Sortie du rapport 2010 sur la langue française dans le monde

(Publié sur lefrançaisenpartage le 3-11-2010)

Ça y est, depuis 15 jours est sorti le rapport de l’OIF sur la langue française : la langue française dans le monde 2010. Nouveaux sujets, données actualisées, format agréable, c’est l’outil indispensable pour se faire une idée sur la situation du français. Vous pouvez lire gratuitement le rapport ici.

Evolution des rapports de l’OIF

 

rapport2010 Dans les anciens rapports de l’OIF sur la francophonie, on pouvait trouver des informations sur l’équipement en téléphones portables, les soins à la santé, etc… dans les pays francophones. Le nouveau rapport se démarque de cela en ce qu’il se concentre uniquement sur la langue française : statistiques, enquêtes, analyses. C’est une vraie mine d’informations et on peut y découvrir de nombreuses informations exclusives que l’on ne pouvait pas facilement, et même souvent pas du tout, trouver sur la toile.

L’ouvrage se décompose en quatre grandes parties : le dénombrement des francophones, une langue pour apprendre,  le français, une des grandes langues du monde, et l’actualité de la langue française.

Quelques changements sont à noter : tout d’abord la méthode de décompte des francophones dans une vingtaine de pays d’Afrique consiste à ne considérer comme francophone que les personnes sachant lire et écrire le français. Ainsi, dans certains pays, le nombre de francophones augmente alors que si l’on prend la Côte d’Ivoire où la langue française est largement maîtrisée à l’oral mais pas à l’écrit, ce chiffre baisse. Pour d’autres pays, le compte des francophones a pu être estimé par recensement lorsque ceux-ci existent, par projection et calcul à partir de données d’années précédentes, en se basant sur des enquêtes d’Eurostat en Europe, parfois par observation directe pour des  petits pays. Au final, la méthode a été affinée par rapport aux rapports précédents et les auteurs déclarent : « Au total, près de 220 millions de personnes peuvent être définies comme francophones de façon certaine, sachant que ce calcul minimaliste, non seulement ne tient pas compte de ceux qui sont capables de s’exprimer en français ou de le comprendre dans les autres pays de l’échantillon décrit ci-dessus, mais aussi minore cette réalité dans beaucoup de pays membres. » Les auteurs concluent donc avec prudence que le nombre de francophones a « globalement progressé ». Pour rappel, le nombre de francophones dans le rapport 2007-2008 était estimé à 200 millions, ce chiffre comprenant les francophones partiels et réels.

De nouvelles enquêtes

Le livre propose des panoramas regroupant les chiffres du nombre de francophones par pays membres ou observateurs de l’OIF. On y découvre aussi des sondages réalisés dans quelques capitales africaines sur la connaissance de la langue française (ainsi à Abidjan, 1% de la population ne conaît pas la langue française, 32% la parle avec difficulté, 52% le parle assez bien et 15% très bien ; à Kinshasa 8/28/43/21). Un autre sondage se focalise sur la perception de la place incontournable du français pour 1) faire des études supérieures, 2) réaliser des démarches administratives, 3) s’informer dans les médias, 4) obtenir un travail et 5) réussir sa vie. Enfin, un autre sondage s’intéresse à la perception de l’évolution de la langue française (évolue-t-elle?) dans quelques capitales. Ainsi si c’est Bamako la capitale où le français est le moins maîtrisé, c’est là où il semble le plus progresser et où il est jugé le plus indispensable.

De nombreuses pages sont également consacrées à la situation du français au Canada et dans les pays de l’Océan Indien, ce qui intéressera au plus haut point ceux qui y vivent ou y sont liés.

