LE RACISME LINGUISTIQUE DE L’UNION EUROPEENNE (troisième partie)

Les précédentes parties ont montré qu’il existe bien un racisme linguistique au sein des institutions européennes. Certains pourraient penser malgré tout que l’expression reste abusive. Il nous manque en fait un mot qu’il faudrait inventer : le « languisme » ? Par commodités cependant, et aussi parce qu’il a été montré que la définition du mot « racisme » s’applique à la situation actuelle des langues au sein de l’UE, nous continuerons d’utiliser les termes « racisme linguistique ».

Nous savons désormais que cette réalité n’est en rien naturelle et qu’elle est d’abord et avant tout le résultat de décisions politiques prises notamment sous l’effet d’influences néo-libérales, très prégnantes depuis 30 ans. Une inflexion est donc possible et nous ne sommes pas condamnés à subir cette fatalité. C’est plutôt une bonne nouvelle !

Mais alors, que faire ? Que pouvons-nous espérer obtenir à court et moyen terme, de manière raisonnable et sans se bercer d’illusions, car nous savons que le combat sera difficile ? Esquissons quelques débuts de réponses…

 

 

LE RACISME LINGUISTIQUE DE L’UNION EUROPEENNE (2 ième partie)

 

Après avoir tracé une géographie de l’utilisation des langues au sein des institutions européennes, géographie qui démontre une hostilité croissante de l’U.E. à l’égard des langues de travail autres que l’anglais, nous allons cerner les explications, officielles mais surtout officieuses, d’un tel comportement. Nous découvrirons alors que le mot « racisme » n’est sans doute pas exagéré, si l’on se réfère à la définition citée dans la première partie.

 

 

Les défenseurs du « tout anglais », et en premier lieu, les anglophones ne manquent pas d’arguments pour justifier la suprématie de la langue de Shakespeare. Étudions la pertinence de ces justifications !

Réflexions sur les freins à l’attractivité de la langue française

Pourquoi le français souffre d’un déficit d’image en France, et plus généralement dans le monde occidental ? Pourquoi lui préfère-t-on bien souvent l’anglais ? Comment se fait-il, par exemple, que l’on connaisse en France la chanteuse colombienne Shakira par l’intermédiaire de sa carrière aux États-Unis en anglais, alors qu’elle chantait d’abord en espagnol ? On pourrait également se poser la question pour l’économiste français Thomas Piketty, dont la reconnaissance américaine a propulsé sa carrière. Doit-on attendre que quelqu’un qui s’exprime dans une langue autre que l’anglais soit reconnu aux États-Unis pour s’y intéresser ?

Voici quelques pistes de réflexions que j’ai développées après avoir pris connaissance d’un reportage sur la Russie.

Le russe en Russie ? Shocking !

Un article intéressant chez nos confrères de l’AFRAV : le 31 janvier, un reportage de France 2 présentait des étudiants français en Russie. Le journaliste parle d’un « écueil de taille » : la langue russe. Personnellement, cette remarque ne me choque pas : parler une langue étrangère est difficile. Mais cela prend un tout autre éclairage lorsqu’on entend la remarque d’un étudiant comme quoi dans les grandes mégalopoles (il cite Londres, New-York), « on va tout voir en anglais, tout comprendre tout de suite » (le lien de cause à effet est implicite) et de rajouter « qu’en fait, on se rend vite compte, en fait tout est en russe ici ». On est d’accord : apprendre une langue étrangère, c’est difficile, mais on est surpris par la suite : c’est d’autant plus difficile que l’environnement n’est pas anglophone à Moscou, comme si cela était surprenant. Cette remarque innocente révèle quelque chose de plus profond quant à notre vision de la langue anglaise.

Analysons : ce petit reportage met le doigt sur quelque chose qui paraîtrait évident maintenant, à savoir que l’on s’attend lorsque l’on va « à l’étranger », à pouvoir vivre au quotidien grâce à l’anglais. Et c’est un peu vrai.

