Les fenêtres du Nouveau Monde

Retour d’Amérique. Vingt ans après : Chronique n°8

Je publie ici chaque quinzaine une chronique à propos d’anecdotes vécues aux États-Unis d’Amérique à la fin des années 80 et au début des années 90. Je m’attacherai à mettre en face de chaque anecdote, un événement similaire ou apparenté que j’ai vécu en France après mon retour d’Amérique.

Quand on habite à Montréal, San Francisco, New York, on peut trouver en bas de son immeuble des journaux français, des baguettes, du Perrier. Mais ce que l’on ne trouvera jamais sur le continent, dans son appartement, ou même dans sa maison, c’est une fenêtre ; une fenêtre qui s’ouvre sur un paysage, un climat. On peut tout emmener en Amérique, bibliothèque, petite amie, femme, enfants : sauf le climat tempéré océanique, typique en particulier de la France du Grand Ouest. La configuration massive du continent américain est telle que c’est le climat continental qui domine, très chaud en été, très froid en hiver. Même la côte Est (New York, Washington, l’embouchure du Saint-Laurent) n’échappe pas à la règle, à cause de la direction des vents. Seule la côte Ouest, pour la raison inverse, présente un climat plus océanique, pour la Californie du Nord, l’Oregon et l’État de Washington ; il ne faut pas toutefois trop s’éloigner à l’intérieur des terres puis qu’on retombe très vite sur le climat continental.

Les raisons pour lesquelles je parle français

1/ D’abord à cause de mes racines (dans un sens linguistique).
a/ Mais quelles racines ? Ce ne sont pas mes racines régionales (je suis opposé à la ratification des langues régionales : voir ici). Ce ne sont pas non plus mes racines familiales : je ne suis pas dans une logique de clan fermé sur lui-même. Je conserve certes des expressions que j’ai récoltées à droite et à gauche et qui font partie de mon identité, mais je pourrais très bien m’en passer.
Deux exemples : J’aime de temps en temps quand je passe au feu rouge (quand il est au vert naturellement) dire « Está verde la flecha ». Ce que disent tous les Mexicains quand ils démarrent au semáforo. J’aime bien cette phrase, d’abord d’un point de vue syntaxique parce qu’il y a une inversion du verbe par rapport au sujet (ce qui est peu fréquent en français) ; il y a également l’usage du verbe estar au lieu du verbe ser (qui sont les deux formes du verbe être en espagnol ; distinction qui n’existe pas en français). Estar indique un état passager puisque le feu n’est pas toujours vert. Enfin, la flecha a un côté délicieusement désuet qui renvoie au temps des sémaphores précisément. Autrement dit, quand je prononce la phrase « Está verde la flecha », je me retrouve dans le Mexique de ma jeunesse.

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