Emergence du rôle des langues partenaires

Un phénomène intéressant à noter, et qui se confirme, c’est la façon dont l’OIF veut promouvoir le français. De plus en plus, on cherche à associer l’apprentissage du français à celui des langues maternelles (appelées langues partenaires). L’idée est celle-ci : l’apprentissage du français est un atout incontestable pour accéder à la modernité d’où son intérêt, cependant un apprentissage tout en français peut être très handicapant pour des personnes dont ce n’est pas la langue maternelle. En effet, des études auraient montré que l’apprentissage d’une langue autre que maternelle donnait de meilleurs résultats lorsque l’on développait la langue maternelle en plus de celle à apprendre au lieu de faire la scolarité directement en langue non-maternelle. D’où l’intérêt d’un enseignement en langue maternelle et en français. C’est une pédagogie qui peut être très payante dans des pays où il existe différentes langues : les cours à l’université sont souvent en français et il serait difficile (financièrement) de les offrir dans chaque langue du pays. On part donc d’un apprentissage en langue maternelle qui glisse vers un partenariat avec l’apprentissage du français, ce qui permet de poursuivre des études universitaires ou de faire des études à l’étranger. On ne peut que se réjouir de cette alliance entre pragmatisme et respect des particularismes. Tout cela est développé dans un chapitre très intéressant : étude sur l’enseignement articulé du français et des langues partenaires.

Quelques données

Je ne peux résister à l’envie de vous communiquer quelques chiffres et données qui vont souvent à l’encontre de l’image que l’on se fait de l’importance de la langue française :

– Sur 67,8 millions d’habitants en RDC, 30,99 millions sont considérés comme francophone selon la méthode de décompte exposée plus haut. Au Maroc, c’est 10,36 millions sur une population de 32,38 millions.

– Si le français est peu appris en Amérique, à part au Canada et aux États-Unis, on apprend que le français est très largement étudié au Costa Rica.

– Le français se maintient avec peine dans les anciens pays de l’Indochine (Vietnam, Laos, Cambodge) mais il est en plein essor pour des raisons particulières en Thaïlande.

– On découvre aussi avec intérêt l’évolution de la situation du français selon les pays. Ainsi le français est de plus en plus appris au Proche-Orient (Syrie, Dubaï, EAU…) quand l’Algérie continue à entretenir une situation linguistique paradoxale : imposition du français à l’université, cantonnement à une langue étrangère en primaire et secondaire. Il apparaît comme langue incontournable dans de nombreux pays africains en contact avec des pays francophones : Ghana, Cap-Vert, Nigeria, Mozambique, Guinée Bissau… et commence à prendre de l’importance en Afrique du Sud, Tanzanie, recule au Rwanda et revient en Madagascar et Égypte.

– De plus en plus de pays africains non-francophones introduisent ou généralisent l’enseignement du français, ce qui renforce la perception du français comme langue panafricaine : Afrique du Sud, Bostwana, Mozambique, Guinée équatoriale et Bissau, Namibie. En 2012 se tiendra en Afrique du Sud le premier Congrès Mondial des professeurs de français sur le continent.

Un rapport qui fera date

Voici donc un bref aperçu de ce que vous pouvez découvrir en vous procurant cet ouvrage, bien plus intéressant à mon goût que les précédentes publications. Cet ouvrage aura à mon avis une certaine importance ; on peut constater en effet à quel point, lorsqu’une étude est publiée, elle est reprise en boucle jusqu’à ce qu’elle pénètre la conscience collective. Ainsi, on trouvait tout et n’importe quoi dans les articles sur la langue française sur la wikipedia jusqu’à ce que soient prises en compte les données disponibles dans le précédent rapport de l’OIF et qu’à son tour les articles soient repris et lus.  Les locuteurs de français étaient estimés entre 80 millions et 500 millions (!!), selon les sensibilités de chacun. Dans un débat sur la RDC, le français n’était la langue que de quelques centaines de milliers de personnes et l’anglais apparaissait comme mieux maîtrisé, ce qui est très loin d’être le cas. Beaucoup de français ne veulent plus défendre leur langue car ils pensent être les seuls à l’utiliser avec « quelques » belges, suisses et québecois. Si ces informations étaient largement connues, gageons que les français seraient plus aptes à défendre leur langue.

Je prends le pari que dans quelques années, l’idée que le français est une langue africaine paraîtra banale.

Autre site faisant un survol du rapport :

http://populationsdumonde.com/classements/les-10-langues-les-plus-parlees-dans-le-monde/

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