Étude de deux destins possibles pour le français : avenir mauricien ou futur philippin 

 

Comparer deux pays aussi différents que Maurice et les Philippines pourrait sembler incongru. D’un côté, nous avons un pays africain, l’île Maurice, de 1,3 millions d’habitants, de seulement 2040 km2, situé au nord-est de La Réunion. De l’autre, les Philippines, ensemble asiatique de presque 7000 îles, d’une superficie totale de 300 000 km2, comptant près de 100 millions de personnes. Ces deux nations ont cependant deux points qui les rapprochent  : elles ont chacune subi deux colonisations, la première étant française pour Maurice, espagnole pour les Philippines, la dernière, anglo-saxonne pour les deux pays. Deux histoires coloniales similaires donc, du moins d’un point de vue linguistique, mais deux destinées radicalement opposées pour les langues coloniales « premières ».

Certains lecteurs pourraient arguer que le choix du Vietnam ou du Rwanda, à la place des Philippines, aurait été plus judicieux puisque ces deux pays ont eu le français comme première langue coloniale  officielle avant de basculer dans le giron anglo-saxon. Ces options n’ont pas été retenues car les génocides qu’ont connus ces deux nations expliquent en partie le déclin de la langue française …Le génocide étant, heureusement, un cataclysme exceptionnel, j’ai choisi de ne  retenir que deux pays au passé colonial « moins tragique », même si nous savons que le colonialisme européen comporte de nombreux épisodes sanglants pour les populations locales…(l’impact de génocides sur les langues coloniales premières n’est pas le propos de cette étude et pourrait constituer un autre sujet de réflexion d’ailleurs)

Autre argument que l’on pourrait m’opposer : comparer deux pays aussi démographiquement et géographiquement opposés serait inapproprié. Le sous-entendu est : plus un pays est « petit », plus il est facile d’imposer une autre langue coloniale. Mais la durée de colonisation première pourrait très bien, par exemple, infirmer cette phrase (plus longtemps la colonisation a duré, plus grandes sont les chances que soit gardée la première langue coloniale). Remarquons aussi que l’argument inverse se défendrait tout aussi bien : plus un pays est grand, plus il serait facile d’imposer une autre langue (la géographie locale, les nombreuses langues indigènes, auraient empêché une implantation « solide » de la première langue coloniale et permettraient, par conséquent, qu’une autre langue lui succède plus facilement). En bref, ce deuxième argument ne peut valablement être retenu et l’étude qui suit va montrer que les autres affirmations sont souvent loin d’être validées également!

Comment la City anglicise la France… grâce aux Français

(Publié sur lefrançaisenpartage le 01-07-2013)

Les ponts culturels

D’après le site du Ministère des Affaires Etrangères, 1 611 054 Français sont établis à l’étranger. Vivre à l’étranger amène à s’intégrer à la nouvelle société, à apprendre sa langue de par ses voisins, son travail, son environnement. Ces Français qui vivent à l’étranger sont comme des ponts entre deux cultures car en plus des nouvelles personnes qu’ils rencontrent, ils entretiennent des liens avec leurs amis et famille qu’ils laissent en France.

Ainsi, les immigrés portugais, espagnols et italiens hier, marocain, algérien, et portugais (encore !) aujourd’hui amènent un peu de leur culture chez nous et partagent un peu de la nôtre chez eux. Il faut imaginer que, vu le nombre total de Portugais au Portugal (environ 10,5 millions) et en France (1,24 millions pour les immigrés et leurs enfants), la plupart des Portugais ont un cousin en France, ce qui a forcément une influence sur la diffusion du français au Portugal (voir à ce propos la BD de Pedrosa : Portugal, dans laquelle quelques personnes que rencontre le héros au Portugal parlent courament le français car ayant vécu en France). Idem pour l’Algérie ou le Maroc. C’est le phénomène de relai culturel ou relai linguistique.

L’effet de ces ponts culturels est d’autant plus renforcé lorsque la langue du pays d’accueil est aussi une langue d’apprentissage dans le pays de départ.

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