant la population de pays de langue officielle française en y comptant tout le monde. Le rapport de l’OIF est passé par là, et maintenant le chiffre de 220 millions s’est imposé et fait référence.

Ce rapport a également contribué à donner une image beaucoup plus précise de la situation du français dans de nombreux pays sur lesquels nous n’avions quasiment aucune donné si nous ne nous y étions pas rendu par nous-même, ce qui justifiait bien souvent le franco-pessimisme, car on avait une propension à tout voir en noir : personne ne maîtrise le français en Afrique, le français recule au Québec, l’anglais prend la place du français dans de nombreux pays africains et bientôt en France ce sera inévitable. Bref, c’était le grand flou et la place aux fantasmes les plus divers. Je me faisais alors la réflexion que ce qui pourrait dépassionner un peu les débats, c’était de faire passer les données contenues dans le rapport de l’OIF vers la wikipedia (très largement consultée), afin de corriger les idées reçues. Je mesurais alors l’ampleur de la tâche et dans un article d’il y a plus d’un an, j’appelais les bonnes volontés qui ne savaient pas quoi faire pour soutenir la francophonie à m’aider à compléter les articles de la wikipedia, car pour moi tout seul, c’était une source de travail trop titanesque. Entendu ou pas, j’ai été exaucé, puisque le rapport de l’OIF est maintenant largement cité et que des articles entiers factuels et sourcés ont depuis lors étaient écrits.

J’invite les lecteurs de mon carnet à faire un tour sur l’article  français pour en prendre la mesure : seules des parties sur le français en France, Belgique, Suisse, Québec et le Val d’Aoste étaient disponibles il y a deux ans. Les parties 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12 et 13 ont été créées et rédigées en grande partie grâce aux données contenues dans le rapport de l’OIF et grâce à la (bonne) volonté de quelques internautes chevronnés dont un certain Aymeric78 qui a fait un boulot monstrueux de mise à jour des données. Quand on sait que bien souvent les journalistes qui font des sujets reprennent les données qu’ils retrouvent à portée de clic, on peut mesurer l’influence qu’aura l’action de cet internaute (que je salue bien bas!).

Le travail de l’OIF, équivalent du travail d’une « agence de notation » linguistique

J’ai d’ailleurs déjà entendu plusieurs fois des personnes non spécialistes (dont François Hollande) reprendre le nombre de 220 millions. Cela doit être perçu comme un encouragement à continuer à faire connaître les bonnes nouvelles sur le front de la francophonie plutôt que de constamment reprendre les nouvelles de la francophonie récupérées sur des sites anglo-américains. Cela souligne également l’importance de se doter d’instruments de mesure (et là il faut saluer le travail de l’OIF et de chercheurs comme Mr Jacques Leclerc de l’Université de Laval au Canada), et de faire un travail d’enquête sur le terrain, qui permet de prendre le pouls de la francophonie et de mesurer les efforts accomplis. En effet, sans retour sur les résultats des actions entreprises, le découragement est vite là, car nous ne savons si ce que nous entreprenons est utile ou pas.

Avant, on pouvait croire en étant de bonne foi que le français était une langue sur le déclin, aujourd’hui, les enquêtes et les chiffres étant là et incontestables, on ne peut plus affirmer cela. On pourrait faire un parallèle avec l’histoire des agences de notation également : aussi bien intentionné que l’on puisse être, nous appartenons tous à l’endroit et à la société dans laquelle nous sommes, ce qui influence forcément notre façon de voir. Celui qui mesure, celui qui évalue, a un pouvoir. En ce sens, la création d’une agence de notation européenne est bien sûr un moyen de ne pas être à la merci des indicateurs américains et des intérêts qui forcément influencent les agences. C’est aussi un moyen de prendre des décisions en ayant toutes le maximum d’informations utiles sous la main.

Si on ne défend pas ses intérêts, personne ne le fera pour nous

Il ne faut bien entendu pas se reposer sur d’autres pour défendre nos intérêts. Ils n’y ont aucun intérêt, aussi bien intentionnés qu’ils soient. Ainsi, je me vois mal déployer autant d’énergie à promouvoir la langue tamoul que la francophonie, puisque je fais partie de cette dernière. C’est une observation de bon sens, presqu’une lapalissade et pourtant de nombreuses personnes n’en tirent pas les conclusions nécessaires. Si je ne vois aucune objection à ce que des peuples défendent leurs intérêts, je sais que personne ne défendra nos intérêts à notre place, car il y a déjà assez à faire pour que chacun défende son groupe d’appartenance.

Certains ont peur de se montrer égoïste en cela, et arguent qu’ils défendent le français parce que c’est la langue des droits de l’homme ou parce qu’il est plus précis. Si l’on nous prouve le contraire, arrêterons-nous de défendre le français ? Bien sûr que non, l’argument ultime étant bien sûr l’appartenance, l’identité, et là je rejoins Mr Yves Montenay qui, à la question de savoir pourquoi il faut défendre le français, répond par cette évidence : « parce que c’est notre langue ». (dans La langue française face à la mondialisation)

Le prochain pas : la diffusion au grand public

Les enjeux de la francophonie étaient auparavant circonscrits (en dehors des gens du métier) à une poignée de personnes nostalgiques ou aigries. A présent, les progrès de l’information, l’utilisation d’internet, la mise à disposition de données récoltées sur le terrain permettent à tout un chacun de s’informer et de se faire une idée précise. Des journalistes commencent à s’intéresser à ces sujets même si c’est encore un phénomène marginal, les rares personnes ayant une certaine audience ne sont en fait qu’une seule personne (à ma connaissance) : Claude Hagège. C’est bien mais ce n’est pas suffisant. Claude Hagège est un chercheur, polyglotte, qui a un avis de spécialiste à donner. Je souhaiterais pourtant que l’on donne plus de voix à des personnes du monde politique ou économique. A-t-on beaucoup entendu le ministre de la francophonie lors du dernier quinquennat ? C’est aussi le travail des journalistes de faire connaître ce qui se passe.

Des initiatives sont prises, des choses se passent mais elles restent trop confidentielles. Elles sont à la disposition de tout un chacun, ce qui n’était pas le cas il y a encore 3 ou 4 ans ou c’était la croix et la bannière pour avoir ne serais-ce qu’une idée de la situation du français en Algérie. Je n’arrivais pas à savoir si le français y était encore parlé un peu, beaucoup ou pas du tout. Beaucoup de travail a été fait depuis. L’information du terrain a donc 1) été collectée dans un premier temps et 2) publiée 3) diffusée par les associations (ALF, AFRAV, COURRIEL…) et la blogosphère. Il manque une dernière étape, celle de la popularisation au grand public, c’est-à-dire le passage de « connaissance confidentielle » à « idée reçue ». Les idées reçues ne collent en effet pas toujours à la réalité et sont bien souvent en retard par rapport à elle. C’est en effet la vulgarisation, simplification et verbalisation d’observations qui deviennent des idées reçues. Emmanuel Todd avait avancé en 2001 l’idée que les États-Unis étaient sur le déclin à la surprise de tout le monde. Personne n’y croyait. C’est maintenant une idée qui a fait son chemin et que j’ai entendu dans la bouche de Marine Le Pen ou de Jean-Luc Mélanchon, même si elle ne fait pas encore l’unanimité. C’est que la popularisation des idées met du temps à faire son chemin. Concernant la francophonie, certaines idées et données commencent à se diffuser mais il faudra du temps pour qu’elles fassent leur chemin dans l’inconscient collectif : « en 2050, il y aura très probablement environ 700 millions de francophones » ; « le français est en passe de devenir la langue maternelle des africains dans de nombreuses grandes villes » « La RDC va devenir le premier pays francophone du monde d’ici une ou deux générations », etc… Rendez-vous dans 10 ans pour vérifier mes prédictions !

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